ADRIEN B R AU W ER
d’ailleurs un franc bohème, perdu de dettes, sans chemise, vivant au cabaret, faisant les cent coups, puant l’alcool et le tabac: au reste, un esprit délié, académicien de « la Violette » et ami de Rubens. 11 mourut à trente-six ans, peut-être de la peste.
Il nous reste de Brauwer environ quatre-vingts morceaux, dont le quart dix-neuf, à .Munich. C’est une œuvre qui sent le mauvais lieu : assommoirs ou tripots, maisons de barbier ou de « baigneur ». presque jamais le plein air et sa pureté relative, mais de préférence l’atmosphère des intérieurs suspects et -des bouges de grande ville. Les mœurs sont celles de la crapule : buveurs de faro et de louvain, joueurs de dés et de cartes, colletages. pugilats, cruches fracassées sur les crânes, scènes de kneippe de bas étage et d’auberges à matelots. Mais ce milieu, tel qu’il est, esl le milieu de Brauwer. On sent l’artiste en sympathie avec ses drôles et ses gueux. Peu d’âmes moins sentimentales que celle de ce jeune homme. L’homme à ses veux est un gorille, la femme une guenon. La beauté, il la nie et l’outrage à plaisir. C’est le cynisme d'un précoce Timon, vicieux et souillé, qui méprise les hommes et soi-mème, et n’admire plus au monde que la force dégradée. Toutes ses peintures éclatent de force : substances copieuses et grasses presque sans épaisseurs, gamme puissante et riche avec peu de matières colorantes, belles lumières, modelé exquis et à grands plans, pas une petitesse de forme dans les plus petits formats, une exécution de génie qui explique l’admiration de Rubens pour ce débauché, les efforts qu’il fit pour le sauver et le prix qu’il payait ces brutaux et mâles ouvrages.
Joos van Craesbeck, de Neerlinter, le peintre-boulanger (1606 ?-l65o), n’est que l’âme damnée de Brauwer et son ombre. Son Atelier (Louvre est par hasard une œuvre presque élégante et quasi hollandaise, de tonalité un peu sale, avec des morceaux précieux et d impardonnables gaucheries. Mais ce n’est qu à Anvers qu’on apprend aie connaître. Il y a là cinq ou six tableaux, drames de bas étage, qui surprennent par un sens violent de l’action et par un instinct de moraliste qui fait songer un peu à Steen ou à Hogarth.
Quant à David Rvckaert (1612-1661), père, fils, neveu et petit-fils de peintres du même nom. il tient à peu près également de Brauwer et de Téniers. Il eut de la vogue et l’archiduc le protégea. C’est un observateur, un parent des Le Nain ( Famille de paysans , Dresde , mais son observation est fort peu étendue. Le peintre est appliqué, roux et sans grande