LA PHILOSOPHIE HELLÉNISTIQUE
La fondation de l'empire d'Alexandre, puis des grands royaumes entre lesquels il s’est morcelé, la vassalité des cités grecques et la ruine définitive de leur antique organisation, un reflux de Orient hellénisé vers la Grèce continentale, la création dans cet Orient même de capitales nouvelles de la culture, Alexandrie, Pergame, Rhodes, voilà quelques-uns des faits qui. caractérisent la période hellénistique. Héritière de l'ambition ‘d'Alexandre, Rome en étend, en stabilise la réalisation: elle va devenir la capitale universelle. Ainsi s’est graduellement agrandi le champ des actions et des réactions mutuelles. Or, à mesure que s’affaiblit la pensée grecque, elle subit davantage la contamination d’influences étrangères à son génie.
Les circonstances politiques ou sociales, qui ont immédiatement précédé et suivi la mort d’Aristote, avaient accusé avec une intensité accrue des besoins impérieux, auxquels la philosophie, pour sa part, se devait de fournir des réponses nouvelles. Dans le grand État centralisé dont il est sujet, le citoyen de ancienne petite cité s'interroge sur l'attitude à prendre ; il sesentdépaysé et comme égaré. Ilse replie alors sur lui-même: il pense à son salut intérieur; il demande qu’on lui dise le but de la vie, qu’on lui propose un idéal, dans la poursuite duquel il retrouverait, pour son propre bonheur, la liberté perdue.
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Cet idéal pourra varier avec chaque école : ce sera toujours du moins lidéal du Sage, qui n’est d’aucun pays ni d'aucun temps; toutes le concevront dans le même esprit résolument pragmatique.
À la vérité, cette tendance pragmatique était vieille déjà de plus d’un siècle : les Sophistes et surtout Socrate en avaient été les initiateurs. C’est en vue de la rénovation morale du groupe social que Platon instruit quelques élus dans lessciences et la dialectique ; en organisant fortement dans le Lycée létude dela rhétorique et de la politique, Aristote lui-même montre qu’il n’est pas étranger à ce point de vue. Mais les penseurs qui ont le plus contribué à orienter dans ce sens la philosophie post-aristotélicienne, ce sont les autres Socratiques,
Cyniques, Cyrénaïques ou même Mégariques, pragmatistes intransigeants, pour qui lesavoir n’est rien s’ilne sert à action, s’il n’est le savoir même de laction. Sans doute, parmi les ph1- Josophies qui sont issues de ces penseurs, plusieurs ont conservé les cadres, désormais classiques, de Péducation philosophique : elles comportent donc une logique, une physique, une théologie. Mais rien de tout cela ne vaut que par rapport à Porganisation de la conduite. Au surplus, le progrès toujours croissant des sciences vers la spécialité technique devait favoriser encore cettesorte depolarisation éthique dela spéculation philosophique.
Ce qui caractérise enfin la philosophie après Aristote, c’est un retour plus marqué vers les doctrines présocratiques. Jamais sans doute elles n'avaient été oubliées. Mais les personnalités vigoureuses d’un Antisthène, d’un Euclide, d’un Platon surtout, transformaient en Passimilant ce qu’elles avaient emprunté. Maintenant c’est autre chose: on se contente de juxtaposer en accommodant : on insère dans un système, comme une partie totale, un système étranger. C’est un effet de la prédominance des préoccupations pratiques et un indice
de lindifférence spéculative de la pensée.