‹ La Pensée Politique et Sociale d'Alfred de Vigny: Documents InéditsChapitre 119 sur 311 · Eclaircissements sur les sacrifices · texte numérisé non relu

Eclaircissements sur les sacrifices

que le Ciel irrité contre la chair et le sang ne pouvait être apaisé que par le sang (1) ».

Le passage de la théologie à la politique est fourni par une idée d’Origène, à propos — dit Maistre — des «rédemptions particulières que l’on pourrait appeler diminuées (2) ».

Puisque la mort de la victime a une vertu bienfaisante, non parce que le coupable meurt, mais parce que le sang coule, puisque le sang de l’innocent peut-être répandu par le coupable, la mort du juste s’explique et se légitime à la fois dans ce système de compensation sans fin : « On croyait, on a cru, on croira toujours que lPinnocent pouvait payer pour le coupable (3) ». On peut même croire, bien que la démonstration ne soit pas faite'clairement, que le sang de l’innocent a quelque chose de plus rare, de plus agréable. à Dieu que le sang du coupable ; des innocents ne l’ont-ils pas pressenti en allant s’offrir à la mort ? Maistre choisit l'exemple le plus irritant pour Vigny, celui des victimes de la Révolution. Il ne lui en coûte point d’affirmer que Louis XVI a consenti de bonne grâce à sa mort ; il explique cette résignation par sa prescience de l’arithmétique sacrée selon laquelle sa mort servirait à l’expiation d’une multitude ; le roi aurait dit : « Je ne dois pas chercher à intéresser à mon sort». «Que se passait-il donc, demande Maistre, dans ce cœur si pur, si soumis, si préparé ? L’auguste martyr semble craindre d'échapper au te (4) ». Et Vigny commente : « L’innocent immolé pour le coupable sauve la nation ; donc il est juste et bon qu’il soit immolé par elle et pour elle ; et us cela fut, cela fut bien (5) ».

FRE où coule le sang des justes te l’esprit divin. Ce n’est pas seulement la colonisation — les indigènes sont à peine des hommes — qui doit être brutale et sanguinaire ; la guerre, sous toutes ses formes, est sainte et bénie ; elle assouvit, depuis le ciron jusqu’à l’homme, la grande loi de la destruction violente des êtres vivants (6).

« Entendez-vous, répond Vigny, le eri de la bête carnassière sous la voix de l’homme ? (7) ».

Vigny confond ainsi Robespierre et Maistre, le réprouvé et le prophète orthodoxe. Son individualisme oppose, aux faiseurs de

Page 1