‹ La pensée antique (de Moïse à Mare-Aurèle)Chapitre 3 sur 103 · II PRÉFACE · texte numérisé non relu

II PRÉFACE

Le cinquième est à faire. C'est le plus délicat, parce que j'y parlerai des contemporains et devrai y formuler mes conclusions.

Conçus en dehors de tout esprit de système, non enfermés dans les cadres usités, succincts sur les points très connus, accordant une large place aux périodes de transition et d'enfantement, donnant toujours le pas au concret sur l'abstrait et au moral sur le spéculatif, ces livres ne sont pas des manuels. Toutefois du manuel ils ont la brièveté. Je me suis donné beaucoup de peine pour en épargner âmes lecteurs; et j'ai pu expérimenter combien il est long de faire court.

Tout simplifier sans rien dénaturer est la loi d'une œuvre philosophique qui veut être en même temps une œuvre littéraire. Par suite, il m'arrive de placer dans la bouche de tel ou tel des paroles qui ne sont pas littéralement ce qu'il a dit ni dans l'ordre où il l'a dit. Mais j'ai mis toute ma conscience à traduire fidèlement les doctrines que je résumais. Le respect impartial de l'idée est un mince mérite. C'est le seul que je revendique; et il me sera reconnu par tout critique qui, pour vérifier l'économie de mon œuvre, reconstruira les échafaudages que je me suis interdit d'étaler aux yeux du public.

J'aspire à être lu par les personnes qui ne font pas métier de philosophie; et je voudrais ne pas intéresser seulement une vaine curiosité.

Sans doute l'histoire de la pensée humaine est souvent l'histoire de nos erreurs; mais elle est aussi l'histoire de la vérité; car, au fond de toutes les grandes doctrines, on peut démêler certains principes communs qui, plus ou moins mis en lumière, constituent cette « philosophie éternelle u dont parle Leibniz.

Que si on remarque, à côté de la suite des doctrines philosophiques et religieuses, la suite des événements politiques et sociaux, on verra que les grands penseurs, vulgarisés tôt ou tard, finissent par modifier le courant général des opinions et des faits.

Les passions agitent le monde; mais la pensée le mène.

Le temps est passé où l'histoire ne parlait que des monarques et ne racontait que des batailles; elle s'est mise enfin à parler des peuples et à raconter les civilisations.

L'histoire de la philosophie réclame une révolution analogue à celle qui s'est opérée dans l'histoire proprement dite. Au lieu de se borner à considérer les rois de l'école et les abstractions des

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