LES ECOLES LOCALES EN HOLLANDE
en train de se faire, c’est-à-dire les choses humaines avec une nuance locale et un accent particulier, — des sujets vieux comme le monde, et l’occasion d’un art qu’on ne reverra plus.
Ajoutez à cela la variété infinie des goûts et des tempéraments, l’absence de pédantisme, la spontanéité charmante, l’imprévu des vocations. C’est un art où le sujet n’est rien, où la personne est tout. Ajoutez enfin ce que vous ne trouvez pas en Flandre, une géographie pittoresque plus particularisée, de petites patries plus étroites, et comme plus de clochers : Delft, la ville des faïences, Utrecht, la ville ecclésiastique, Leyde enfin, l'universitaire, la savante, le bas-bleu de Hollande, le berceau de tout ce qu’il y a de penseurs dans l’école, et du plus grand de tous.
Mais ce n’est là que la matière de la peinture hollandaise. Il fallait qu’un maître se trouvât pour lui imprimer une valeur artistique. La Hollande eut le bonheur d’en avoir deux pour un. Chacun d’eux engendra une école complète. C’est autour d’eux, quelles que soient les diffé rences de leurs génies, que se développent les deux « siècles » de la peinture nationale. Et si le plus fécond, comme le plus illustre, est celui de Rembrandt, il n’est pourtant que le second; le premier est celui de Frans Hais.
Les premiers portraitistes et le tableau civique. — Dans cette école du portrait universel, le grand rôle, de toute évidence, appartenait aux portraitistes.
Dès le xvie siècle, en plein italianisme, la Hollande n’a qu’un grand peintre, et c’est un peintre de portraits. Par malheur ce beau maître, l’analyste le plus profond de la figure humaine qu’ait produit le pays avant Rembrandt et avec lui, Antonio Moro (1512-1575 cf. t. I, p. 396), peintre des cours de Madrid et de Londres, est un cosmopolite et un aristocrate, plus qu’à demi caballero, et dont les œuvres magnifiques n’ont fait d’élèves qu’en Espagne, parmi les Sanchez Coëllo et les Pantoja de la Cruz.
Privée d’un tel secours, tout l’effort de l’école se porte sur un genre du moins profondément original, et dont il n'y a d’exemples ni de modèles ailleurs : le portrait collectif ou le tableau civique.
La Hollande est le lieu du monde où l’association est la forme la plus naturelle de l’existence. Le groupe devient l’acteur principal de la vie. Ajoutez que la peinture de corps était, chez ces bourgeois, la seule occasion de traiter de grands tableaux et presque de l'histoire.