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CHAPITRE IX DE LA PROPOSiriOX A LA PHRASE

Une proposition comme terme d'une autre proposition. — Les

divers termes d'une proposition peuvent être des propositions aussi l)ien que des mots : qui vivra verra ; mon avis est que tu y ailles, seulement je crains que son parti ne soit déjà pris.

A L'oBjnT. — I/objet du verbe, au lieu d"être un être ou une chose, est une action, un état, un mouvement de cet être ou de cette cliose. Par exemple : tu regardais aussi la Malihran mourir. On appelle proposition infinitive le groupe formé par la Malibran et mourir. C'est une convention acceptable, mais il est bien évident cju'il n"y a point de difïérence essentielle entre : j'ai fait tomber mon crayon ; — j'ai fait venir du poisson de Dieppe, et j'ai laissé /'abcès S8 développer; — j'ai laissé le poisson mordre, où les groupes soulignés forment proposition.

D'autre part, on considère, et avec raison, qu'il y a deux propositions dans je regarde l'oiseau qui est sur la branche ; cela est exact ; mais avec une forme toute semblable, on peut exprimer une idée fort différente : je vois mon frère qui arrive ; — j'ai ma mère qui se meurt. On ne peut plus ici analyser enséparant la conjonctive du nom. On a affaire à un objet double, qui est en même temps un être et une action. Or ces constructions sont fort régulières : nous voyons avec effroi la dette qui s'enfle et la fortune publique qui s'en va. Elles sont classiques : Au-devant de ton bras Je le sens qui s'avance (RAC.P/îèrf., 706).

Hors de l'objet. — Des propositions de celte sorte se rencontrent bien ailleurs qu'à l'objet : qu'est-ce qu'il y a ? c'est mon neveu qui arrive ; — et ma diable de noce qui est toujours là ! ; — et nous qui avons refusé son invitation à Dcauville ! ("hivoire et besnard. Mon ami Teddy. i. 18) ; — voilà le train qui s'en va (1). — Va-t-on reconstruire ici je ne sais quelle proposition sousentendue ? bauL-il chaque fois mettre à part la proposition commençant par qui ? De quel droit diviser ce que la nature du langage réunit ? Quand un des termes de la proposition est une proposition, est-on en présence d'une simple proposition ? Est-on en jircsence d'une phrase ? Affaire de convention.

Un terme complété par une proposition comme terme de la

(Il V. Tobler, Mél., .'513.

proposition. — Nous avons dit déjà qu'un des termes pouvait être non pas seulement un nom et son article, mais un nom accompagné de ses compléments divers.

Il n'en est pas autrement quand une proposition se substitue à l'un des compléments. Dans cette phrase de Molière : je hais seulement La science el l'esprit qui gâtent les personnes (mol., F. sav., 1276), le personnage se défend de haïr la science et l'esprit, c'est une sorte de science et d'esprit seulement qu'il a en horreur : l'esprit qui gâte les personnes ; aucune séparation n'est possible entre la conjonctive et les deux substantifs auxquels elle se rapporte. Que l'analyse trouve dans cette conjonctive une proposition distincte, soit I mais il importe de faire sa part à la synthèse, et de marquer que les deux noms et leurs déterminations ne font qu'un. Voici une autre proposition : un sonnet sans défauts vaut seul un long poème (boil,, a. p., ch. II, v. 94). Qu'on mette : un sonnet qui na point de défauts.,., sera-ce une phrase ? Il est cependant visible que rien n'est modifié dans l'idée. Chaque fois qu'un terme d'une proposition est complété par une proposition, doit-on considérer qu'il y a phrase ? Affaire de convention encore.

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