VICES ET MEFAITS DE LA CONFESSION
wulir par les voies de la liberté, non par les voies de '« servitude.
Dans une lettre fameuse au saint Synode, Tolstoï ne craint pas d'appeler le sacrement Je pénitence k un sorfîlège vil et grossier qui offre une prime à l'immoialilé et fait disparaître toute hésitation devant le péché. » L'Église estime essentiel de conserver le gouvernemenl des consciences. Maïs on ne peut les tenir qu'en leur faisant toute sorte Je concessious peu d'accord avec le pur christianisme. Les pénitents, libres de clioisir leur confesseur, s'empressent volontiers près de ceux qui s'accommodent à leurs faiblesses et les conduisent par 'a voie large. L'ambition, la cupidité, l'envie, la vengeance, la médisance, la calomnie, bénélicieront d'une ■Qensuétude condescendante, pourvu qu'elles s'accompagnent d'un zèle dévot. Quelques œuvres pies suffiront pour réparer l'absence de scrupules qui fait qu'on ^ornmet des mensonges, qu'on s'autorise à des fraudes, lu'on 'se dispense d'acquitter de justes droits. Gens de *^OLr, gens du monde feront alterner les désordres les f'Ius scandaleux et l'édiliânt usage des sacrements. Ce '''est paa aux jésuites seuls que s'appliquent les paroles •^e Pascal, quand il les montre « disposés à absoudre plutôt en esclaves qu'en juges les pécheurs les plus ^Qvieillis, sans changement de vie, sans aucun signe de •"^gret que des promesses cent fois violées ». Dès lors, le ■"eniêde au péché devient un appât au péché. On ne ^<>rail pas en sûreté si on était laissé en face de sa conscience. Mais il y a le confesseur qui avec l'absolution arrange tout.
El le moyen de ne pas être prodigue d'absolutions? Le refus notoire de la remise des péchés risque de dis-
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détlaré suspect d'hérésie, et justice. >'
Ajoutez que les rois, les princes, les nmiids, ks riches, demandeot à ne pas être rebalês : et Tooscofli' pnrudrez l'éciosion de cette théologie doute et ofré^^ que hi;;naiait Balzac avant Pascal, et que le grand réf^^ rnaU^ur «t^jinl Charles Borromée avait déjà combattu^' ']u;jrj<J il écrivit au xvi* siècle ses insimcimàs ^ fj//ifess/'ur%y à l'encontre des compromissions consacra t'Ai Italie, ciimme en Espagne et en France.
La confession est le signe le plus sensible de la so^ miftsion à l'Église. Aussi est-ce un article de foi qu^ Haijf le cas d'une absolue impossibilité matérielle, W confession est le seul moyen qu'ait la créature humain ^ de foire sa paix avec Dieu.
VICES ET MEFAITS DK LA CONFESSION "(7
Au moyen de la confession, le sacerdoce catholique lient, flans le réseau «le ses dogmes, d'abord l'enfant qui ou bien conserve le premier pli contracté, ou bien ne s'en débit qu'au prbc de luttes douloureuses entre la raison el le cœur, la vérité et la coutume ; puis la femme, jugée eiir<int à perpétuité par le père et par le mari, qui la voient avec iadifférence se pénétrer d'idées qu'ils eslimenl inacceptables pour eux-mêmes.
Du malentendu ainsi créé entre les deux sexes, il résulte que l'excès dans l'affirmation, qui domine d'un cilé, exaspère l'excès dans la négation, qui domine de l'autre. Plus la femme dévote enfonce dans la superstition, plus l'homme Émancipé enfonce dans l'incrédulité, alors lu'ils devraient s'unir dans une commune religion la'avoueraieDt le bon sens et la conscience.
