‹ La pensée et la langueChapitre 164 sur 587 · RAPPORTS DU VERBE ET DU SUJET. LES FORMES VERBALES · texte numérisé non relu

RAPPORTS DU VERBE ET DU SUJET. LES FORMES VERBALES

A côté de ans, se développa la désinence ions dans certains temps, aux dépe s de iens et sous l'influence de ons.

Une confusion évitée. — En m. i'., une défaillance morphologique a failli amener une nouvelle cause de disccrdance entre le nombre du verbe et le nombre du sujet. A la première personne, pluriel et singulier se confondaient : j'avons prenait la place de j'ai. Cette confusion s'explique fort bien par ce fait qu'à la l""*^ personne du pluriel, la flexion caractéristique était sensible, donc la notation par le personnel était superflue et j'avons prenait la place de nous avons. On rencontre des /"az'o/?,s jusque chez les écrivains les plus purs, mais pas au delà du XV P s., en français du moins. Les patois présentent en effet fort souvent cette forme. Molière la mettra dans la bouche de la servante des Femmes savantes (ii, 6).

2*^ PERSONNE. — La flexion esl ez. Dans l'a. f. eiz existait à côté de ez, mais, de bonne lieure, eiz a été remplacé, dans tous les verbes, par ez.

Vue d'ensemble sur le système de conjugaison. — D'après cette élude sommaire des flexions du présent de l'indicatif, on voit qu'en somme, sur les six formes personnelles du français moderne, quatre n'ont plus de flexion. Restent vivantes seulement les flexions: ons, ez, qui ont l'accent tonique.

La décadence des flexions en .s el en t a été quelque peu retardée par la versification. Il faut bien en tenir compte, si on ne veut multiplier hiatus et vers incomplets : Bertrand dit à Raton : « Frère il faut aujourd'hui Que tu fasses un coup de maître» (la font.. Fab., ix. 17). De nos jours, l'enseignement orthographique tend à les restaurer. En marquant fortement la liaison de ces Anales avec le mot suivant commençant par une voyelle, les maîtres facilitent à leurs élèves l'écriture de ces formes verbales ; il leur arrive même de faire sonner des consonnes contrairement au bon usage. Cette double action toutefois ne se produit pas quand le verbe est placé à la fin d'un groupe : Pense toujours à ce que tu dis ; je crois qu'il repart, ou bien quand le verbe est suivi d'une consonne : Tu parles trop fort ; il court des dcmgers. Enfin, cette renaissance des flexions est un peu entravée par l'usage populaire qui tend à restreindre les liaisons. Il y a d'ailleurs des liaisons que les exigences de l'oreille rendent impossibles (1). En principe, la liaison ne s'impose que si le verbe est inséparablement lié par le sens au mot qui suit. On fera la liaison après voit dans : il voit arriver sa mère ; mais elle ne s'impose plus dans : il voit à côté de lui sa mère. De même il y aura liaison dans tu rends hommage à mes intentions ; mais elle n'est pas nécessaire dans : je rends aujourd'hui mes comptes. Toutefois les liaisons tendent à devenir usuelles, même dans la langue courante. Elles soni réputées élégantes.

(1 ) \'. au Pluriel des noms, p. 103

Avec les verbes en e, la liaison à la 2« personne {es) est de moins en moins observée. On ne lie plus Vs dans : tu aimes à jouer ; tu chantes à ravir ; tu téléphones à ton aisr. A la 3^ personne du singulier en /, la liaison s'observe au contraire le plus souvent : // vient à point ; il vit encore. Cependant, on ne rol)serve pas dans : il sort à l'instant, il part en voyage : elle se fait là avec r. A la 3^ personne du pluriel, il y a lieu de distinguer. Les finales ent sont complètement mortes. On ne fait plus sans pédantisme la liaison dans : ils aiment à tout savoir ; ils écrivent à leurs parents. Mais dans les finales toniques en ont. le .' se lie à la voyelle suivante : ils vont à la chasse : ils font un grand bruit.

Page 1