‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 331 sur 586 · CHAPITRE II A QUOI APPLIQUE-TON DES CARACTÉRISTIQUES · texte numérisé non relu

CHAPITRE II A QUOI APPLIQUE-TON DES CARACTÉRISTIQUES

Les noms et les verbes. — On caractérise soit les êtres et les choses^ soit les actes. Ce sont donc les noms et les verbes qui sont le plus souvent caractérisée.

Voici un boxeur. La première condition, pour qu'il soit classé, est de connaître son poids. Est-ii mouche, coq, plume, léger, mi-moijen, moyen, mi-lourd, lourd? Un acte est répréhensible. Il faut avant tout qu'il soit « qualifié » : crime, délit ou simple contravention? Le tribunal sera choisi! d'après cela : tribunal criminel, correctionnel, ou de simple police.

Passons aux actes : Un homme a été ruiné inopinément par un banquier malhonnête. Il a noblement supporté son malheur. Mais ses facultés se sont affaiblies graduellement, et aujourd'hui il est complètement réduit à une vie végétative, qui finira brusquement.

Les locutions verbales comportent, elles aussi, caractérisation, comme les verbes : Elle a pris solidement racine dans le pays ; — il a complètement fait abandon de ses prétentions.

Autres mots. — Il y a des espèces de mots qui ne comportent pas de caractérisation : préposition, articles, en général tous les mots-outils. Pour les autres, on ne peut donner de règle générale ; ainsi en ce qui concerne la caractérisation des hominaux et des représentants personnels, il est certain que on peureuse n'a point de sens ; mais on peut dire : quand on est peureuse. Il serait faux cependant de croire que les nominaux ne peuvent être caractérisés que dans des phrases attributives. Des caractér sations peuvent être rapportées à la personne, qui est le sujet du verbe : Tour à tour courtier d'assurances, sténographe, commis voyageur en librairie^ secrétaire d'un député du centre, dont je faisais les discours, d'un duc écrivassier, dont je bâclais les ouvrages, préparateur au baccalauréat» rédacteur en chef de la Bamboche, journal hebdomadaire, vivant d'expédients, empruntant l'aumône, laissant une illusion et un préjugé à chaque pièce de cent sous, je suis arrivé à rage de quarante ans, le gousset vide et le corps usé jusqu'à l'âme (aug., Efjr., m, 3).

On rapporte aussi une caractérisation à un me, le, objet : renvoyez-le nous guéri ; — il le ramena très triste. On ne dit plus guère : Nous ne leur demanderons pas de grandes qualités morales ni intellectuelles ; il les suffira médiocres en toutes choses (zola, Cont. à Nin., 58). Mais il est très usuel de dire : Vous m'avez fait des manches courtes et je les voulais longues.

580 CARACTÉRISATIONS ET CARACTÉRISTIQUES

Parmi les autres nominaux, il y a des distinctions à faire. Aiilrui, par exemple, ne comporte pas de caractérisation. Mais rien, quelqu'un, personne, d'autres encore, en prennent très bien une : je vous propose quelqu'un de très bien ; — rien de sûr.

Phrase entière caractérisée. — Notre temps fait un usage très hardi d'appositions qu'on rapporte à toute une phrase, où Ton reprend l'idée exprimée dans une sorte de tableau général : le soleil ne quittait pas la pièce^ une nappe d*or pUe, où des mouches... volaient lentement (zola, D' Pascal, 154) ; — Sous ces géants, au tronc monstrueux, il faisait à peine clair, un Jour verdfttre, d'une fraîcheur exquise (Id., Ib., 33). On rapprochera l'usage qui consiste à rapporter à la phrase une conjonctive de caractérisation : // accepta la rencontre, (ce) qui était fort naturel.

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