‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 206 sur 586 · CHAPITRE V r AUTEUR DE L ACTION, LE COMPLÉMENT D'AGENT · texte numérisé non relu

CHAPITRE V r AUTEUR DE L ACTION, LE COMPLÉMENT D'AGENT

Syntase de ce coxnpléxnent. — Dans les phrases passives, les auteurs—^ hommes ou choses — de Taction exprimée au passif, sont indiqués, s'il y -a lieu, par un complément d'agent : Veau des pluies est absorbée par la terre ; — la France a été renouvelée par la RévoMiofi de 1789 ; — il sera upprouué de tons ses amis ; — i7 est sorti, accompagné d'une foule enthoujiaste.

Les piuèfositions de et par. — Comme on le voit par ces exemples, deux prépositions se partagent le rôle d'introduire le complément d'agent, savoir de et par (1).

Dans l'ancienne langue, de est de beaucoup plus commun : Ne placet Deu, ço li respnnt Rollanz, Que ço seit dit de nul hume vivant {Rol„ 1073).

Jusqu'au XVI« s., de s'employa ainsi avec toutes sortes de verbes : se laisser transporter de la colère (s* gel., m, 200; h. l., ii, 476). Au XVII« s. même, de était encore très fréquent : J'ai su tromper les yeux de ^mi f étais gardé (rac, Phéd., 968).

La différence faite généralement aujourd'hui par les grammaires, c'e^t que de s'emploie quand il s'agit d'actes intérieurs de l'âme; par, quand 11 s'agit d'actes matériels, ou que de figure déjà dans la phrase. Cette question a donné lieu à toutes sortes de subtiles distinctions. Suivant Clédat, on retrouve encore dans les verbes construits avec de l'idée d'origine, de point de départ : effrayé de son acte (cf. ptar l'auto) ; — approuvé de tout le monde (cf. par le Sénat). La théorie est spécieuse, mais doit n'être acceptée qu'avec beaucoup de réserve. Comment l'appliquer à : précédé d'un huissier, accompagné de son fils, mangé dés vers, entouré d'eau de tous côtés, pris de frayeur?

La préposition à. — Les compléments d'agent sont aussi construits avec à : mangé ^ux vers (2). Nous verrons plus loin qu'avec l'infinitif, <! s'explique autrement : laissez-le entreprendre à d'autres.

Compléments d'agent des pronominaux. — Quand au passif on substituait le pronominal, le complément d'agent en m. f. et en français clas-

(1) V. CLÉDAT, Rev, de pML /r., 1900. 218.

,(2) Cf. les compléments d'adJecUfs : inappriuoisable même aux gâteries tendres (a. daud., Saph., 200).

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sique s'exprimait comme après un passif : les choses précieuses ne se désirent que des gentilz courages (des pér., Nouv, Récr., ii, 79) ; — Par tous les conviés s* est appelé Chapon (boil., Sat,, m, 48) ; — le commerce s'établit entre les Indes orientales et l'Europe, par les vaisseaux et les armes du Portugal (volt., Ess, s. mœurs, cxviii).

On dit que ce complément ne peut plus se construire ainsi eu langue contemporaine. Cependant :

Divers auteurs du XIX® s. ont imité sur ce point la syntaxe classique : Tous CCS sacrifices se faisaient par des riches et par dis pauvres (michel., Rév., I, 328). C'est ce même complément qu'il faut reconnaître dans : Les fossés dont la pente s'adoucit par la terre qui s'émiette des bords et par les pierres qui tombent des créneaux (flaub., Par les Champs, 76) ; — Toutes les grandes choses se font par le peuple (ren., Jés., xw).

Toutefois il ne faut pas confondre le complément d'agent et le complément d'instrument, qui se. construit couramment avec le pronominal : L'espace était occupé presque tout entier par trois lits qui se fermaient par des portes de bois (lam., Raph., 55). On pourrait dire : au moyen de portes de bois (1). La différence est du reste fort difficile à marquer : Une haine qui ne pouvait s'assouvir que par la mort (Id., Ib,, xx) (2).

(1) Ailleurs, il s*agM d*im complément de cause, ainsi : Quelquefois il se faisait un long silence pir l'embarras même et par rezeès dos paroles qui s'accumulaient dans nos cœurs (i.am., Haph,,

(2) Ce complément se trouve aussi bien avec des intransitifs qu'avec des pronominaux : tout A conpt par le Jeu eruol d'une puissance inconnue, ce mieux mensonger disparaissait (e. const.. Ad., X. 92).

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