CHAPITRE II CARACTÉRISATIOXS MODIFIÉES EN QUANTITÉ
Les degrés. — Les caractéristiques des êtres, des choses, des actions, pour s'appliquer comme il convient et être justes, doivent être mesurées en quantité. Il ne suffit pas toujours de dire : Une nation est puissante. Nous avons noté plus haut qu'on précise déjà en limitant sa puissance : par son commerce, sur mer, etc. En outre on apprécie cette puissance en en marquant le « degré » : elle est assez, elle est très puissante.
Les deux degrés classiques. Tradition et réalité. — Les grannnairiens distinguent ordinairement trois degrés dans la qualité : le positif, le comparatif , le superlatif. Cette doctrine vient assurément de ce que le latin possédait trois formes spéciales pour exprimer le positif, le comparatif et le superlatif. Mais pareille classification, pour traditionnelle qu'elle soit, est à abandonner. Il y a une longue suite de degrés dans la qualité et la manière, comme dans la mesure ou le prix. De l'eau passe par une série de degrés quand de froide elle devient tiède, puis brûlante. Le Ihermomètre les marque. Le langage les exprime à sa façon et avec ses moyens.
Nous aurons, en parlant des relations, à considérer les degrés comparatifs, soit qu'ils se rapportent à un autre objet, soit qu'ils se rapportent à une mesure donnée, par exemple : un arbre plus grand qu'un autre, un arbre assez grand pour être coupé.
Pour nous en tenir ici aux degrés absolus, il semble qu'il faille au moins admettre trois catégories: bas degrés, moyens degrés, hauts degrés, étant bien entendu qu'on passe d'une classe à l'autre par une série d'intermédiaires insensibles. Tout professeur a ainsi une échelle de notes graduées, du passable au très bien.
Garactérisations sans degrés variables. — Toutes les idées ne sont I)as indistinctement suscepti])les de degrés di\ ers. Il est bien certain qu'un triangle n'est pas plus ou moins équilatéral, qu'une somme n'est pas plus ou moins double d'une autre, comme une maison est plus ou moins vaste.
Il faut considérer d'autre part que certaines caractérisations ne sont pas susceptibles de degrés, parce qu'elles expriment par elles-mêmes un caractère porté au degré suprême, qu'on ne saurait l'élever ])ar conséquent, qu'on ne peut d'autre part le diminuer non plus, sans que la caractéristique cesse dêtre elle-même. Telles sont les caractéristiques exprimés par divin, éternel, immortel, parfait, universel, immobile.