CHAPITRE II LES FORMES DU PLURIEL
Leurs origines. — Si l's est devenue « la marque du pluriel » , c'est là un accident de l'évolution des formes. En a. f. s ne distinguait les nombres que dans les féminins une fior, des flors ; une rose, des roses. Dans les masculins, il était un signe flexionnel, qui, comme nous le verrons, distinguait le sujet singulier et l'objet pluriel : sing. s. : li murS, obj. : le mur ; Plur. s., li mur, obj. : les murs (h. l., i, 179, 335, 413). Mais dans un certain nombre de masculins, le sujet singulier n'avait pas ce s ; li pedre comme le pcdre.
A la fln du Moyen-Age, quand cette déclinaison eut perdu les cas-sujets, il se trouva uniformément que, soit au féminin, soit au masculin, la préseiur d'un s distinguait les pluriels : la rose, le mur, le père ; — les roses, les murs, les pères. Dès ce moment la langue avait donc une flexion de nombre.
L'âge ancien du pluriel. -Cette flexion était réelle, en ce sens que s se faisait entendre, sauf devant consonne: mur(s) blans. xMUeurs elle sonnait z devant voyelle : murz épais^ s devant une^atrse : murs. C'est ce que nous avons encore dans les noms de nombre : si(x) murs, siz œufs ; j'en veux sis. Cf. tous. Se rappeler la phrase je les regarde comme supérieurs à touz autres ; en tou(s) cas, je les prends tous.
La prononciation de s entraînait certaines jîiadifleali0ns-d«««-4ea consijnnes qui précédaient. .s (ii. l., i, 183). Les labiales tombaient : co/p (coup) cols; gah (gageure) gas; baillil (bailli) baillis. (Cf. aujourd'hui bœui bœufs; œui > œu(f)s). De même la labiale nasale m : oerm (ver) vers.
Les palatales tombaient également : sac, sas. Les dentales demeuraient, combinées dans l'écriture en un z (qui sonnait ts) : dent, denz ; amant, amanz. Si la dentale était précédée d'un premier s, elle était étouffée entre les deux : ost (armée) oz. Après /, (qui se prononce en a. f. avec la pointe de la langue contre le palais dur), rien de iyaçjticulier ne se produit d'abord, .s s'articule après /^'Puis ce /, fort voisin de ou) passe à la voyelle ou et als est désormais aus (aous). De même els > eus etc. D'où : cheval > cheva\s > c/?eyaus; c/?evel > chevéls > cheveus. Si le mot était terminé par un Z mouillé, la mouillure disparaissait et le traitement était celui de / simple : travail, travaus ; genoil, genous ; ueil. yeus.
La chute de S. — On ignore à quel moment et pourquoi le s final s'assourdit, et finit par ne plus être prononcé ; ce qui est sûr, c'est qu'à la