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CHAPITRE IX RAPPORTS ENTRE REPRÉSENTANTS ET REPRÉSENTÉS

Rapports avec les antécédents. — Les rapports entre représentants et noms sont marqués par l'accord, quand il est possible : on a appelé les jeunes filles, elles arrivent. Quoique cet usage soit ancien comme la langue, longtemps les rapports ont manqué de clarté et de régularité. Aujourd'hui des règles strLctes prescrivent d'éviter soigneusement toute phrase où ils n'apparaissent pas clairs.

L'accord se fait quelquefois avec la pensée : Ajoutons que Coppenole était du peuple, et que ce public qui l'entourait était du peuple ; aussi la communication enii-e eux et lui avait été prompte (v. h., N. D., u, ch. i\). — Il faut pour cela qu'il n'y ait aucun doute.

Ce qui est nécessaire, c'est qu'on aperçoive du premier coup ce qui est représerrté. Les classiques manquaient encore à cette règle. Molière écrit : Tout le spectacle se passe sans qu'il (le berger) // donne la moindre attention. Mais il se plaint qu'il (le spectacle) est trop court, parce qu'en finissant il le (le berger) sépare de son adorable bergère (Mal. Im., ii, 5). De l'Estang, dans son traité de Za Traduction (p. 75), enseignait comment il fallait éviter ce vice de ils se rapportant à divers antécédents. Dire : « Peu à peu ie m' aecoiisiumay à remarquer le lien où j'estois. et à vouloir faire connoistre mes désirs à ceux qui pouvoient les exécuter ; mais ic me trouvais le plus souvent dans l'impuissance de le faire, par ce que mes désirs (et non pas : ils) estoient au dedans de moi], au lieu que ces personnes (et non : ils) estaient au dehors et ne pouvoient par aucun de leurs sens, pénétrer jus';ue dans mon ame » . Le moyen indiqué, c'est donc de répéter mes désirs, et de remplacer le second ils par les personnes. Nous avons des moyens moins grossiers. Mais c'est là afïaire de style.

Rapprochement du représentant et du représenté. — Un des

meilleurs moyens pour parvenir à la clarté, est le rai^prochement du représentant et du représenté. ]\Ialgré la confusion qui devait résulter de la similitude des formes, l'a. f. était très hardi dans les séparations : En paradis avras ton herberjaqe. Que nostre Sire à ses buens amis guard (cor. LOGIS, 395-396); — Sy gecta la mer grant plenlé des nogez devers les Hébrieux, qui armes avaient, dont Hz les despoullèrent (d'angi... S' Voyage, 55, 225) ; — Priant ledict Robertet d'enscavoir le plus tost qu'il pourrait la volonté du Roy, qui Iny dist qu'il ne scauroit plus s'advcmcer que d'y edler incontinant sur l'heure (ai. de nav., Hept., u, 98).

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Malherbe a blâmé ces séparations, si dangereuses pour le style : Roland regarde tout, qui a l'âme saisie (iv, 285). — Et Vaugelas, se coi-rigeant luimême, acceptait seulement qu'un génitif séparât les deux termes, mais non un verbe (ii. 440). On vit donc disparaître les phrases comme : Je vis... une chose chez M^^-^ qui me fit plaisir (sév., LeU. cxliv) ; — la Fortune tinit debout devant lui, qui lui déliait la langue (la fomt., Vie d'Ésope).

On ne saurait regretter une aussi funeste liberté qui gâte nombre de passages des meilleurs écrivains : Je me trouvai hier devant la Reine, auprès de lui, OÙ je m'informai de toute cette affaire, qui me la conta comme M^ le Prince la conte (malh.. m. 440).

