CHAPITRE X LE MOUVEMENT ET LES CAUSES
Il arrive que l'efîel se présente comme dû non pas à un résultat acquis, mais à une progression, à un mouvement.
En coordination. — On met en parallèle deux propositions, renfermant des mots qui marquent accroissement : Plus Je mets de cet onguent, plus je boîte ; — plus tôt vous irez, plus vous aurez de chances de trouver de la place : — Mieux je connaissais son caractère, plus Je craignais de lui dire toute la vérité; — Moins long est le désir, moins douce la satisfaction ; — Plus l'obstacle est puissant, plus on reçoit de gloire (moi... Et., 1864) (1).
On peut exprimer le même rapport à l'aide de mots qui renferment en eux-mêmes l'idée d'un développement : Et le désir s'accroît, quand l'efjet se recule.
Cet accroissement proportionnel peut être inverse. Plus j'y réfléchis, moins je comprends sa conduite: — plus je l'écoute, et moins je puis l'entendre (mol., Sgan., 574).
En subordination. — Pour exprimer le même rapport sans construire deux propositions parallèles, on se sert de d'autant plus : Il fut d'autant plus respectueux, qu'il semblait plus fort (michel., Rév., i, 411). Cf. d'autant plus que les facultés spirituelles sont au-dessus des corporelles, d'autant plus je vous dois (mol.. Mal. 7m., ii, 5).
On trouve aussi d'autant mieu.v : La chaleur se conserve d'autant mieux que vous fermez plus vite la marmite : — le vénérable auditeur remplissait d'autant mieux cette condition... que son attention ne pouvait être distraite par aucun bruit (v. h., A'. D., i, 225). De là est sortie la locution toute faite d'autant plus que : J'aurais presque envie d'abandonner le métier, d'autant plus que ces gredins de cadavres n'apportent pas cwec eux de quoi payer leur bienvenue (ch.\mpfl., Cont., 52) ; — La chcdeur était suffocante, d'autant plus qu'on ne sentait pas comme à Indret l'espace et le vent de mer (\. daud., Jack, 566).
Conclusion. — On arriverait, rien qu'en étudiant la diversité des moyens par lesquels on exprime le rapport de causalité, à trouver, si on ne le savait par ailleurs, comment l'esprit établit entre les faits les plus divers
(1) Le peuple dit luril p/».s (que) .• Tant plus ;/ m aura, tant plus qu'o/i en demandera.
l'.n rapport de causalité, en parlant d'autres rapports. Par une série d'exten .'^ions et de figures, des ligatures de toute espèce sont devenues causales, et les formes grammaticales se sont adaptées, quelquefois spécialisées. Le fait peut-être le plus significatif est le développement récent de rapport à. Le peuple dit : // n'a pas pu venir, rapport à la maladie de sa fille ; — Le père n'est pas content, rapport aux affaires de la politique (a. daud., Cont., Les trois Sommations) ; — ta sais les difficultés que j'ai eues cwec la famille. rapport à ma carrière (a. hermant, La fam. com., 4). Or l'expression rapport à n'a aucune valeur spéciale. Elle marque simplement, et de la façon la plus générale, qu'il y a un lien entre deux faits. Cela suffit pour que l'esprit y voie un lien causal.