‹ La pensée françaiseChapitre 145 sur 155 · GABRIEL SOULAGES · texte numérisé non relu

GABRIEL SOULAGES

— Le difficile, pour une femme vertueuse, et à grands principes, c'est d'oser dire à celui qui lui plait, une première fois : « Je vous aime ». Le reste, ensuite, va tout seul.

— C'est aux audaces qu'elle a dans votre lit qu'on devine combien une femme était, avant de vous connaître, vertueuse.

— C'est d'un homme indélicat et sans scrupules que de ne se point découvrir des griefs contre la personnne qu'on aime, au moment où l'on va la tromper.

— Une femme très jolie tolérera qu'un homme ne lui fasse aucun compliment sur le sujet de sa beauté, mais ne lui pardonnera pas de ne s'en point apercevoir.

— Un galant homme n'a jamais aimé qu'une femme en toute sa vie, — la dernière à laquelle il le jure.

— Il n'est pas rigoureusement indispensable, pour nous séduire, qu'une femme jeune et bien tournée nous apprenne que Bach la transporte et qu'elle a lu Zarathoustra.

1. Gabriel Soulages. Du cœur, petite contribution à l'étude de l'amGur illégitime. Paris, A la belle édition, 1910.

A, en outre, écrit un roman : Le malheureux petit voyage, paru dans le Mercure de France en 1909.

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— Une femme vertueuse est celle qui, avant d'entrer chez son amant, ôte son alliance et enlève de sa chaîne de cou sa petite médaille bénite.

— Les jeux de l'amour sont une petite bataille ; mais, à l'inverse de ce qui se passe à la guerre, il est aus^i honorable et aussi récréatif d'y avoir le dessous que le dessus.

— Nos vrais amis nous pardonnent tout, sauf de plaire plus qu'eux aux femmes.

— Une cicatrice mal effacée, une tache rouge sur la gorge, un peu de duvet, trop noir, le long des jambes, sont pour la vertu d'une femme de plus sûrs gardiens que l'honnêteté, les grands principes et la religion.

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LOUIS LAUDROX1

. — Toutes les tactiques en amour sont bonnes, pourvu qu'on soit aimé ; les meilleures échouent faute de cette condition.

— On oublie quelquefois les fautes d'une coupable, mais on ne les pardonne pas aux innocentes.

— La femme est un violon admirable ; plus il est vieux, mieux il vibre.

— Les vieilles filles finissent par s'enorgueillir d'une virginité impatiemment supportée, comme certains malades finissent par tirer vanité d'une maladie incurable.

— Lorsqu'une femme rit à l'aspect d'une autre femme, riez aussi. Si elle ricane, riez encore, mais ouvrez les yeux. La nouvelle venue en vaut certainement la peine.

— Nous avons presque toujours raison de nous défier d'autrui et toujours tort de montrer notre défiance.

— On prend un livre, fût-ce un ouvrage philosophique, pour ne plus penser, mais on a beau faire, ou pense quand même.

— On s'obstine aux petites économies par désespoir d'en réaliser jamais de grandes.

I. Chardons sur le mur (1911); Bouquet d'orties (1914), Figuière, éditeur.

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— C'est ordinairement celui des deux époux qui manque aux engagements conjugaux qui a le plus de chances de conserver l'amour de l'autre. Aussi, avant d'y manquer, ferait-il bien d'examiner si l'époux à trahir en vaut réellement la peine.

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