Dès la première aube de l'adolescence, le jeune calhoi'iue el la jeune catholique doivent ôtre mis aux genoux 'lu prêtre appelé à voir dans leur i\me comme dans un I miroir et à les conduire par la main dans les mystérieux sentiers de la vie spirituelle. Pour la direction des consciences le confesseur s'interpose entre les enfanta et les parents, de même qu'entre l'époux et l'épouse dont il régiemenle les rapports- Quel malheur si cet homme qui pour les pénitents et les pénitentes lient la place de leur conscience, qui prononce sur ce qui est péché et sur ce qui ne l'est pas, en qui l'Eglise ordonne de voir Jésus-Christ lui-mCme, se fait, dans le secret du confcssional, l'organe de maximes perverses ou de suggestions fanatiques! Quel malheur s'il a appris l'arl de la confession dans un de ces livres Je Théologie morale que les Provinciales ont marqués
*(K Ui tiOGMATISME CATHOLIQUE
d'un immortel analhème, mais dont elles n'ont pas
empêché le renouvellement 1
Voici un magistral suprême, exerçant sa juridiction dans le secret, sans témoins. Durant tout ce procès d'une conscience, qui se poursuit à huis clos, la créature pénitente, en léte à tiHe avec son juge, est tenue de se révéler dans tout le détail de ses faiblesses, de ses égarements, de ses passions, de ses vices. Il s'agit de ne rien omettre de ce qui aurait pu changer l'espèce du péché ou en accentuer la gravité. Qu'elle n'atlénue rien I Qu'elle ne farde rien! Il y va d'un sacrilège. Il y va de la damnation. Le mal qui a souillé ses actes, ses pensées, ses rôves mêmes, elle a le devoir de le dire, devrait-il arriver que des aveu.Y hrùlanls allument dans le confesseur le même feu qui a ravagé cette ilme livrée au prêtre en toute sa nudité.
On est elfrayé quUnd on lit dans les manuels des confesseurs les questions requises pour démêler la grièveté des cas et savoir ce qui, dans les désirs, dans les circonstances, dans les impressions éprouvées, a pu rendre la faute plus légère ou plus lourde. Quelles moDS" trueuses investigations! Quels horizons inconnus elles risquent de faire apparaître ! Combien d'âmes novices elles ont dû déflorer 1
Oui, même quand c'est un enfant qui lui ouvre le livre de sa conscience, le prêtre est tenu d'élucider les espèces, de tout faire expliquer, de démêler enfin si le péché est véniel ou mortel et jusqu'à quel point il est mortel. La plume hésite devant les turpitudes amoncelées. Les manuels marquent par e.\emple qu'il y aura lieu de rechercher si tel accident nocturne a été une faute de la volonté ou une simple fatalité physiologique. Là-dessus ei but
Ile autres points ils donnent, avec une crudité brutale,
1^ détail des étranges questions à poser. Sans doute ils
commandent la prudence et la discrétion. Mais il faut
e Tenquète soit poussée jusqu'au bout.
On ne mesurera jamais retendue du mal que peut
fsiire, avec les meilleures intentions, Tinconsciente
&x:iriosité d'un rustre qui porte la soutane ou le froc.
Les hypothèses envisagées, dans l'interminable chapitre de la luxure, dépassent tout ce qu'est à même de concevoir l'imagination la plus erotique. Aussi voyonsr&ous que les DiaconaleSj instructions ecclésiastiques donttées aux jeunes diacres à la veille du jour où ils devien- <ix-<)nt confesseurs, prévoient le cas où la confession ne P^ut s'achever innipunément, et précisent les conditions
lï^ciispensables pour que le trouble du confesseur, étant involontaire, demeure irrépréhensible.
