CONCLUSION
tique ou aristocratique, la politique de la cité grecque est toujours matière de débat raisonné. Puis la désagrégation de la cité, en même temps qu'elle oblige l'individu à prendre de lui-même une conscience plus précise, le dresse en face de l'univers. Alors la tendance logique du génie grec semble se replier sur elle-même. L'analyse et l'agencement des concepts prennent une valeur indépendante, dessinent a priori la figure du réel, lui imposent la forme abstraite des mathématiques, ou l'image d'une vie dirigée par la raison. De la transposition de l'Orphisme dans le plan de la vie actuelle naît d'autre part l'idéal mystique de la Sagesse. Mais à ce mysticisme reste juxtaposé, comme le montre l'exemple de Socrate, des Cyniques ou de leurs héritiers, un intellectualisme disputeur. Le génie grec dans la philosophie est, dès lors, souvent fait de contrastes violents : l'excès de l'ascétisme ne l'effraie pas plus que l'excès de la subtilité dialectique. C'est un équilibre miraculeux. Or, dès que l'intelligence aura perdu la vigueur de sa sève, c'est à son détriment que cet équilibre sera rompu. Il suffira pour cela d'un mouvement offensif de la religiosité orientale.
On a vu, dès les premières pages de ce livre, quels obstacles arrêtent l'historien de la pensée grecque au seuil de plusieurs régions de son domaine, et les lacunes de notre savoir ont été signalées à leur place. Si Platon et Aristote ont été longuement étudiés, c'est qu'en eux nous saisissons à plein ce qu'il faut ailleurs laborieusement reconstruire. Mais le travail d'exploration méthodique, qui a éclairé d'un jour nouveau la période présocratique, devrait être généralisé. Un dépouillement systématique des auteurs qui ont le moins de prétention à l'originalité philosophique conduirait à retrouver bien des pièces qui manquent à notre mosaïque. Enfin, il y a des périodes dont on a trop négligé les productions conservées, quand elles n'intéressaient pas l'érudition. C'est le cas du Néoplatonisme après Plotin. Et c'est par lui, pourtant, que s'est faite la liaison de notre pensée avec la pensée grecque authentique.
BIBLIOGRAPHIE
La littérature relative à l'histoire de la philosophie gréco-romaine est considérable. Les livres ou articles que j'ai retenus sont, pour la plupart, ou bien d'indispensables instruments de travail, ou bien des études propres à éveiller la curiosité et la réflexion. En général, on y trouvera les indications bibliographiques que j'ai dû sacrifier ici.
f. — BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE