LES PENSÉES ET LES CROYANCES
On sait. — Toute une série d'expressions traduisent l'idée de savoir : je sais, j'ai appris, reconnu, découvert, j*ai vu, entendu, senti. Les subordonnées qui suivent contiennent soit une certitude, soit une possibilité, une incertitude, un doute, une improbabilité : Je sais, j*ai appris que la maladie était grave, qu^elle serait sans doute devenue mortelle ; — J'ai compris que J 'aurais peut-être des chances de succès.
Remarque. — On a tout à fait la même syntaxe si la proposition cornplétive,au lieu de dépendre d'un verbe, dépend d'un substantif ou d'un adjectif de même signification, assurance, avis, conviction, persuasion, preuve; — instruit, persuadé, sûr : la preuve qu'il est complice^ c^est que...
Bien entendu, aussitôt que de façon quelconque à l'idée de savoir se joint l'expression d'un sentiment, la syntaxe peut changer : J'ay impatience de sçavoir qu'il soit arrivé à bon port (balz., i, 962 ; cf. ii. l., m, 565). L'idée d'impatience domine la phrase (1).
On ne sait pas. — Quand l'idée est qu'on ne sait pas, le verbe devrait se mettre au subjonctif ; on trouve en effet ce mode : Acaste ne peut pas sçavoir que sa Mistresse Soit ailleurs qu'à Lyon (d'ouv., Coif, à la m., 23) ; — Je ne puis Jamais comprendre comme vous estimant... je puisse... vous laisser sept ou huit mois sans vous dire un mot (sÉv., Lett., mi).
Il suffit d'une négation implicite : Bien peu de personnes savaient qu'il existât encore un rejeton de cette race amoindrie (gaut., Frac, i, 29. L'idée est qu'il n'y a pas beaucoup de monde au courant).
Toutefois Malherbe blâme l'emploi du subjonctif dans deux phrases de Desportes : Ne sait qu'il doive jaire {Comm. s. Desp., Imit. de TArioste, IV, 408) ; Et ne sauroit penser Comme il puisse des yeux tant de larmes verser (Id., Ibid).
C'était un latinisme que la langue moderne a abandonné (h. l., ii, 445). Aujourd'hui on choisit suivant le sens. Nous distinguons : 1^ Je ne savais pas qu'il m'écoutait (il semble qu'il s'agisse là d'un fait dont on n'avait
(1) De même dans les vers suivants : Gardez-vous de prétendre Que de tant d'ennemis vous puissiez vous défendre (rac, Mithr., 1679). C'est le commandement contenu dans Gardez-vous qui influe.