LES PHRASES SUBJECTIVES
Considérées dans la portée qu'elles peuvent avoir, les actions se divisent en deux grandes catégories, suivant qu'elles porteitt ou ne portent pds sur un objet. Dans le premier cas, elles sont objectives : vous voyez le résultat; dans le second, elles sont subjectives : la fmidre est tombée.
10 L'existence. — La première des actions subjectives, c'est d^ exister. Il ne faudrait pas, en raison du rôle énorme du verbe être dans le langage, s'imaginer que les phrases d'existence où entre ce verbe aient une importance particulière, ni même soient les plus communes. A dire vrai, l'existence se traduit quelquefois par le verbe être : Au commencement était le Verbe ; — la lumière fut ; — je pense, donc je suis ; — il est temps, e*est l'heure ; — Le roi /l'est plus. Madame ; il faut prendre sa place (rac.» Phèd., 342) ; — Toujours Jack se trompait. Aussitôt c'était des joies, des rires (a. daud., Jack, 251) (1). Mais le verbe exister est au moins aussi usuel dans les pkrases personnelles. Quant aux impersonnelles, qui sont d'un emploi constant, // est y est beaucoup moins employé que il y a.
11 y a apparaît très anciennement sous la forme i a ou a ; En France en aë mult merveillus turment. Orcz ïzAde tuneire e de vent (Bol., 1423). Les étvtx verbes ont été longtemps usités assez indrlîéremmefit. Cependimt, dès le commencement du XVII® s., les observateurs ont remarqué qu'on ne pouvait se servir de // est en parlant de choses matérielles, de distances, etc. : il est un grand profit, il est dix lieues (h. l., m, 526). Vaugelas a en outre
(1) Cf. Quel obftt te présente à mes yeux ! Q% n'est paa M>ij(eitieii/ des hommes à eombattre, c'tit des montagnes inaccessibles ; c*Mt des ravines et des précipices d'un côté ; c*est de Vautre un bois impénétrable, dont le fond e.sl un marais... C'est partout des forts éteués et des forêts abattues qtti traversent des chemins affreux ; et au-dedans, c'est Merci avec ses bnwes Bavarois, enflée de ianl de succès (iioss., Condé). ,
PORTÉE DE L'ACTION
observé qu'i7 est se rencontrait plus communément en phrases négatives (il, 19). En effet Boileau a dit : D n*est point de serpent ni de monstre odieux {A.p.y III, 1). Mais il ne faudrait pas croire pour cela que toutes les phrases négatives prennent // n*est. Il y a des plirases très usuelles où peut seul entrer il n'y a ; il n'y a qu'une expression qui soit la bonne ; — il n'y a qu'un an.
A la vérité, il est, il n'e^t, sont des formes littéraires. Il est près du sentier, sous la haie odorante. Une pierre petite, étroite, indifférente Au pas distrait de l'étranger (lam.). L'impossibilité de faire entrer // y a dans un vers, en raison du prétendu hiatus (Gomp. Iliade) a probablement contribué à maintenir i7 est, que la langue vulgaire ne connaît plus, sauf dans les indications de temps : Il est dix heures ; il est temps de partir. Malgré ces survivances, on ne voit pas comment // est pourrait remplacer il y a, soit en vers, soit en prose, dans la plupart des cas : Il y a des poires celle année ; — Il y eut une exclamation d'étonnement, puis un silence (flaub., Éduc, i, 220).
On use en outre d'autres impersonnels, tels que // se rencontre, il se trouve : parmi les mélèzes, il s'en rencontre fort peu de fourchus ; — Il s'en trouvait (des natures) de plus fines, de plus aristocratiques (a. daud., Jack^ 262).
Remarque. — Toute proche de l'idée d'existence se trouve l'idée d'un événement qui se produit : un fait nouveau s'est produit ; — un changement considérable a lieu ; — il arrive des surprises.
2° Identités. — Sont aussi des phrases subjectives les phrases qu'on pourrait appeler d'identité, sans prendre bien entendu ce mot dans un sens étroit : \2 est le produit de 4 par 3 ; — je suis le propriétaire de la ferme ; — // est elle, elle est lui (v. h., Cont., Aur., ix).
La même construction intervient chaque fois qu'il est question d'un exposé, d'une explication du sujet : Son plan ë/a// d'entourer son entreprise de mystère ; — mon désir est de le rencontrer seui ; — la première règle est de bien écrire ses chiffres ; — Les seuls événements de notre solitude Sont le eiel plus clément ou la saison plus rude, La fleur tardive éclose aux fentes des rochers (lam., Joc, 15 oct. 1794) ; — Mon mouvement naturel est de la fuir (la figure humaine) pour délibérer en paix (b, const.. Ad., ch. i, 3) ; — Le travail devrait être une fonction et une Joie : il n'est bien souvent qu'une servitude et une souffrance (jaur.» Act. Soc, i, 107).
La formule c'est joue là un rôle très grand : vivre c'est agir ; — ses apôtres, c'était lui-même (ren., Jés., xviii) ; — L'homme de l'avenir, c* est l'ouvrier (a. daud., Jack, 259).
3^ Etats et manière d'être. — Il faut ajouter les phrases d'état, dont nous aurons à parler à la Caractérisation, et qui ont pour but de marquer qu'un sujet se trouve, entre, reste, paraît être dans un état, une situation, une manière d'être quelconque, soit qu'il y ait été mis, ou bien qu'il y