‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 214 sur 586 · NATUHE ET FORMES DE L'OBJET SECONDAIRE · texte numérisé non relu

NATUHE ET FORMES DE L'OBJET SECONDAIRE

IL Avant le verbe, — L'a. f. employait à peu près indifléreniment me et moi, te et toi devant le verbe : H moy semble (joinv., 85 1 g). Sauf à la troisième personne, où lui ayant seul survécu, sert à la fois de forme lourde et de forme légère, c'est la forme légère qui a prévalu. Le changement était fait dès la fln du XV *^ s. Mais le triomphe des formes légères n'avait pas résolu toutes les difficultés, On ne disait plus : moi mander, le choix restait entre : me mander et mander à moL

Formes légères et formes prépositionnelles. — Nous avons conservé à moiy d'abord dans un certain nombre d'expressions faites : une succession i m<d échue.

Quant aux formes personnelles du verbe, il est d'usage général de les construire avec les personnels légers. Les grammniriens, dès le début du XVII« s., considèrent que : vous écrivez à mol pour : vous m*écrivez n'est pas français. Pascal a écrit cependant : Qui m*y a mis, par l'ordre et la conduitle de qui ce lieu et ce temps a il été destiné i moy ? (Pens., éd. Mol., i, 41) ; — je n'entends pas que vous soumettiez votre créance à moy sans raison (Ib,, II, 278). Si nous évitons des phrases de ce genre, il arrive pourtant qu'on voie reparaître les formes prépositionnelles : je viens tout en hâte, et moi-même, Dire la chose à toi, féal sujet que j'aime (v. n., Hem., i, 3) ; — cède à moi qui suis juge (Id., Lég., Welf, ii).

Il y a lieu de se souvenir ici de la réduction de divers compléments spéciaux au rôle d'objets ou d'objets secondaires. Parler à quelqu'un, parlez à lui ont été longtemps les seules formes usuelles (maup., Gr., 138-9). Et Corneille écrivait : Mais il est mon époux et tu parles à moi (Pol., 788). Puis vint un temps où on prétendit distinguer des nuances de sens. Et enfin me, te, lui prévalurent. Il y a là matière à réflexions pour ceux qui voient dans causer à quelqu'un, analogique du précédent, une faute contre la pureté de la langue.

On prendra garde aux difficultés qui se présentent avec certains verbes. Penser, songer, courir ne causent point de doute ; il faut partout la préposition : je songe à elle, je courus à lui. Mais avec d'autres verbes, les deux constructions sont possibles, elles donnent lieu à de fines nuances : je te reviens, dit par un soldat à sa femme, n'a pas du tout le même sens que le mot d'un maître à son élève : je reviens à VOUS, c'est-à-dire : je vais maintenant m'occuper de nouveau de vous.

Le verbe est être.^ — I. Avec un nom comme ATTmBUx. — Le type est : ce m*est une gloire bien grande de me voir assez fortuné (moi.., B, G., m, 19). Ces phrases sont très communes en langue classique : ce nous est une douce rente que ce Monsieur Jourdain (Id., Ib,, i, 1); — ce m*est un fort bon signe (Id., Mis., 110) ; — l'honneur de le louer m* est un trop digne prix (boil., Sat„ IX, 311).

Toutefois l'emploi des formes légères a été contesté dès le XVII® s. Il

:i^; LOHJE7 ^RCOSh.KlfiE ET LES AUTRES COMPLÉMESTS

n^ tftnt p'H-K rJire : rA S'€9t uru qrnndf: (j'oint, mai.s : e'f.M^tfBWÊÊÊk ani^ gmiuia ^foir^. (>\i ', a Tff^.xt hi^,n qU^ru.uz,., rie façon à éditer ce B'cst f cjuxteres. ^/> ti mauT), uxaqe, 2^j0», L'a.^agft avai^ changr depui.'» Molière, qui écrivait: Croif^z-no'i'i.,, qu^, «^ M0§H.toU un^. ffloire ditr^. 'tortî d'un %anq noà[*f lonque nott.% r)ii^on^ ^.n infâme.^ 7 i fi. J., iv, \k En f. m. on dît fort bien : ^/Z<? Wk* était le pff^me Dioant de la nrrture et de moi-même f L-^xart„ Rnph,, rh. xxxn> : — ()h l qu'une douée mort tt u>it la réeomp^nte i Id,. Jor,. 21 juil. 18*h^».

2^' \vf:c vs Kff.ff.C'TiF COMMF. ATTRiBCT. — Tvpe ! i7 M «ffl// s^^courable : — ee/a irMS e%( bon ; - - reile opinion hà e%i penoniuUe.

L» iormf légère *>fn ploie ainsi très couramment au XVII* s. : Puisque je fiui.% mortel, il ne m'eut point nouveau (racan, i, 100) ; — comme je Pi en fi de voum le dire, eela m*e^l fort honorable (bussy-rab.. Co r.. Lett.

(>» constructions sont loin d'avoir disparu. Les textes littéraires en pré- Af^nient en abondance, que la langue parlée n'emploie pas : que cette nature en non unlper»alité étoit belle à ma pensée, et la vie de l'homme misérable à mon ecrar ! (%ksasc,^ Rêveries^ i, ». t. mod.. 16); — le timbre de sa voix m*est »l mélodieux (lam., Joc,^ 25 juiL 1794; ; — que le résultat de la vie TOUS a été contradictoire à tous deux fs*« beuve. Port, cont., i, 153) ; — je doute que le remède nott efficace ; en tout cas II m'aura été mortellement ennuyeux (flac;beïit, Let, à G. Sand, 3 juillet 1871) ; — avec le goût délicat et subtil qui Inl était inné (bourg,, A. Corn,, 31) ; — la vie lui était belle, son sang roulait bien rouge (ro»ny, G. du feu, 18).

Derrière le verbe être, au lieu d'un adjectif, Il peut se trouver un attribut ou un complémcntquelconque : Ce livre m*a été d'an grand secours.

L'objet eecondalre et lee formes dee conjonctifs. — Qui. — Le

conjonctif qui avait en a. f. son objet second : cui : qui qu'en peist (1) o qui ntm (Jiol., 1279). Dan» la suite, le sens de la déclinaison se troubla, puis fut rétabli par l'analogie de i7, ainsi que nous l'avons montré ; mais jamais qui ne retrouva sa valeur de à qui. Il dut se faire accompagner de la préposition. 11 reste dans la langue actuelle sous forme prépositionnelle. On dit â quL,. pour qui.,, La personne à qui j'ai remis le paquet.

Nous avons au contraire une forme spéciale d'objet secondaire dans auquel : le résultat auquel // aspire ; — C*est un moyen auquel i7 est étonnant qu'on n'ait pas songé (2).

Où — SA voaiiK KT SA DÉCADENCE. — OÙ a très souvent servi d'objet Keconduire. Le développement de ce conjonctif depuis le XW s. avait été extraordinaire. On le trouvait non seulement avec son sens propre (dan

(t) Cf. I«i rur Qttinatmpotx (qui qu'en point, à qui qu'il en pèse).

12) Noim Hvonii vu, cti parlant des conjonctifs, que souvent le peuple substitue au conjonctif roi)J(«t Neconrlalrr personnel : ta femme qu*on \vâ a dit cela^ pour i la femme à qui on a dit cela.

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