Représentation superflue. — Il faut éviter ime représentation superflue. Au temps où la phrase française était peu organisée, on y trouvait des représentants plus ou moins inutiles : De cette prison de cent chaînes fermée. Vous n'en sortirez point que par l'huis du tombeau (malh., 1. 2) ; — Quand je m'y suis mis qwdquefois, à considérer les diverse^s agitations des hommes (PASC, Pens., IV, 2). Longtemps on trouva même à ces tours une certaine grâce, puis on les jugea négligés ; il est prescrit aujourd'hui de les éviter.

Il reparaît sitôt qu'il peut renforcer l'idée, marquer une opposition, etc : Mon âme est à mon Dieu, mon sang est à ma foi ; Mais mes jours profanés, ils ne sont plus à moi (la.m., Joc, 6 août 1795, soir).

Même quand le nominal était l'indéterminé quiconque, la tendance de la langue était de garder la construction ordinaire, et de représenter (/u/conçue par il : quiconque le veut, il l'a. De même avec qui : bel esprit, il ne l'est pas qui veut (mol.. F. sav., 822). Puis lorsque la i)hrasc s'est unifiée, on a donné aux deux verbes le même sujet : quiconque s'y applique y réussira ; — quiconque a frappé par l'épée, périra par l'épée ; — qui vivra, verra : — le blâme qui voudra, moi je l'aime, ce prêtre (déroul., Ch. du Sold.).

On voit bien ce que la langue a gagné en brièveté et en fermeté. Il faut voir aussi ce qu'elle a perdu. Voltaire (Com. sur Cinna, ii. 2) regrettait déjà : /7 passe pour tyran quiconque .ry fait maître, où l'on avait la liberté de suivre l'ordre de la pensée.

Double représentation. — Si un conjonctif est employé, il ne faut pas lui adjoindre un autre représentant. La représentation simple ne peut pas se cumuler avec la conjonctive. Dont et en ne vont pas ensemble. Cet abus se trouve souvent encore au XYIP s. : on lui a donné vingt mille hommes. dont il en a détaché quatre mille : — Elle demandait cinq villes, dont Metz en étoit l'une (malh., m. 582) ; — Il alla trouver Samilcar. à qui ayant fait mille reproches de sa timidité, il lui fit promettre... (bus. rab., Hist. am.. I, 28) (1).

(1) On comparera certaines phrases négligées d'aujourd'hui : Tous les jours on envoyait à la mari dis hommes qui ne conna'ssaient pas plus que moi le motii de leur arrestation, et dont la fortune ou la position sociale ne les dt\'<iynaienl pas davantage au.r passions polit iques(viT>oCQ,Mém., 1, 33).

Représentation défectueuse. — Il faut l'éviter encore plus que la représentation superflue.

1° On se passait autrefois d'un représentant personnel devant un qui destiné à reprendre des noms ou des nominaux ; on disait : Elle croit son miroir et me croit aussi, qui sommes beaucoup plus fidèles que vous (balz., Let. IX, 7). Nous mettrions : nous qui sommes (1).

20 En a. f., comme dans certaines autres langues, il arrivait souvent qu'on n'exprimait pas le pronom conjonctif : En la citet n'en ad reines païen, Ne seit ocis o devient chrestïens (Roi., 191). Il ne peut pas être omis.

30 Si un système de représentation a été adopté, il n'est pas loisible d'en changer plus loin. En a. f. une phrase était conjonctive, on lui rattachait une autre phrase qui ne l'était pas : Ce que je vueil et il me plaisl.

On trouve des phrases ainsi interrompues jusque chez les classiques : Des périls glorieux ; Dont je puis faire hommage à l'éclat de vos yeux, Et par eux m'acquérir, si le ciel m'est propice, La gloire d'un revers (moi.., D. Gare, 206 et 207). Elles sont exclues de \v, langue moderne.

(1) Il peut n'y avoir pas d'antécédent exprimé : .4/i/ insensé qui crois que je ne suis pas toi! (v. H., Cont., Préf.). L'antécédent, c'est l'interpellé, insensé. Le nominal loi n'est nullement nécessaire ici.

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