CHAPITRE II LES NOMS COMMUNS, L'EMPRUNT
Les noms communs. Les noms héréditaires. - Quand on considère dans son ensemble la nomenclature française, on s'aperçoit qu'à beaucoup d'idées s'appliquent encore les noms qu'elles avaient dès les origines, tclî chien, cheval, paix, homme. C'est le latin parlé qui se continue dans ces mots, avec ses éléments grecs (bocal), gaulois (lieue), germaniques (guerre, épéc. fcnilruil).
Les noms nouveaux. - Une multitude d'autres noms sont nouveaux ; on se les est pro. urés, soit pour exprimer des choses nouvelles ou nouvellement observées : croisade, obus, harmonie, téléphone, quinine, soit pour nommer autrement dos choses anciennes : incendie, fantassin, intrigue.
Les noms d'emprunt. — Parmi ces nouveaux venus, nombreux sont les noms d'emprunt. On a pris consciemment ou inconsciemment des noms à d'autres langues. Les moyens de communication multipliés et rapides que la vie moderne met à la disposition des hommes pour leurs relations, contribuent à augmenter les échanges de cette sorte ; mais si leur importance a varié suivant le^ époqiLejs^ et les circonstances, ils n'onFjâmals cessé d'avoir lieu. D'autres causes, rencontres prolongées, influence d'une civilisation sur une autre, les rendent inévitables.
Inconvénients et avantages de l'emprunt. — L'emprunt a des inconvénients que tout le monde aperçoit. [Malgré l'adaptation des éléments étrangers, il défigure souvent le langage. La difïîculté d'assimilation est parfois telle qu'elle reste insurmontable : high-life ne parvient pas à se franciser comme club ou tilbury, de même pyroscaphe. En admettant qu'ils entrent, ils demeureront dsiLjnonstres jncompréhensibles à la masse. (Cf. fweo'clock). ^Lais d'autres ont fait leur trou : handicap, bookmaker, et leur sens est fort bien perçu par des gens sans instruction, habitués des courses.
Il est également incontestable que l'emprunt est souvent affaire de mode. L'anglais est bien porté aujourd'hui comme autrefois l'italien. On y puise sans besoin, indiscrètement, pour paraître.
En revanche, le principe qui fait emprunter des noms se comprend sans peine, et beaucoup des applications cfu'on en fait se justifient. Une nouveauté est apportée du dehors, les chemins de fer par exemple ; le vocabulaire suit l'objet : Rail, wagon, tunnel entrent avec les ingénieurs anglais
qui dirigent la construction JEn vainallègue-t-on qu'il est supierflu cTemprun- Jer quand on possède déjà le nécessaire, et que^Jimgdîi ne dit rien de plus que imiiiiP^^i ! il arrive adapté à une voiture particulière, la voiture de chemin de fer (cf. l'appel : En voiture /).^Si /unn^Z- (a. f. : tonnel) est le même que tonneau, peu importe"; il a subi en Angleterre un travail d'appropriation qui le rend capable de désigner le passage souterrain auquel il s'applique. Tonneau n'a pas ce pouvoir. De même pour budget, bill, reporter, square, mess, et une foule d'autres.
De là le succès de certains noms empruntés qui sont aujourd'hui répandus partout, tels que jockey, bifteck, tramway, bock, kirsch, picmo, clown, bar, foot-ball, bolchevik. D'autres en revanche restent à la surface et ne sont en usage que dans des groupes plus ou moins étendus : lunch, sleeping-car. Cela tient à ce que les objets auxquels ils s'appliquent ou les actions qu'ils désignent sont peu connus de la masse.
Il arrive aussi que certains de ces noms n'ont qu'un temps, soit que la chose disparaisse, comme le carrik, soit qu'un autre mot remplace le premier. Ainsi bock s'est substitué à moss, à la mode vers 1840. Ce qui précède explique pourquoi, dans la masse des emprunts, les noms tiennent la place la plus considérable. Ils arrivent avec les choses.
Les grandes époques de l'emprunt. — On trouvera dans les livres spéciaux les listes de nos emprunts. C'est surtout-.,au XVIe, et au
^XVilI-XIXe s., qu'ils ont été abondants. ^^~~"^~
Au XVP, s., l'Italie domine intellectuellement le mond« ; elle le charme, l'attire, l'instruit, elle est l'éducatricc. N'j' eût-il eu ni guerres d'Italie, ni contact avec les populations d'au delà des Alpes, ni mariages italiens à la Cour de France, que l'ascendant de l'art, de la science, de la civilisation italienne se fût néanmoins imposé. Malgré les protestataires, en dépit du
^nationalisme linguistique d'Henri Estienne, le penchant à l'imitation était iiàlut'el. La mode a achevé de le rendre tout puissant. Jamais, depuis les invasions barbares, la langue n'avait reçu pareille empreinte : des centaines de mots bien vivants en sont témoins : balcon, bouffon, caresse, caisson, disgrâce, fantassin, infanterie, intrigue, manège, soldat, sonnet, etc. Ils appar tiennent à tous les domaines : sciences, arts, lettres, métiers, mceufs, à toutes les formes de la vie matérielle et morale.
L'anglais a commencé à nous rendre en partie ce que nous lui avions donné, au moment où les idées anglaises ont influencé fortement la pensée française, c'est-à-dire après Louis XIV. Dans certains domaines, par exemple ejLJiûlitique, il a dès lors fourni les noms d'une foule de choses nouvelles et inconnues en France, depuis le jury jusqu'au club ; l'échange na jamais cessé ensuite d'être très actif. Des catégories entières de noms^ par exemple ceux des courses ou des sports, viennent d'outre-Manche, mais il y en a de toutes sortes. Citons : banknote, bar, bluff, box, break, chèque, cottage, dandy, snob, flirt, fwe o'clok, hall, home, interwiew, humoriste,