‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 107 sur 586 · REPRÉSENTANTS PAR DÉMONSTRATIFS · texte numérisé non relu

REPRÉSENTANTS PAR DÉMONSTRATIFS

jamais. Une mère dira, en montrant son enfant : Vous voyez comme on est attaché à ça.

Usage de ee, ça. — Pour ne pas compliquer outre mesure, nous considérerons ici d'ensemble ce qui s'applique à ce représentant d'êtres, de choses, et à ce représentant d'idées.

Ço^ ce étaient très usités en a. f. : Ço peiset els^ mais alire ne puet estre (Alex., cxvi, 5) ; — Ne plaeei Deu, ço li respunt Rollanz (RoL, 1073). Tantôt il renvoyait à ce qui venait d'être dit, tantôt il annonçait ce qui suivait : ço peiset mei que ma fin tant demoret (Alex. y xcii, 5) ; — Ço dist Chernubles, ma bone espee ai ceinte (RoL, 984).

Le développement des formes avec addition d'enclitiques : ceci^ cela, a changé le rôle de ce, mais ne l'a pas fait disparaître. On ne l'a plus employé comme objet : dites ce, j'ai ee fait. La seule locution survivante est peutêtre : pour ee faire ; encore a-t-elle été réprouvée par Vaugelas (i, 420). Les incises : ce dit-on, ce dis-je, sont devenues dit-on, dis-je. Ce ne sert plus non plus de complément à des prépositions, comme autrefois : Pur ço le fist (Roi., 1779). Au commencement du XVII® s. on trouvait encore pour ce, à cause de ce. Mais Oudîn les déclarait a un peu antiques » (Gr., 113), et Vaugelas condamnait outre ce (i, 418 ; cf. ii. l., m, 496). D'autres ont blâmé à cause de ce, non content de ce. Seul, sur ce nous est resté. Comme sujet, ce a également disparu, sauf devant le verbe être et devant devoir être : c'est ma mère ; — ce doit être mon frère qui a sonné. (De l'ancien usage, il n'est resté que la locution ce me semblé). Néanmoins, par c*est, ce joue un rôle immense, ainsi que nous l'avons vu.

Le partage d'attributions entre ce et cela a été très délicat. Visiblement, quand il s'agit de représenter expressément une chose dont on a parlé, cela est nécessaire : Nous avons revendiqué V Alsace-Lorraine, cela n'était en aucune façon demander une conquête. On peut dire assurément : ce n'était pas revendiquer une conquête, mais ce n'est pas là le représentant véritable de ce qui précède ; c'est une simple formule.

Toutefois, aucune des règles générales qu'on a posées n'est assurée d'ctre vraie dans tous les cas. On dit avec un adjectif aussi bien : c'est bon, que cela est bon ; c'est faux, que cela est faux.

Quand l'attribut est un nom, c'est au contraire ce qui s'impose : cVs/ une vérité reconnue ; — c*es/ une erreur de croire... Nous n'écririons plus avec Molière : cela est étrange, que mespropresenfantsmetrahissent(Av.,i,\). La raison en est encore que ce est là dans son rôle général de formule introductive.

On comprend les hésitations delalangue : cela a pour lui l'analogie de tous les verbes, C6 a pour lui une des formules les plus communes de la langue : c'est (1 ).

Il est à remarquer que l'abréviation populaire de cela : ça, n'entre pas en concurrence avec ce : on ne dit pas : ça est faux ; ciest un belgisme.

1) Nous retrouverons ce avec un sens affaibli quand nous parlerons des impersonnels, où il est en concurrence avec //.

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