Voy. Essay on Development, p. liti et si
2. Newman était encore protestant, on plutôt il n'était pas encore callioli()ue quand il (écrivit VEssai et les Sermous d'Oxford; mais une piélace à ce dernier ouvrai^e prouve que, devenu prêtre cl cardinal, il gardait la responsabilité de ses opinions d'alors.
Ces quarante pages sont un des phares de la pensée catholique contemporaine.
Newman se demande si les quelques vérités dogmatiques répandues dans le Nouveau Testament pouvaient raisonnablement s'étendre au point de remplir les bibliothèques théologiques que nous voyons. Beaucoup de protestants le nient. Ils nient que les développements de la doctrine, en particulier de la Trinité et de l'Incarnation, soient essentiels au christianisme et autre chose que de la controverse sans portée religieuse ou morale. C'est la thèse de l'Église Large. Cette vue est aux antipodes de la pensée de Newman. Pour lui le développement du credo primitif est à ce point légitime et instinctif que, s'il était présenté à la conscience chrétienne des premiers temps, elle le reconnaîtrait à l'instant et le distinguerait de toute croissance parallèle non catholique. Newman analyse avec sa pénétration ordinaire ce qui se passe dans tout esprit humain : comment le fait qu'on na pas conscience d'une idée ne prouve pas qu'elle vous soit étrangère; comment il arrive qu'une circonstance fortuite nous révèle à nous-mêmes ce que nous ne voyions qu'obscurément; comment aussi, quand nous voulons décrire ce que nous apercevons ainsi dans une clarté subite, nous sommes entraînés par les questions ou les contradictions de nos auditeurs à des développements que nous ne soupçonnions pas.
Ainsi en a-t-il été de la doctrine chrétienne. La dévotion s'est pieusement, affectueusement exercée dès l'origine sur la notion de Dieu, celle du péché, celle du Fils Rédempteur, du Paraclet consolateur, de l'Eucharistie, etc. Peu à peu, elle est venue à des
î)0 LA PENSÉE CATHOLIQUE EN ANGLETERRE.
affirmations sur l'objet de son adoration, sans savoir jusqu'où elle les porterait. « Une proposition conduit à l'autre et celle-ci à une troisième; alors quelque limitation devient nécessaire et la combinaison de ces idées en lutte amène de nouvelles évolutions de la pensée originelle sans que celle-ci soit jamais entièrement épuisée. Le résultat de ce développement est une série ou plutôt un corps de définitions dogmatiques transformant en système raisonné ce qui était d'abord une impression dans l'imagination K »
Cette marche en avant n'est qu'un efîort constant pour se figurer mieux, pour sentir davantage les vérités de l'Evangile. Malheureusement cet cfTort n'est pas toujours heureux : quelquefois le développement individuel est hàtif ou erroné. Sitôt que la communauté chrétienne est avertie du danger ou de la fausseté de ces doctrines nouvelles — ce n'est parfois qu'après une période d'incertitude — elle les condamne. Ce sont les hérésies, et les propositions par lesquelles elle les rejette sont appelées vérités dogmatiques. Or de même que l'hérésie ne s'attaque qu'à un seul côté de la vérité, ces propositions n'en définissent ordinairement qu'un seul. Et elles le définissent h/c et niinc pour le besoin présent. « Cette transposition en mots précis n'est pas sans quelque danger. L'idée ainsi représentée n'est plus dans son milieu natif, mais pour ainsi dire en projection. Aussi ne faut-il pas s'étonner qu'en dépit de la correspondance intime, partie par partie, de l'impression (dans la conscience chrétienne) et