‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 25 sur 586 · CHAPITRE VIII PROPOSITIONS A TERMES COMPLÉTÉS · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII PROPOSITIONS A TERMES COMPLÉTÉS

Additions de compléments, leurs rôles. — Les divers termes de la proposition peuvent recevoir un développement nécessaire ou utile, quand leur nature grammaticale s'y prête ; seuls les mots-outils, prépositions, conjonctions, etc., n'en reçoivent point, les articles non plus.

Sans entrer ici dans des études de détail qu'on trouvera par la suite, rappelons que :

10 Les termes sont ainsi repris pour être identifiés, développés, expliqués, corrigés : faute de cette soiufionje n'en vois qu'une troisième, c'est que je me tue pour en finir (o. sand. Elle et /. ch. m, 37).

2° Ils sont limités par toutes sortes de restrictions, ainsi : les nègres sont d'habitude,... sont, en général, précoces. Au lieu que les nègres soient tous compris dans ce jugement, il ne s'applique qu'à la majorité d'entre eux ; de même si je dis : vous avez raison sous ce rapport, je retire au jugement son caractère absolu. (Cf. : En ee qui concerne la souscription, /e suis d'accord avec vous). Dans : cette statue est belle de lignes, je restreins la qualification, ainsi de suite.

30 II peut y avoir détermination : la beauté du visage est un frêle ornement ; — Célébrer avec vous la fameuse journée OÙ sur le mont Sina la loi nous fut donnée (bac, Ath., i, 1).

40 II peut y avoir une caractérisa tion : une fille sans dot ; — Il y a.,, des tempéraments ennemis de toute résistance, des naturels rétifs, que la vérité fait cabrer, qui toujours se roidissent contre le droit chemin de la raison, et qu'on ne mène qu'en tournant où Ton les veut conduire (mol., Av,, i, 5) ; — cette maison sans maîtres, ce couvent sans directeur, ce travail et ce repos sans ftme les accablent (barrés. Coll. insp., v).

50 II peut y avoir des indications de circonstances : sortir par un temps pareU serait de la dernière imprudence ; — un mariage par Tentremise de cette personne ne me plairait pas.

Bref, des compléments de toute espèce s'ajoutent aux éléments principaux.

Goxnposition grammaticale de ces additions. — Si on regarde la structure grammaticale des compléments, on voit que ce sont :

1° Un ou plusieurs mots rattachés par construction directe : un tir trop précipité n'est pas efficace ; un tir, toutes les minutes, est insuffisant.

GÉNÉRALITÉS

20 Des compléments indirects, c'est-à-dire introduits par des mots-outils : un tir sans réglage d'avions, sur des buts eachés, donne des résultais nuls,

3° Des propositions conjonctives, c'est-à-dire introduites par des conjonctifs : un tir qui n'atteint pas les seeondes lignes, ne prépare que des déceptions à rassaillant.

40 Des propositions conjonctionnelles, c'est-à-dire introduites par des conjonctions : un tir, jusqu'à ce qu'il ne reste plus du tout d'obstacle, a le défaut de se prolonger et de prévenir Vennemi.

Il convient d'insister ici pour faire observer que, contrairement au préjugé régnant, les propositions compléments de termes, même quand elles sont des conjonctionnelles, se rapportent à d'autres éléments qu'au verbe, par exemple : la crainte qu'elle ne mourût dans V opération faisait hésiter le chirurgien ; — assurée que son mari reviendrait, elle tenait bon, malgré la misère croissante.

Reconnaissons toutefois que dans l'immense majorité des cas, c'est au verbe que se rattachent les compléments formés de propositions conjonctionnelles : puisque vous voulez que Je parle d*une autre façon, souffrez que je me mette ici à la place de mon père (mol., Av., m, 7). ^ Il va sans dire que tous ces compléments s'ajoutent, se combinent, se rattachent les uns aux autres et se complètent eux-mêmes, ce qui donne à la phrase des formes extrêmement variables.

Importance de ces compléments. — Il se peut que toute l'idée soit dans les compléments : Au levcuit, au couchant, partout, au sud, au pôle. Avec de vieux fusils sonnant sur leur épaule. Passant torrents et monts. Sans repos, sans sommeil, coudes percés, scms vivres. Ils allaient, fiers, joyeux et soufflant dans des cuivres. Ainsi que des démons (v. h., Châi., A l'ob. pass.). L'idée n'est pas dans Ils allaient. Voici encore un exemple, tout simple, pris à un journal, qui montre l'importance de ces additions : Est-ce pour de tels résultats qu'il est sage et opportun de tuer la confiance du pays dans des conditions de paix dont ia valeur se mesure, pour la France, à l'acharnement que l'Allemagne apporte à vouloir les changer, et qui, si on les changeait dans te sens du forfait, aboutiraient au règlement même que la délégation allemande à Versailles recommandait il y a un an ? (.\. TAïuîiEU, III^ du 1er fjiai 1920, p. 264). Toute la pensée est dans le développement donné par les compléments au mot objet : la confiance (1).

(1) Comparez : Con condamne celle (la mode) qui lait de la taie des femmes In base d'un édifice à plusieurs éiage^^ dont tordre et la structure changent selon leurs caprices, qui éloigne les cheoeux du visage, bien qu'ils ne croissent que pour raccompagner, qui les relève et les héri.^se à la manière des bacclumtes, et semble avoir pourvu à ce que les femmes changent leur physionomie douce et modeste en une autre qui soit fière, et audacieuse (la br.. Car., la Mode). Ce qu'il s'agissait de montrer, c'était l'édifice.

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