‹ La pensée chrétienne des Évangiles à l'Imitation de Jésus ChristChapitre 47 sur 244 · LKS HOMMES DU CHRIST · texte numérisé non relu

LKS HOMMES DU CHRIST

taine profession de foi ; c'était se renouveler et entrer dans la vie des enfants de Dieu.

L*honime du Christ marche dans la sérénité et la joie.

Tandis que tant d'hommes vont cherchant la bonne

route, il a la sensation de Tavoir trouvée à jamais. Il

possède cette paix et celte force qui dépendent non du

savoir, non des dogmes, mais de Tamour et de la

vision d'un idéal dont Tàme est remplie. NVt-il pas

acquis le sentiment que nous ne sommes pas orphelins

en ce monde ; que nous avons un Père commun ; que

nous sommes tous frères, et que le souverain bien est

d'aimer notre Père, d'aimer nos frères de toutes nos

forces ?

La joie d'aimer lui fait oublier les misères de la vie. « Rien d'autre ne compte pour celui qui aime, dira saint Bernard ; car il aime ! »

Et cet amour de l'homme du Christ pour les autres hommes ne se borne pas à ceux qui sont chrétiens comme lui, ni à ceux qui sont ses amis ; il s'étend à 'infidèle et au Samaritain ; il s'étend à ses ennemis. Dieu est un père dont les enfants sont dispersés aux <iuatre bouts de la terre, et aux quatre vents de la pensée. Le chrétien voudrait à tous leur inculquer, à force de fraternel amour, le sentiment de la divine paternité, qui désormais fait de son existence un enchantement et lui révèle la vérité de cette parole de Jésus : " Ne cherchez pas le royaume de Dieu ici ou là ; il est en vous. »

Enfant par l'humilité, par la pureté, par la simplicité du cœur, détaché de celte triple servitude des biens, des ambitions et des sensualités d'où sortent les nuages ^^Ussombrissent nos âmes, voici l'homme du Christ en

LE CHRISTIANISME PltlMITIF commerce avec des hommes de toute sorte et plus particuliéremenl mClé à une communauté d'hommes pensant comme lui, résolus comme lui à porter les fardeaux les uns des autres, à mellre en commun leurs cœurs, leur travail, leur avoir, et à vivre chacun pour tous, t<ius pour chacun, selon leurs facultés.

Quelle est la règle des volontés dans cette grande Famille dont l'àme est le Christ î

C'est d'être bons les uns pour les autres et de persévérer, de croître toujours dans la bonté. Que si voire alVection et vos bons offices sont méconnus, il faut quand môme les continuer et même les augmenter, l'se-l-on néanmoins envers vous de traitements qui vous irritent"? « Faites que le soleil ne se couche pas sur votre colère ; n et que votre mansuétude et votre bonté persistent!

C'est l'essence de la charité d'ùtre inépuisable et d'abonder d'autant plus que plus elle se répand. Parce qu'il arrive à votre frère d'ôlre méchant, est-ce un motif de le devenir vous-même? Non. Opposez donc la douceur aux rigueurs ; la générosité à l'injustice. Appliquez-vous à M surmonter le ma! à force de bonté. »

En même temps, << priez pour vos ennemis » ; car Jésus vous a enseigné à invoquer Dieu comme le Père commun, et à lui demander la délivrance du mal noii seulement pour vous, mais pour tous.

Paç celte intarissable elfusion de la charité, vous planerez au-dessus des iniquités des hommes comme au-dessus des infirmités de la nature ; et vous vivrez dans une fête perpétuelle du cu?ur.

Puis, même chez les pires, votre vertu finira par éveiller la vertu. Le pur chrétien pense comme Marc-

Aurèle, quand il disait que le plus méchant des hommes ne peut que se laisser fléchir si on redouble les bienfaits à proportion qu'il redouble les injures, et qu'on s'obstine à le traiter avec douceur, en lui disant : « Non, mon enfant) nous ne sommes pas nés pour nous faire du mal les uns aux autres ! Songe que Dieu nous a faits les abeilles d'une même ruche, et qu'en me faisant du mal tu l'en fais à toi-même. »

Ensuivant ces préceptes : Aimez ceux qui vous haïssent; si on vous frappe sur une joue^ tendez l'autre ; si on vous prend votre manteau^ donnez par surcroit ^otre tunique ; priez pour ceux qui vous persécutent^ rhomme du Christ, selon la pensée de saint Paul, « jette sur la tête de ses ennemis des charbons de feu par lesquels il fond la glace qui serre leur cœur et les attendrit à force de charité. »

Tels furent les purs chrétiens, les chrétiens primitifs. Il y aura lieu de se dire plus tard : Dans la chrétienté où sont les chrétiens ?

Comprenons que le christianisme, dans son essence, déborde le cadre de toute religion positive. Par delà dogmes et rites, il est l'amour de Dieu notre père et de tous les hommes nos frères, tout vivant en nos âmes €l en nos actes, conformément aux enseignements et aux exemples de cet idéal de sainteté, Jésus-Christ.

