D. HENRY ASSELIN
D. Henry Asselin, né en 188 i, outre son volume de notes et de pensées, intitulé le Cendrier ', a publié, en 1911, Paysages d'Asie (Sibérie, Chine, Ceylan).
— Ciel! Ma lampe qui sté teint I... Et moi qui n'ai pas terminé mon examen de conscience!...
— Imaginez-vous un peu la religion sans les curés : comme elle serait aimable ! Et pendant que vous y êtes imaginez-vous un peu aussi le midi sans les méridionaux : comme il serait charmant !
— La femme la moins indiscrète ne vous cèlera jamais qu'elle a un amant : elle vous cèlera plutôt qu'elle a un mari.
— Quels sont les deux genres d'individus les plus insupportables? Les hommes qui croient avoir du génie et les femmes qui se croient irrésistibles.
— Les enfants ont hâte d'être amoureux ; les vieillards sont, au fond, bien aises de ne plus l'être : voilà ce que fait l'expérience, cette femme-sage...
1. Le Cendrier (Notes), Henri Falque, éditeur, Paris, 1906. (Edition du Feu.)
i!8 LA itnshf. iirwr.Aisi:
— La crainte de gêner les autres est la plus grande gêne qu'on puisse imaginer pour soi-même.
— Ou bien Ton écrit pour les gens de lettres, et alors on est insupportable au public ; ou bien l'on écrit pour le public et alors on est odieux aux gens de lettres : le mieux est donc d'écrire pour soi-même, afin d'être plus sûr encore de mécontenter tout le monde et soi-même.
— Lorsqu'il s'agit d'avoir bonne opinion de soi, l'on peut hardiment se considérer à l'œil nu : la loupe devient inutile.
— Le Christ a guéri des malades, consolé des pauvres et il est mort sur la croix ; les oiseaux chantent dans les arbres et meurent ; je voudrais faire un peu de bien et mourir !
— Imbécile ! ça ne se dit pas, ça se fait !
LA l'fNM:.i PmAMÇAia il'-'
ALAIN CHAUV1LUBRS
M. Alain Ghauvilliers. né au Vésinet Seine-et-Oise), le 29 janvier 1884. A fait de sérieuses études juridiques et publié, en 1909, Pétales \ précieux petit recueil de maximes.
— Etre original, tant mieux ; vouloir l'être, tant pis.
— Il est amusant de voir comme certains se croient esclaves d'une réputation que le hasard leur a faite.
— Xe sachant être justes, beaucoup sont bons.
— Il y a des gens auxquels il ne faut rendre un service que lorsqu'on est prêt à leur en rendre plusieurs.
— Ceux-là qui, dans Fintimité, subissent davantage notre ascendant cherchent à se donner en société l'air de s'y soustraire le plus.
— Il est rare qu'on ne se sente pas courageux après le danger.
— • Le pire des cabotinages est celui de la simplicité.
— Une femme ne se donne jamais tout entière : mais, ^lle peut être sincère en le disant.
1. Alain Ghauvilliers. Pétales, 1 vol. in- 24, Paris, typographie Phiippe Renouard, 1909.
ivJ() l.A PENSÉE FRANÇAISE
— Les femmes ne soupçonnent pas ce qu'elles doivent à l'imagination des hommes.
— B... se complaît aux paradoxes.
C'est lui qui avance que les femmes sont tour à tour sentimentales et sensuelles, selon qu'elles sont habillées ou dévêtues.
— Sache mettre dans l'obéissance autant de dignité que dans le commandement.
— Ne devrait-on pas rayer l'orgueil du nombre des péchés capitaux ? On l'y remplacerait par la lâcheté.
— L'humilité chrétienne : se croire, en tant qu'homme, la raison d'être de tout l'univers.
— Il est incontestable que le spectacle le plus propre à inspirer l'horreur est celui de la vérité.
— Engendrer : c'est approcher de la divinité en ressemblant aux bêtes.
— La stérilité de nos rires n'a d'égale que celle de nos sanglots.
— Sache sourire quelquefois comme tu mets des fleurs sur une tombe.
