HISTORIQUE
L'historique de la pelade doit remonter jusqu’à l'antiquité, et l’on ne saurait en commencer l’étude sans reproduire le texte déjà bien souvent cité par lequel Celse nous a transmis l’enseignement des mé- | decins grecs : « Cette maladie, que les Grecs nomment ophiasis, en raison de sa marche serpentine, commence par l’occiput; elle n’excède pas deux doigts de large et se prolonge par deux têtes qui s’avancent au-dessus des oreilles jusqu’à se rejoindre au devant du front. » ;
Mais, après l’époque romaine, l’alopécie que nous étudions disparaît pendant de longs siècles de la littérature médicale. Bateman enfin, au début du xix° sie- : cle, la fait revivre et la décrit, sous le nom de porrigo decalvans, parmi les affections vésiculeuses. Sans doute, remarque Sabouraud, décrivait-il à la fois sous ce nom la véritable pelade et les petites aires alopéciques peladoïdes post-impétigineuses, De toute fa-
LME
con, la description du dermatologiste anglais pourrait encore figurer dans les traités modernes. Il n’omet ni le petit nombre, puis la multiplicité des taches, ni la blancheur et la propreté des plaques, ni l’évolution possible vers la décalvante totale. Voici donc dès cette époque décrites les deux principales variétés de la pelade, et l'en n’ajoutera plus que des détails à Phistoire clinique de la dermatose.
La connaissance du porrigo decalvans est introduite en France par Biett. Maïs bientôt survient une période dé confusion. Gruby, homme de laboratoire et non dermatologiste, décrivit en 1843 le microsporium Audouini, parasite d’une forme de teigne tondante, mais voit dans cette teigne lé premier stade évolutif du porrigo decalvans. Et l'autorité de Bazin, malgré l'opinion contraire de Cazenave, vient renforcer la croyance en la nature parasitaire de la dermatose. Pendant près de cinquante ans, la pelade est considérée comme une affection contagieuse. Besnier, Vidal, Hilläiret ne la croient plus mycosique, mais affirment la possibilité d’épidémies de pelade, et Tumesson assure que cette maladie est « aussi contagieuse qué' la rougeole ».
Cependant, lés premiers essais de peélade expérimentale en Allemagne’ et en France, les centaines de tentatives d’inceéulation, poursuivies pendant des: an- nées sans succès par Jacquét, prouvent aux environs:
ln
de- 1900 la non-contagson de la pelade. L'étude par Sabouraud des fausses épidémies de pelade, où plutôt des épidémies de fausse pelade (alopécies postimpétigineuses) porte enfin le dernier coup à la théorie de la contagiosité de la pelade.
Depuis 1900, les travaux sont plutôt actes vers l'étude de l’étiologie et de la pathogénie de la pelade. Jacquet a développé la théorie de la pelade réflexe. Sabouraud a souligné la fréquence de la syphilis et de Fhérédo-syphilis à l’origine de certaines formes de la dermatose. Lévy-Franckel et Juster ont montré l'importance du facteur sympathique de vaso-constriction dans le mécanisme de la maladie. Plus récemment, d’intéressants travaux thérapeutiques ont été publiés (protéinothérapie, traitement par les injections intradermiques d'histamine), et Gougerot et Albeaux-Fernet ont souligné les excellents effets vasodilatateurs de Ia méthylacétylcholine.
Mais ces intéressants travaux n’altèrent en rien les notions maintenant'classiques sur l’aspect clinique de la pelade. Pour tous les auteurs, celui-ci apparaît bien fixé, c’est le type de l’alopécie en aires, l’alopécie areata des auteurs étrangers. 3
A peine Fournier, en 1901, signale-t-il une forme pseudo-syphilique de la pelade et Milian publie-t-il plus tard deux observations de cette variété. Ces cas paraissent en tout cas exceptionnels. D’où l'intérêt des
EN Tor
quatre observations du professeur Gougerot, que l’on trouvera dans cette thèse, et qui, réunies en moins de deux ans, montrent la relative fréquence de la pelade en clairières syphiloïdes.