Ahî je sais bien que certains n'ont vu que chimères dans ces victoires de la charité sur notre égoïsme qui sont la marque essentielle de l'esprit chrétien. Ceux-là

même qui louent les exemples et les préceptes de Jésus se trouveraient lâches et sots de les appliquer dans les occasions. Quoi ! je présenterais ma figure aux soufflets ? Je doublerais par mes dons le vol qui m'est fait "? Je serais ardent à procurer le bien de qui poursuit mon mal ? Ne serait-ce pas faire bon marché de ma dignité ? Ne serait-ce pas encourager les plus brutaux attentats ?

Oui, il y a des cas où prendre Tévangile à la lettre serait imprudence et faiblesse. Mais s'en inspirer toujours dans le gouvernement de notre vie n'est que sagesse et magnanimité. Nous ne ferons jamais trop grande la part de la divine bonté. Dans les apparentes folies de la bonté l'événement découvre le plus souvent une clairvoyance salutaire, qui passe tous les calculs de Tamour-propre, le grand ennemi. Chaque homme doit tendre à cette charité infinie dont le règne universel serait le paradis sur terre.

Le mal est que les forts la recommandent volontiers aux faibles et s'en dispensent. L'extrême audace des uns exploite l'extrême résignation des autres. A quelle misère leur bonté passive ne condamna-t-elle pas les populations converties par la prédication évangélique de Bouddha? De purs chrétiens ne finiraient-ils pas par avoir le même sort?

Cela serait si à l'évangile de Tamour ne s'ajoutait pas Tévangile de la justice, si à la règle du cœur ne s'ajoutait pas la règle de la raison, si enfin n'intervenaient pas ridée et le sentiment du droit.

Ne tenez pas tùle aux méchants ; n'allez pas en justice ; répondez au mal par le bien : certes ces beaux préceptes se comprennent appliqués dans une société de

frères. Où en serait-oa si entre parents et amis la froide règle du doit et avoir se substituait à la grande règle de Tamour, jamais assez miséricordieux?

Mais le beau mérite d*aimer ses amis ! « Les gens de mauvaise vie en font autant » vous dit Tévangile. 11 s'agit d'étendre vos dispositions fraternelles à tous les hommes, y compris vos ennemis. Tous les hommes sont vos frères, et ils doivent le demeurer au regard de votre conscience, même quand ils renient cette fraternité.

Là est le sublime de l'évangile. Qui ne voit que la face des choses serait changée si un vrai courant évangélique s'établissait dans notre humanité égoïste?

Encore faut-il reconnaître cependant que, dans les rapports civiques et internationaux, le droit ne peut s'abdiquer. Que vous accomplissiez des miracles de résigûalion et de charité à propos des méfaits et des injustices dont vous êtes personnellement victime, c'est à merveille. Mais quand il s'agit du patrimoine commun, fjoand votre condescendance peut engager le sort de milliers d'êtres nés ou à naître, pouvez-vous, sous prétexte de charité, détruire pour votre part la sauvegarde sociale? Pouvez-vous ouvrir la porte toute large à toutes les tyrannies du dedans et à toutes les invasions du dehors ?

Introduisons le maximum d'humanité possible dans lexercice du droit de défense au sein de TEtat et entre les Etats; mais n'annulons pas ce droit, garantie nécessaire contre la barbarie. Le point est de borner à l'indispensable les coercitions légales et les prises d'armes nationales; d'avoir toujours l'œil fixé vers un suprême idéal de paix et d'amour pour tous les hommes et pour tous les peuples, et d'anticiper autant qu'il se peut la

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réalisation de cet idéal, dans le domaine de noire vie

personnelle

Les oulianciers de l'évangélisnie, à la façon du grand Tolstoï, oublient que l'évangile n'a envisagé que le point de vue moral el individuel, non le point de vue juridique el social.

La question était d'élever à sa perfection la plus haute l'ùme faite pour la vie éternelle. Mais ni l'évangile, ni les premiers chrétiens n'avaient souci des éléments vitaux de la société, vu qu'il la jugeaient à la veille de périr.

On oublie trop ce fait capital quand il s'agit du cliristia- DÏsnie.

Rien de plus formel et de plus souvent répété dans les écrits évangéliques et dans les épltres apostoliques que l'assurance de la réapparition iinniioente de Jésus, et de la (in du monde.

Dans saint Marc, le plus ancien évangélisle, Jésus, après avoir dépeint l'elTondrement de la terre, la chute des étoiles et le glorieux avènement du fils de l'homme, ajoute : h Je vous le dis en vérité, cette génération ne passera pas que toutes ces choses n'arrivent. » Dans saint Mathieu, Jésus dit à ses apôtres : u 11 y en s quelques-uns parmi vous qui sont ici présents qui ne mourront pas avant d'avoir vu le (ils de l'bomine venir en son règne » et encore : « Vous n'aurez pas achevé d'aller par toutes les villes d'Israël que le (ils de l'homme ne soil venu. »

« L'avènement du Seigneur est proche, dit Jacques. Le juge est déjà à la porte. » Et Paul : « La forme de ce monde va passer... Nous vivons à la lin des temps.., e mourrons pas tous; mais tous nous seroni

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