‹ La Penelope a la mode de Caen parodie en cinq entr'actes d'une piece en cinq actes (volume 2)Chapitre 7 sur 124 · SCÈNE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIERE

NÉRÉE, puis SAPAJOU.

NÉRÉE, entrant avec une valise.

Décidément, cette Mimi me fait poser... Faisons mon petit colis. Justement la blanchisseuse vient de me rendre mon linge... Je n’ai pas payé ma note... Rien ne me retient plus ici... Oh! je souffre!...

SAPAJOU, dans la coulisse.

Des bonnets! d’ bons bas !... des bas !.. des bonnets! d’ bons bas !... (Entrant.) Eh mais*.'...

NÉRÉE

Je ne me trompe pas !... Sapajou !...

SAPAJOU

Nérée Dusorbet !

NÉRÉE

Que fais-tu dans ces parages?

SAPAJOU

Je vends de la camelotte... des bonnets, d’ bons bas, bretelles, jarretières... lit toi?

TABLEAU II

NÉRÉE

Moi?... Je suis sans place... Hier, j’étais coiffeur... aujourd’hui je me promène... je rase les boutiques et je frise le pavé!...

SAPAJOU

Tu es donc rentier ?

NÉRÉE, poétiquement.

Non, je suis amoureux !

SAPAJOU

Alors, tu es comme moi... dans la camelotte !...

Oh ! ne dis pas d’ mal de celle que j’aime... c’est un ange !

I SAPAJOU

Enfant 1... Est-elle libre?

NÉRÉE

Dans ses allures, oui... dans son état civil, non!... Je la soupçonne mariée.

SAPAJOU

A-t-elle un amant ?

NÉRÉE

Je n’ose le croire.

SAPAJOU

Ah! mon ami!... prends garde.. . tu es jeune, lu commences à peine la vie, et tu vas te jeter à plein collier dans le torrent des désillusions !

NÉRÉE

Comment ça ?

SAPAJOU

Vois-tu, mon cher Dusorbet, les femmes devraient être comme les maisons.

NÉRÉE

Comprends pas...

SAPAJOU

Suis bien mon raisonnement... Ce que je vais te dire là est assez inconvenant, mais j'ai l'autorité de mes auteurs... car ie ne marche jamais sans mes auteurs... Tu me suis?

né:rée.

Je t’emboite !

SAPAJOU

Les maisons, dans Paris, lorsqu’elles ont des appartements A louer, portent des écriteaux pour indiquer aux passants qu’ils trouveront peut-être là des logements à leur convenance. Quand il n’y a pas d’appartements à louer, il n’y a pas •l'écriteaux... Bon !... Eh bien! pourquoi les femmes, quand kur cœur est vacant, n’auraient-elles pas un signe quelconque qui semblerait dire au voyageur : « Monsieur ? — Madame ?

Vous pouvez me parler, Monsieur. — Vraiment, Madame ? — Vous pouvez me faire la cour. — Sapristi ! ... est-ce posshbJe ? Oui, Monsieur; mon cœur est libre. » Ou bien si le

cœur est occupé : « Passez votre chemin, Monsieur. — Mais, Madame... — A Chaillot!... Vous êtes un gêneur !... Fichezmoi le camp !... Rangez votre voiture !... Place aux femmes honnêtes qui vont à pied ! »

Air : Ces braves hussards du 6 e .

Par ce moyen, très-bon en somme.

Employé pour les logements,

On n' verrait plus un galant homme

S’exposer à perdre son temps

Pour des cœurs qui n' sont pas vacants.

On pourrait régler sa conduite.

Et l’ccriteau dirait enfin Si l’on doit, ou louer de suite.

Ou r’ passer au terme prochain.

NÉRÉE

Mais tu supposes donc que Mimi?... car elle s’appelle Mimi...

SAPAJOU

Mon cher Dusorbet, les femmes, c’est comme les pruneaux: qu’elles nous fassent aller, très-bien ! parfait !... mais n’avalons pas les noyaux... c’est de l’excitation h la débauche... Encore un apophthegme d’un de mes auteurs... car je cite toujours mes auteurs... Maintenant que je t’ai donné des conseils que lu ne me demandais pa3, et que tu t’empresseras de ne pas suivre... permets-moi de retourner à ma camelotte... Des bas, des bonnets! d’ bons bas!,..

NÉRÉE

Adieu !

SAPAJOU

Non... au revoir... Je flâne dans le pays... Je les démoralise en leur vendant des bonnets! d’ bons bas! (il sort par le fond.)

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