SCÈNE II
MIMI, CARPEVILLE \
CARPEVILLE, traînant un grand coffre.
Bonjour, Mimi!
Bonjour, mon bébé! Tu sortais?
MIMl.
CARPEVILLE.
MIMI, avec embarras.
J’allais chez une voisine., pour faire un bézigue.
CARPEVILLE.
Nous béziguerons ensemble.
MIMI
Mais...
CARPEVILLE.
Mais, quoi?
MIMI, baissant les yeux.
Bien, mon bébé!
CARPEVILLE.
A la bonne heure, tu restes avec ton petit homme... Pour ta peine, je vais te montrer les cadeaux qu’il rapporte à sa petite femme.
MIMI, regardant la pendule.
Mais...
TABLEAU V
CARPEVILLE.
Mais, quoi?
Rien, mon bébé!
CARPEVILLE, s’agenouillant près du coffre qu’il ouvre.
\oict d’abord un diadème... (il tire un bonnet de sauvage garni de plumes.)
MIMI
Oh! c’est d’un goût!..
CARPEVILLE.
Meltez-le... (n le lui pose sur la tète.) Puis... un manchon... (il tire un bonnet à poil.)
MIMI
Ça? c’est un bonnet à poil !..
CARPEVILLE.
N’es-tu pas un grenadier pour la vertu?.. Tu vas voir, (u coupe avec des ciseaux l’extrémité du bonnet, et le donne à Mimi.) Manchon impermouillable !.. Maintenant le manteau ! (a tire un manteau rapiécé et le pose sur les épaules de Mimi.) Regarde-toi donc dans Celte glace... Ah! vous êtes belle, Mimi! plus belle que la femme sauvage qui le portait. (Une demie sonne.)
MIMI, le regard fixe.
Ah ! l’heure est passée ! l’heure est passée ! (Elle s'assied.)
CARPEVILLE, à part.
Et maintenant, faisons-la jaser... La Vilaine ne m’a donné que de faibles détails, et, d’ailleurs, il n’est pas convenable que je m’en rapporte aux potins de ma domestique.
MIMI
Vous dites?
CARPEVILLE.
Tenez... je vous ai rapporté un diamant de la plus belle eau...
MIMI
Ça ? c’est un bouchon de carafe !
CARPEVILLE.
Regardez... comme il brille...
MIMI
Ça me fait loucher. .
CARPEVILLE.
C’est ce qil’il faut, (il lui place le bouchon de carafe sur le front. *— a part.) C’est une nouvelle science qu’on vient d’inventer... ça s’appelle l’hypnotisme... un joli mot !
MIMI
C’est singulier...
CARPEVILLE.
Ça opère... (Musique.)
MIMI, s'endormant.
Je ne sais... ce que... j’éprouve... Ce bouchon de carafe!.. Assez !.. assez !.. Ah ! grâce !.. atchi !
CARPEVILLE.
Elle éternue l.. elle dort !.. Mimi!.. qu’as-tu fait pendant mon absence?
J’ai fait la noce...
Comment ?
.MIMI, s'agitant.
CARPEVILLE.
MIMI, parlant malgré elle.
J’ai dansé... avec Larfouillat... j’ai promis de polker avec Dusorbet... la Polka des baisers...
CARPEVILLE, jetant le bouchon de la carafe.
Malheureuse l tu ne polkeras plus !
Ml MI ; réveillée.
Qu’ai-je fait ? qu’ai-je dit?
CARPEVILLE.
Tout !
M I M ! y avec uu cri .
Ali!
CARPEVILLE.
Tu attends Larfouillat... il ne viendra pas... il est occis!
MIMI, avec épouvante.
Oh ! que non !
CARPEVILLE, avec un sourire de tigre.
Oh ! que si !.. Tu attends Dusorbet... Dusorbet ne viendra pas... En se jetant du haut de la colonne, il s’est brisé lu sienne... de vertébrale...
MIMI
Ah ! je cours !..
CARPEVILLE, la repoussant.
Vous ne sortirez pas !.. Ah ! pendant que je ramais comme un canotier du dimanche, vous ouvriez ma porte aux gandins, vous polkiez sur mon honneur, et vous avez cru que tout ça me botterait ! Mais vous êtes folle, vous êtes folle !
Miséricorde !
CARPEVILLE, les bras croisé».
Vous êtes folle !..
MIMI
Monsieur... oui, ma conduite a été décolletée... oui, j’ai pénélopé d'une façon fantaisiste; mais laissez-moi passer. Que voulez-vous, je le gobe, cet homme 1
CARPEVILLE.
Malheureuse !
MIMI, tombant à genoux.
Tuez-moi! je le gobe!
CARPEVILLE.
Eli bien, quand la Vilaine rentrera, le Dusorbet n’aura plus besoin de frictions. (La Vilaine entre.)
tableau y.
MIMI
Ciel! (sanglotant.) Ah! Dusorbet!.. mon Dusorbet !..
CARPEVILLE, lui rendant le bonnet à poil.
Voilà pour essuyer vos larmes ! . .
MIMI, sanglotant toujours.
Le bonnet à poil ! Oh! mon châtiment commence !
CARPEVILLE, avec exaltation.
Canal de la Villette, je reviens à toi !.. Canal de la Villette, berce-moi ! (Tombant à genoux.) Reprends ton fils, comme tu reprends le canard ingrat qui revient barboter sur l’azur de tes Ilots... Me voilà, mes amis, me voilà!.. Mimi, je te pardonne! je te pardonne !
MIMI, d'une voix naturelle.
Qu’ t’es bête ! Alors, ne t’en va pas...
CARPEVILLE.
Tiens! au fait, c’est inutile, puisque je te pardonne.
MIMI
Puisque tu me pardonnes!., (a part.) Quelle oie que cet
homme ! (Sapajou, Néréc et Larfouillat outrent en se tenant par le bras très-g tiennent. )