CHAPITRE II ÉLÉMENTS DE LANGAGE QUI PEUVENT ÊTRE REPRÉSENTÉS
Représentation du nom. Considérations générales.- - Pour désigner ics mots qui représentent, on se sert du terme de pronom, et les grammaires (iélinissent ordinairement lejH-ononi : un mot qui tient la place du nom. On voit déjà d'après ce qui précède ce que cette définition i) de faux. D'abord on ne peut pas dire que le pronom remplace le nom, M-leviJfej]»res£ïite. Ainsi souvent le représentant ne peut pas être qualifié, comme le nom : lui vieux est du petit nègre. D'autre part,-l<?^ pr^ftom n'éveille aucune des idées' ({u'éveille le nom : il est-v44e-d.UiTipre*sions, il est abstrait.
Le mot pronom, comme il a été employé, donne des idées fausses. On l'a appliqué à des mots qulJiaBipIaceaitaoat, autre. chose que des noms. Ils représentent cles.,adjjaciiXii ; b^lle, elle l'est : le savant que vous êtes; des verbes : (illcz-y. il le /a»/; dcsjd^cs .entières : elle, défit sa chevelure, et cela avec lu simplicité d'une enfant ; je bois de l'eau, ce qui me réussit très bien. Il faudrait donc distin.gaer des pronoms, des proadjectifs, des proverbes, des prophrases. ^our-é-vit-^-r <?es mots équivoques ou barbares, nous dirons représentants, et nous traiterons à part de la représentation des noms, des caractérisalions, elc. dans chacun des chai^itres qui se rapportent à ces matières.
Il faut ajouter que fort souvent, dans le cas même où le « pronom » représente un noiu. ce n'est pas toujours le nom seul qui est son antécédent, mais bien l'idée d'ensemble que renferme le nom accompagné de ce qui le détermine, le caractérise, elc. Ex. : une femme honnête s'habille de façon à ne pas être rcnKu-qu-Je. elle se (jarde à la fois de la négligence et d'un luxe tapa- ■jeur : les belles œuvres classiques que Ton étudie en classe sont-elles réellement a la portée des en/ nuls ?
Un individu nommé llgurémont par son caractère sera représenté directement : // n'y a pas de plus fine bouche que lui, et non : que la sienne. C'est l'idée de qourmand exprimée par p.ne bouche qui est représentée par /«;.
Condition nécessaire pour qu'un nom puisse être représenté. — En f. m. un nom, pour être représenté, a besoin d'être accompagné de rarticle. ou d'un de ses équivalents. Cela veut dire qu'une expression verbale ou nominale une fois composée, on ne peut en détacher un élément, pour porter sur lui la pensée. Soit un nom composé comme pomme de terre ; un qui mis à la suite représentera nécessairement l'ensemble et non terre. De même dans prendre place, place ne peut plus être isolé. Si
place doit devenir im objet de verbe, et être suivi d'un oui, ou d'un que, il faut rétablir l'article : je veux prendre la place que j'ai louée par téléphone .
Semblable obligation ne pouvait naître qu'au moment où les locutions verbales devenaient vraiment des composés, distincts d'un groupe ordinaire de mots. Malherbe n'y fait encore aucune allusion. Vaugelas pose la règle pour les conjonctifs : il déclare impossible : être blessée d'un coup de flèche qui était empoisonnée ; il a fait cela par avarice, qui est capable de tout. dit-il encore, est mal pailer (Rem., u, 103). Port-Royal a repris la doctrine et en a fait un beau spécimen de gram.maire logique (1).
Vaugelas acceptait : // s'y portera avec affection. Celle que vous m'cwc: témoignée... Bouhours ne trouvait rien à redire à : s/ vous ne me faites justice, je me la feray moy-mesme. Il tolérait : il a tort et je ne Vai pas {Rcn}.. 128-130). Et en effet Racine écrit encore : quand je me fais justice, il faut qu'on se la fasse. Mais peu à peu tous ces « rapports vicieux » furent condamnés, et même : plus avides de gloire que dignes de la posséder.
Le XVIlIe s. acquiesça lentement (2). Ni qui, ni le, ni même en ne représentèrent plus des noms sans article : j'ai raison de me plaindre et vous ne l'avez pas de m'accuser cessa d'être français. Malgré le parti pris de certains écrivains contemporains, il est impossible d'aller contre cette règle, qui représente le résultat d'un long développement naturel (3).
Les rLomiHaitx personnels peuvent être représentés. O4oi, (^ui-^w/s la honv où je suis descendue (rac, Phèd., v. 813). D'autres nominaux peuvent aussi être représentés : quelque chose, quelqu'un : quelqu'un que j'ai rencontré ; — cela ne me dit rien qui vaille ; — il a découvert quelque chose qu'on avait trouvé déjà ; — si j'ai frappé quelqu'un, que celui-là me frappe (v. h., Lég.. L'an neuf). D'autres n? le sont jamais : on qui n'a pas de sens.
(1) Furetiére seul la contestait et citait : c'est un paquet de lettres qui me sont adressées. Ou peut dire aussi : Avance, çui cause /anMc ma/. Dans le deuxième exemple, il y a personnifie;' tien.
(2) V. Féraud, Dicl., au mot le.
(3) On tend de nos jours à représenter l'idée contenue dans un nom sans article : lu pourrais aussi me souhailer bonne chance ! — je le la souhaile, Adolphe I je te la souhaite cordialcmatt (p. GAVAULT, Ma tante d'IIonfleur, i, 11).