‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 368 sur 391 · I.E GÉNIE DE GOYA · texte numérisé non relu

I.E GÉNIE DE GOYA

fusillés par les voltigeurs. Jamais la passion humaine n’a, en peinture, atteint plus farouche éloquence.

Dans cette dernière partie de sa vie, qui est celle de l’exil, le vieillard, hormis quelques portraits, cesse à peu près de peindre. L’imagination hantée, malade et délirante, il grave, comme lui seul a gravé, les Désastres de la guerre ; parfois, pris de nostalgie pour son pays et sa jeunesse, d’après ses souvenirs et d’après de vieux dessins, il évoque les courses d’Espagne, le petit taureau noir et net sur le disque blanc de la piste, les espadas célèbres, les cuadrillas, les mules, l’art savant et fameux des Romero et des José : et ce sont les soixante planches de la Tauromachie. Mais bientôt il se replonge dans ses fantaisies noires, et il burine alors ces cauchemars nocturnes, ces allégories inexplicables, ces visions d’épouvante qui laissent loin derrière elles les diableries de Jérôme Bosch, — - les énigmatiques, les quasi-délirants Proverbes : testament que laissait en mourant l’octogénaire demi-aveugle, vrais mémoires d’outretombe, que nous tend sa grande main d’ombre, comme des hiéroglyphes du pays du mystère...

Ainsi s’éteignit ce grand peintre, qui commence par Boucher et finit par Rembrandt. « Dans sa tombe, a écrit Gautier, est enterré l’ancien art espagnol, le monde à jamais disparu des toreros, des rnajos, des manolas , des contrebandiers, des voleurs, des alguazils et des sorcières, toute la couleur locale de la péninsule. Il est venu à temps pour lixer tout cela. Il a cru ne faire que des caprices, et il a fait le portrait et 1 histoire de la vieille Espagne, tout en s’imaginant servir les idées et les croyances nouvelles. » Peut-être cette épitaphe fait-elle tort à Goya d’une part de son génie, du prodigieux don de visionnaire qui accompagne chez lui le peintre de la vie, et de l’immense inlluence qui a été la sienne. C’est par lui que tous les peintres de 1860, réalistes à la Manet, portraitistes à la Sargent, ont été amenés à leur conception de l’art de peindre. Près de nous, il a suscité l’école nationale d’un Ignacio Zuloaga. Il embrasse deux siècles. Il est le dernier des classiques et le premier des modernes.

TABLES CHRONOLOGIQUES

TABLES CHRONOLOGIQUES DES PRI

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