‹ La pensée et la langueChapitre 507 sur 587 · LA RELATION DE FINALITÉ · texte numérisé non relu

LA RELATION DE FINALITÉ

Finalité et conséquence. — Xoiis avou*. parlé de la dircclion : aller vers Paris, partir pour Pctris. Le but. au litni d'être un endroit, peut-être tout moral el immatériel : élre porté au mensonge ; viser au succès.

Il convient de rappeler ici l'analogie entre les faits dont nous allons, parler et ceux dont nous avons parlé déjà, en considérant l'objet des verbes de volonté : vouloir, demander, ehereher. etc.. Klle se traduit par des emplois pareils des modes : jr veux que tu me Comprennes ; je fais en sorte que tu me comprennes.

L'intention qui fait aj^ir peut élre ta\orable ou défavorable, elle est dans ou contre l'intérêt de quelqu'un. D'où: trcwailler dans V intérêt des masses^^ en faveur de la rénovidion soeiate, ou au contraire : contre l'intérêt public.

Le rapport de coiisé((ucnce et le rajqjort de finalité sont très voisins.. Cependant ils sont impossibles à conf(jndie. Comparez : .S'a nure l'a élevée de telle sorte qu'elle puisse /'//tc avee leu.vl : .s(/ mère l'a bien élevée, de sorte qu'elle peut vivre avee peu. Dans le i)reniier cas. la phrase exprime la fin, le but que se ])roi)osait la mère jjour l'a\ enir de sa fille. Dans le second, au contraire, il s'agit d'un fait qui résulte d'un autre plus général, qui n'était pas destiné spécialement à produire le second. C'est une conséquence que la mère n'a peut-être pas \ oulue cxi)ressénuul. qui se produit néanmoins (2).

Or ici la consécutive el la tinalc sont encore très voisines l'une de l'autre, mais ailleurs elles peuvent être tout à fait opposées, si, comme cela se produit, le résultat d'une action est ditt'éreul. conttajxe même au but qu'on se

(1) Le vocabulaire n'est pas très riche en noms : hul. /in, nbjvl, objecU/. intcnliori.

(2) Autres exemples : In yaniiri a tendu nne ficcllr on Irai'crs de lu me pour s'ainus«r. Une femme tombe el se casse la jambe : conséquence.

Un niaiire i>a nu tableau pour écrire : rinalité ; il se blanchit les doigts :. conséquence.

proposait. Ex. : Il avait combiné son départ de façon à être là à midi (finalité). mais son train a eu du retard, de telle sorte qu'il n'a pu déjeuner avec nous (conséquence).

Il n'en est pas moins vrai que la notion de finalité et celle de conséquence ont été lentes à séparer, dans notre langue, leurs moyens d'expression. Voici un exemple contemporain, où l'auteur emploie une expression ordinairement réservée à la finalité pour marquer un rapport de conséquence : l'envoyer... dans une colonie agricole... afin qu'il achève de s'y corrompre (coppée, Coup., 56). Ce n'est pas l'intention des juges, mais le résultat de leur sentence.

Avec pour, qui exprime si souvent la finalité, le même fait est commun. On dira : l'ennemi n'a pas poussé à ce point ses préparatifs pour renoncer à son attaque. Il serait absurde que l'ennemi ait fait des préparatifs dans l'intention de renoncer à son attaque, et ce n'est pas là ce qu'on conteste. On veut dire que les préparatifs ont été si grands qu'il est impossible qu'il renonce ; c'est une conséquence que l'on tire de l'étendue de son travail.

Causes et Tins. — Il y a des rapports étroits entre la relation de cause et la relation de finalité, le but qu'on se propose deNenaiil à chaque instant motif d'action. Quand l'homme du peuple déclare i\u'il est entré chez le marchand de vins, histoire de s'amuser, il avoue son intcnlion. il déclare aussi la raison qui l'a arrêté là. Xous avons donné à la Causalité (p. 803) d'autres exemples, tels que: Une masse énorme de « traditionsn avait étouffé la Loi, sous prétextede la protéger et de l'interpréter ( hi;x.. .lés., xx) ; — ils avaient invité lùinny à dinrr chez eux... histoire de la distraire un peu de ses vilaines idées (a. daud., Saph.. 69).

Entre quels éléments de langage se marque le rapport de finalité.

— Les verbes prennent tout ual ureUfiiienl des eonipU-nients de finalité : travailler pour la gloire ; — // /?^' vivait plus que pour la joie de cet avenir (ZOLA, Déb.. 2."i')). Mais les noms sont aussi très souvent accompagnés, tout comme U's Ncrhes. d'indications de finalité : une demande en vue d'obtenir l'assistance obligatoire.

Ces noms sont. I)i(n cnleiKhi. des noms d'action d'abord : et puis les recherches pour le bon Saint-Antoine seront finies (i lai b.. Lett. à G. Sand. ccxvi) ; — ces ingéniosités pour que le Tiers-Ordre chemine .sa/?.s se briser aux obstacles de la route, ces finesses pour attirer des adeptes.. ./ou/ cet ensemble... a jailli de votre cerveau ? (i ab., A/n'e Pust., 166) ; — Dieu sait quelles instances furent les miennes pour qu'on vous écrivît à Bordeaux (m., 7ft., 46).

Mais de simples noms d'ustensiles conii)orlent aussi des compléments de but, ces ustensiles étant créés, fabriqués pour une fin. Les noms capables de se construire avec ces compléments sont extrêmement nombreux : boîte à lettres, toile à peindre, machine à coudre, tube à expériences.

On a vu à VObjet ce qu'il faut penser de l'iufinitil' actif cuiployé là. Tantôt

Page 1