I \ PENSil FRANÇAIS (21
JEAN YTIIIER
Auteur de Maxim' s pour tous les jours, ouvrage publié hors commerce en 1916. M. Jean Ythier qui s'était conduit héroïquement pendant la guerre et avait dépensé ses forces sans compter, est mort prématurément, en 1920. C'était une belle âme et un esprit d'une rare finesse.
J'ai vu quelquefois des hommes ayant des yeux de bon chien. Je n'ai jamais vu de chien ayant des yeux d'homme méchant.
— Tout est facile à apprendre. Tout est difficile à comprendre.
— Ce que les médiocres envient le plus aux créateurs, ce n'est pas le succès, c'est la volupté de créer.
— Les gens qui ne doivent qu'à la Fortune d'être en place jouissent d'un certain prestige ignoré de ceux qui ne doivent rien qu'à leur propre valeur.
— Ce n'est pas la pipe qui est bonne. C'est la vie qui est mauvaise.
— Il faut n'avoir pas vu l'àpreté avec quoi le bourgeois français défend le droit que lui confère son numéro d'omnibus pour supputer Favènement d'une ère de tolérance et d'esprit philosophique.
î-l2 I \ ITNSKK FRANÇAIS!
— A tâcher en vain de boutonner un faux-col, quel honnête homme ne s'est pas senti l'ame d'un sauvage ?
— A l'issue de la cérémonie où le ministre lui avait remis les palmes, Eusèbe, croisant un enterrement, salua, chapeau bas.
— A la ménagerie.
Quelle férocité... chez le dompteur !
— Tu as vingt ans ; il en a soixante. Et tu demandes quelle est cette faute qu'il ne te pardonne pas !
— A celui qui sort vainqueur de la lutte entre son devoir et son instinct, il ne manque qu'un sceptre de carton et une couronne de papier doré.
— La bonté-bienfaisance vient d'une certaine richesse de cœur et d'une grande indigence d'imagination.
— Il est des gens dont l'âme sans tache ferait souhaiter que la vie fût simple et bonne. Prends garde ! ce sont là tes pires ennemis.
— Féminisme.
Gornélie connaît ses droits, dédaigne les chiffons et dompte ses nerfs.
Comment dire tout mon éloignement ?
— Elle m'inspire un profond respect.
— Un homme pense moins à la volupté en présence d'une veuve ou d'une fiancée qu'une femme en présence de l'homme qu'une décence secrète lui défend de troubler.
— Mme X, qui a tout souffert par son mari depuis vingt ans de vie conjugale m'écrit : « ... Elle était adorable sous son voile blanc et délicieusement émue. Son fiancé était triomphant »...
LA itnm'i rRAMÇAISI (23
— Xe mets pas ton meilleur ami en demeure d'opter entre toi et son cordon bleu.
— La satisfaction qu'ont tes ennemis à te nuire n'a d'égale que celle qu'ont tes amis à t'en informer.
— Souhaits philosophiques.
— Des bouquins ? du café noir ?
Avoue-le donc : deux yeux tendres, avec, au fond, l'infini du vide.
Et bien souffrir !
— C'est folie que d'aimer, à moins que d'aimer à la folie !
ALBERT DE BERSAUGOURT
Albert de Bersaucourt, né à Amiens, le 6 décembre 1885, outre des maximes l, a publié divers poèmes en prose : Les lumières, Triptyques, Pour honorer ma demeure et chanter mon jardin, Le Beau voyage au Mont Saint-Michel ; des conférences sur Albert Samain, Emile Verhaeren et François Goppée ; des études sur Paul Verlaine, poète catholique ; Francis Jammes, poète chrétien ; Louis le Cardonnel ; Charles Guérin (avec préface de Francis Jammes) ; une Biographie de Bené Bazin ; les Pamphlets contre Victor Hugo (Mercure de France, 1912) et Eludes et Becherches (Mercure de France, 1913).
— Tout le monde est ambitieux, mais Ton n'avoue son ambition que si l'on est favorisé par la fortune.
— Ce n'est pas en étant grossiers que les parvenus sont insolents, c'est en voulant paraître aimables.
— 11 faut encore forcer les femmes quand elles sont consentantes.
— Beaucoup de gens qui tiennent de la place empêchent de remarquer ceux qui devraient avoir une place.
— Les femmes ont de bien petits pieds.
— C'est pour mieux tomber, mon enfant.