‹ La pensée et la langueChapitre 325 sur 587 · CHAPITRE IX LE DÉPIT, L'ENXUI, LE CHAGRIX. LE REGRET l · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX LE DÉPIT, L'ENXUI, LE CHAGRIX. LE REGRET l

]o Pour traduire ces sentiments, qui vont de la contrariété au désespoir, suivant la cause qui les produit et suivant la sensibilité du sujet, la langue dispose d'un vocabulaire énorme : Je souffre, je m'afflige, me désole, je suis ennuyé, chagriné, navré...

Xous avons perdu quelques impersonnels: // m'ennuie, il me fâche, il me pèse. Mais ils ne sont morts qu'en apparence. On les retrouve avec d'autres sujets: Cela m'ennuie ; ça me fâche... D'autre part, les constructions impersonnelles d'adjectifs et de noms fournissent une extrême variété : il m'est dur, douloureux, pénible, c'est un chagrin pour moi, que ce projet de mariage ait échoué.

Xous avons dit comment l'addition d'un objet secondaire permet de rapporter le sentiment à la personne qui l'éprouve : Ce mVs/ un chagrin.

Quand il y a regret, on regrette, on déplore, on pleure, on se mord les doigts ç/ze; on déclare qu'il est dommage, fâcheux. Le mode est le sul)jonctif : C'est dommage que son tableau n'ait pas été fini pour le Salon.

Jusqu'à l'époque classique, on considérait volontiers l'objet du regret comme un fait, d'où l'indicatif : l'ambassadeur d'Espagne... à tout propos regrettoit que tout cela ne se faisoit en la présence du prince d'Espagne (^rALH., Lett., cLxxxi) ; — C'est moi qui suis marri que pour cet hijménée Je ne puis révoquer la parole donnée (corn., Suiv., 1505, var.).

Après la première moitié duXVIIl^ s., l'indicatif devijit plus rare : La Flamma se plaint au XI V^ s... que la frugale simplicité a fait place au luxe (voTT., Ess. s. mœurs, lxxxi). — Mais : Le Brun jette les hauts criS que Palissot... ait fait des couplets contre lui (niDKR., Nev. de Ram., 98).

La lanaue populaire a ici encore la faculté d'user de son de ce que. Comparez : Il sr plaint qu'on l'ait offensé et : // sr plaint de ce qu'on l'a offensé (2).

20 On emploie des e\claniati\ es : Quel dommage, quel malheur, r/c, que tu ne te sois pas trouvé là ! (3) — Et dire que nciuhmf que nous sommes Ict

(1 ) ExclamaUons : Dommage ! Allons, l'on ! Quel tonireicmji.s ! J.os a été remplacé par Iwlus depuis l'époque classique. La douleur physique a ses cris : Aïe (anc. iinpér. du verbe (lider). — Aïe de mon pied (a. Daud., Tari. Alp., .'344), Ouïe ! Oh ! Rrr !

C'est là que les jurons joueni grand rôle : .Sapristi, Saperlolle, ele...

Les écrivains romantiques ont usé el abusé des grands cris éAocateurs : Malheur .' Enfer et damnation !

(2) On voit quelquefois apparaître un ne analogique: Je... ne me puis imaginer qu'autre chose vous ait empêché de m'écrire que le regret de ne me donner quelque mauiiaise nouvelle (malh., I-ett., ex XV II).

(.3) V. Tom... Vrrm. Beitr., m, 132.

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