LA VIE
Platon appartenait à une famille aristocratique, qui, du côté de son père, prétendait être du sang royal de Codrus et, du côté de sa mère, se rattachait indirectement à Solon. Plusieurs de ses proches, Critias, Charmide étaient, on l’a vu, parmi les têtes du parti oligarchique, dont Sparte était l'appui. Né vraisemblablement vers 428/7, Platon, au sortir de son temps d’éphébie, pendant lequel il prit part peut-être à quelques expéditions"militaires, devient l’élève de l’héraclitéen Cratyle, puis, vers sa vingtième année, commence à fréquenter Socrate. Si ‘ l’on en croit la VJZ® letire (1) (324 b sqq.). il eut de très bonne heure des visées politiques. Cest donc sans doute, comme tant d’autres jeunes hommes de son rang, comme avant lui Critias et Charmide, ou ses frères aînés Adimante et Glaucon, en amateur curieux qu’il vient vers l’apôtre. Mais il ne tarde pas à s’attacher étroitement à lui, peut-être surtout parce qu’il trouve dans ses entretiens la conception d’une politique réglée selon la justice. Désormais, c’est en philosophe qu’il attend le moment de prendre part aux affaires. Ce moment semble venu, quand en 404 la prise d'Athènes par Lysandre donne le pouvoir à ’aristocratie : Critias est l’un des trente archontes suprêmes ; Charmide, un des dix archontes da Pirée ; il est appelé lui
(1) Dont Pauthenticité est généralement admise, ainsi que de la VIH,
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même, semble-t-il, à des fonctions en rapport avec son âge. Mais la désillusion fut prompte : ce n’était pas ainsi qu’il avait conçu legouvernement des meilleurs. Il rompt sans doute avec le parti, avant la révolution qui en 401 restaure la démocratie. Épisode d’une ère de vengeances, la condamnation de Socrate devait bientôtruiner en lui tout espoir d’une régénération politique de son pays sur les bases de son organisation sociale {raditionnelle. 6
Après un séjour à Mégare, dont on faisait à tort autrefois une époque danssa vie, Platon, en dépit de la tradition, paraît s’être installé à demeure à Athènes et y avoir pris position comme philosophe, peut-être mêmecomme chefd” uneécole. Un voyage, dont la durée ne semble pas avoir excédé deux ou trois ans. le conduit d’abord vers l'Égypte, dont ses écrits semblent révéler une connaissance directe ; puis à Cyrène, toute proche, où ilse serait lié avec le mathématicien Théodore, un des personnages de la trilogie du Z'héétète; ensuite dans la Grande Grèce,’sans doute pourmieux connaître les doctrines des Pythagoriciens et surtout pour voir à l’œuvre, làoùil subsistait encore, par exemple à Tarente avec Archytas, un gouvernement des philosophes ; enfin, en 388 pour la première fois, dit la VII lettre, à Syracuse où régnait Denys l’ancien, et peut-être avec ledésir d'inculquer à ce prince, au sujet de la place à donner dans PÉtat aux philosophes, des idées analogues à celles qu’expose le VS livre de la République. Le voyage finit mal. L’admiration inspirée par Platon au jeune Dion, beau-frère et gendre du tyran, et dont la personnalité vigoureuse était suspecte, les théories politiques du philosophe, les remontrances que lui inspirait la vie dissolue de la cour, tout cela le rendit bientôt insupportable à Denys et à son entourage. On l’embarqua sur un navire spartiate qui le déposa à Égine, alliée de Sparte contre Athènes ; prisonnier de guerre, il aurait pu, dit-on, en vertu d’un récent décret des Éginètes, être mis à mort; on se contenta de le retenir jusqu’au paiement d’une rançon. Celle-ci ayant été versée par un
citoyen de Cyrène, avec lequel il avait sans doute été lié dans cette ville, il put enfin regagner Athènes.
C’est peu après, et vers 387, que Platon fonda son école ou, plus probablement, l’établit à ses frais dans un beau domaine, planté d’arbres, arrosé de sources, au milieu duquel s’élevait un gymnase : le parc du héros Académus, sur la route d’Éleusis, à peu dedistance du Céphise et de Pillustre bourg de Colone. Quelle que pût être dès lors son activité de maître et d'écrivain, ilsemble bien que lespoir de réaliser la Cité de la Justice hante toujours son esprit. Il n’avait cessé d’entretenir des relations avec Dion, et quand, après la mort du vieux Denys, au début de 367, son neveu, le second Denys, lui eut succédé, il se laissa : aisément persuader par Dion que le nouveau prince, encore tout jeune, serait le docile instrument de leurs desseins. Il partit donc pour la Sicile (367/6). Mais cette. seconde expérience ne fut pas plus heureuse que la première. Denys eut bientôt fait de prouver à Platon et à Dion l’étendue de leurs illusions. fl exila Dion, dont il avait découvert la politique secrète, et installa Platon à demeure dans son palais, l’entourant d’égards jaloux et tracassiers. Obligé de partir en guerre, il lui rendit enfin sa liberté. À Athènes, Platon retrouve Dion, en faveur de qui il a obtenu du tyran les plus fermes promesses. Mais Denys, qui en retarde sans cesse l’exécution, y met enfin pour condition le retour de Platon à Syracuse. Malgré son âge et les risques évidents, le philosophe se décide, dans l’intérét de son ami, à accomplir ce nouveau voyage (361). Très vite, la duplicité de Denys fut manifeste ; Platon put même craindre pour sa vie ; il ne dut qu’à l’énergique intervention d'Archytas, au nom des Tarentins, de sortir sans dommage de cette aventure. La stérilité, pour le succès de ses plans politiques, de l’expédition de Dion contre Denys (357/6), le meurtre de Dion après quatre ans de difficultés et d’agitations, la disparition de l’homme en qui il pensait avoir trouvé le disciple intégral de sa philosophie, le seul capable d’en réaliser l'objet dernier, tout
cela dut contribuer à attrister la vieillesse de Platon. L'âge n’avait pas affaibli cependant son puissant génie : si l’activité de l'écrivain s'était peut-être ralentie, celle du maître ne cessait en revanche de s’employer, dans l’enseignement oral, à enrichir la doctrine de développements nouveaux et à lui donner une plus forte systématisation. Au reste, il n’avait pas complètement cessé d'écrire: il achevait /es Lois quand la mort le surprit brusquement, à quatre-vingt-un ans (347/6).