‹ La pensée et la langue; méthode, principes et plan d'une théorie nouvelle du langage appliquée au françaisChapitre 351 sur 586 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

LES COMPLÉMENTS PRÉPOSITIONNELS

Rapports et différences entre adjectifs et compléments. — Il y

a des cas où on peut indifféremment se servir d'un adjectif ou d'un complément : travaux des champs = travaux champêtres. Cf. Une figure géométrique et une figure de géométrie ; — le virus pcsteux et le virus de la peste. Mais souvent adjectif et complément ont des sens bien divers. Ainsi dans un mot historique et une page d'histoire. Le premier signifie un mot qui a le caractère de véracité qu'on reconnaît à l'histoire. Une journée historiquCy c'est une journée qui compte dans l'histoire.

Les grammairiens s'efforcent en vain de lutter contre la confusion qui tente ici de s'établir. Nous avons vu des compléments subjectifs contenus dans des adjectifs : une victoire démocratique, la force ouvrière. Des compléments objectifs aussi ont la même forme : élection présidentielle. Toutes ces façons de parler gagnent par analogie. On dit aujourd'hui couramment : un critique musical, le fauteuil présidentiel (1). Convention postale, l'union monétaire, sont des expressions officielles.

Il ne serait pas difficile de citer des textes d'écrivains : Des groupes de bourgeois locaux... se désignèrent par leurs chapeaux de paille (p. adam, Myst. d. /., II, 10) ; — la clameur ouvrière enjoignit le silence (id., Ib., II, 23).

La construction : Le roi de gloire. — De l'hébreu et du grec, cette construction avait passé dans les textes bibliques latins, particulièrement dans les écrits des Pères. Elle apparaît en français dès le XI I^ s. : couronne de gloire. Dieu de majesté. D'où en a. fr. les analogues : veie de felunie, œuvres d'iniquité, esprit de sapience, paradis de délices, parole de vie.

Au XV le s., certains poètes, pleins de souvenirs bibliques, en particulier d'Aubigné, ont aimé ce tour : De ces bouches d'erreur les orgueilleux blasphèmes (Trag., 136) ; — Cf. homme de sang, ministre d'injustice, bouche de louange, yeux de feu, banquet d'horreur, etc.; — G céleste Beauté, Blanche fille du Ciel, flambeau d'éternité (2).

Les classiques se bornèrent en général à celles de ces expressions qui

(1) Les Suisses disent la question ferruglnooie. Il y a des employés ferroviaires.

(2) Voir TRENEL, L'a/ic. Test, et la l. fr. du M.- Age. Paris, Cerf, 1902. p. 95,et Vêlement biblique dans V Œuvre poétique d^ Agrippa d* Aubigné, Ib., 1904.

LES COMPLÉMENTS PRÉPOSITIONNELS

étaient usuelles. Cf. cependant : Aucun chemin de fleurs ne conduit à la gloire (la font., FabL, x, 13).

Les romantiques se sont beaucoup servis du même procédé, que les écrivains depuis eux n'ont jamais abandonné. Ils disaient: Électeurs de drap d'or, cardinaux d'écarlate ; des yeux de earesse. Les prosateurs ont suivi. Ainsi Renan, tout plein d'hébreu : Mes vieux prêtres.., m' apparaissaient comme des mages ayant les paroles de réternité (ren., Souv. d'En/., m, 133). Cf. des mains de travail (oonc, G. Lacert., 115) ; — tous les êtres de naïveté et de spontanéité (a. daudet, Imm., ii, 18) ; — son regard de prière (loti. Pitié, 68) ; — sa calme figure de docilité et de courage (zola, Déb.y 169) ; — on n'apercevait, par intervalles, qu'une bête rampante ou quelque hulotte sur ses ailes de silence (rosny, G. du Feu, lUj 20).

Page 1