TJn saint évêque de France, cité par Bossuet, s'écriait : *^ Je ne me sens pas assez innocent pour me vouloir ^l^arger des péchés des autres. » L'Église admet que ses l^unes prêtres aient meilleure opinion d'eux-mêmes. Et Pourtant, un défenseur passionné du catholicisme, ^- Edouard Drumont, dans son Testament (Tiin Afiti- ^^niite^ montre les futurs confesseurs recevant « l'édu- ^Uon la plus fausse et la plus illogique qui se puisse imaginer». Il ajoute : « Trois mois avant la sortie du séminaire, on met les Diaconales entre les mains de ces jeunes gens, et on les initie brusquement à tous les raffinements de la débauche, à toutes les aberrations passionnelles, à toutes les corruptions des voluptueux et
des blasés. A ces (ils de paysans qui, la plupart du temps, ont vécu dans une pureté absolue, cette lecture fait l'eiTet d'une visite dans un immense musée Dupuytren. Ou leur a laissé ignorer tout le mystérieux de l'dme humaine et les variétés, les subtilités infinies des sentiments et des impressions, et on leur montre tout à coup riiomme et la femme sous la forme de planclies anatomiquea comme on en voit dans les livres de médecine. Voilû le jeune prêtre ordonné, et soudain la gravure anatomiqiie s'anime, prend un corps et se présente sous les traits de la femme, l'éternelle tentatrice, toujours troublante parce qu'elle est toujours troublée, et qui cherche, involontairement et comme malgré elle, un être qui l'aido à résoudre l'énigme de son propre cœur. Vous devineK les orages qui se déchaînent chez ces novices du sacerdoce. Ils faussent, ils brisent parfois sans s'en douter l'instrument délicat qu'ils touchent de leurs mains inexpérimentées... n On se rappelle d'autre part ces paroles de Michelel : a Ce jeune prêtre qui arrive au confessionnal avec toute cette vilaine science, l'imagination meublée de cas monstrueux, vous le mettez, imprudents ! ou comment vous nommerai-je^ en face d'une enfant qui n'a pas quitté sa mère, qui ne sait rien, n'a non h dire, dont le plus grand crime est d'avoir mal appris son catéchisme ou blessé un papillon. Je frémis de l'interrogatoire qu'il va lui faire subir, de tout ce qu'il va lui apprendre dans sa brutalité consciencieuse. Mais il a beau demander. Elle ne sait rien, ne dit rien. Il la gronde, et elle pleure. Les pleurs seront bientôt séchés, mais elle rêvera longtemps...
c Cet homme sait maintenant sur cette femme ce q
I^ mari n'a pas su, dans les longs épanchements des i^viits et des jours, ce que ne sait pas sa mère. Il sait, <^^t homme, il saura; n'ayez pas peur qu'il oublie. Si r^^eu est en bonne main, tant mieux; car c'est pour toujours. Elle aussi, elle sait bien qu'il y a un maître de ^^ pensée intime. Jamais elle ' ne passera devant cet l^oinme sans baisser les yeux. Le prêtre tient Tàme, dès qu'il a le gage dangereux des premiers secrets, et il I^ tiendra de plus en plus. Voilà un partage entre les ^poux; car maintenant il y en aura deux. L'âme à l'un; ^ 1 autre le corps. Chose humiliante, de n'obtenir rien de ^^ qui fut à vous que sur une autorisation et par indulff^nce, d'être vu, suivi dans Tintimité la plus intime par ^^ témoin invisible qui vous règle et vous fait votre P^rt, de rencontrer dans la rue un homme qui connaît '^ieux que vous vos plus secrètes faiblesses, qui salue "^mblement, se détourne et rit... »
Placé i un autre point de vue, Courier avait dit :
« Quelle condition que celle de nos prêtres! On leur
^^fend l'amour et le mariage surtout! On leur livre les
fernmes. Ils n'en peuvent avoir une et vivent avec toutes
»^rnilièrement; familièrement? c'est peu; mais dans la
conCdence, Tintimité, le secret de leurs actions cachées,
^^ toutes leurs pensées. L'innocente fillette, sous l'aile
*^ sa mère, entend le prêtre d'abord, qui bientôt, l'ap-
?^lant, l'entretient seul à seul ; qui, le premier, avant
qu'elle puisse faillir^ lui nomme le péché. Instruite, il
*3 marie; mariée, la confesse encore et la gouverne.
Dans ses affections il précède l'époux et s y maintient
toujours. Ce qu'elle n'oserait confier à sa mère, avouer
à son mari, lui prêtre le doit savoir, le demande, le sait.
U sentend déclarer à l'oreille tout bas, par une jeune
femme, ses fautes, ses passions, ses faiblesses ; recueille ses soupirs, et il a vingt-cinq ans !...
(c Dès Tenfance, les futurs prêtres sont élevés par la milice papale. Séduits, on les enrôle. Le vœu de continence fait, ils sont oints. Aussitôt on leur donne filles, femmes à gouverner. On approche du feu le soufre et le bitume ; car ce feu a promis, dit-on, de ne point brûler. Quarante mille jeunes gens ont le don de continence pris avec la soutane, et sont dès lors comme n'ayant plus ni sexe ni corps. Le croyez-vous?.. »