REYNOLDS PEINTRE DE LENFANCE
à l’ordinaire sur des fonds de verdure, dans une atmosphère romanesque et patricienne de vieux parcs. C’est la convention champêtre dont la mode nous est venue avec la Nouvelle-Héloïse et les pastorales de Trianon ; il est vrai que cette mode est d’origine anglaise, et que la country life est, dans les hautes classes, la règle chez nos voisins beaucoup plus que chez nous.
Il v a pourtant dans ces ouvrages, en dépit de leur charme, une affectation d’optimisme, une uniformité peut-être aussi factices que le sourire mondain de nos portraits à nous. De même pour les jeunes mères de Reynolds, si ostensiblement « jeunes mères », et jouant avec tant d’animation coquette leur rôle de madones, — pour ses jeunes femmes, couranten robe de bal au-devant de leur mari, sacrifiant aux Grâces, ou gravant sur l’écorce le chiffre de l’absent. Mais c'est le goût du siècle : et Reynolds, en grand peintre de la société anglaise, l a représentée précisément comme elle souhaitait de 1 être .
Au fond, le léger défaut commun à toutes ces toiles, c’est aussi la vertu de Reynolds : l'excès de volonté. Toujours, et à toute force, ses portraits font tableaux. Il n’est pas jusqu’aux petits enfants auxquels il ne se croie tenu de faire « dire quelque chose » : soit qu'il les déguise petits hommes, soit au contraire qu’il leur fasse « faire l’enfant », qu’il les roule par terre avec un bichon ou un toutou, ou qu’entin il leur prête des attitudes sentimentales et une naïveté au-dessus de leur âge, comme dans Y Innocence (Nat. Gallery) ou dans le célèbre Master H are (New-York, 1786), ce poétique bébé qui d’un geste rond et sublime, nous dit de regarder au ciel.
Tous ces tableaux sont des chefs-d’œuvre d’esprit et d’ingéniosité ; il n'y manque que la bonhomie et un peu d’abandôn. Aucun des grands maîtres naturels , ni Titien, ni Rembrandt lui-même, — et Ton se souvient de l’un et de l’autre devant ces fortes pages, — n’a songé à mettre tant d’intentions dans un portrait. La peinture même de ces tableaux, qui en est certainement la part la plus vivante, est extrêmement composite, cousue et fabriquée d’emprunts et de recettes : T unité de tous ces éléments est presque toujours un peu instable et artificielle, plus appliquée et combinée que naturellement homogène. Mais ce stvle très travaillé n est jamais ennuyeux ; il est plein de bonheurs et de trouvailles, étonnamment diversifié selon la nature des choses ou de l’effet à rendre, d'un éclat souvent admirable, toujours d’une convenance parfaite et, en toute occasion, une merveille de justesse, d invention et de ressources.