Eclaircissements sur les sacrifices
que le Ciel irrité contre la chair et le sang ne pouvait être apaisé que par le sang (1) ».
Le passage de la théologie à la politique est fourni par une idée d’Origène, à propos — dit Maistre — des «rédemptions particulières que l’on pourrait appeler diminuées (2) ».
Puisque la mort de la victime a une vertu bienfaisante, non parce que le coupable meurt, mais parce que le sang coule, puisque le sang de l’innocent peut-être répandu par le coupable, la mort du juste s’explique et se légitime à la fois dans ce système de compensation sans fin : « On croyait, on a cru, on croira toujours que lPinnocent pouvait payer pour le coupable (3) ». On peut même croire, bien que la démonstration ne soit pas faite'clairement, que le sang de l’innocent a quelque chose de plus rare, de plus agréable. à Dieu que le sang du coupable ; des innocents ne l’ont-ils pas pressenti en allant s’offrir à la mort ? Maistre choisit l'exemple le plus irritant pour Vigny, celui des victimes de la Révolution. Il ne lui en coûte point d’affirmer que Louis XVI a consenti de bonne grâce à sa mort ; il explique cette résignation par sa prescience de l’arithmétique sacrée selon laquelle sa mort servirait à l’expiation d’une multitude ; le roi aurait dit : « Je ne dois pas chercher à intéresser à mon sort». «Que se passait-il donc, demande Maistre, dans ce cœur si pur, si soumis, si préparé ? L’auguste martyr semble craindre d'échapper au te (4) ». Et Vigny commente : « L’innocent immolé pour le coupable sauve la nation ; donc il est juste et bon qu’il soit immolé par elle et pour elle ; et us cela fut, cela fut bien (5) ».
FRE où coule le sang des justes te l’esprit divin. Ce n’est pas seulement la colonisation — les indigènes sont à peine des hommes — qui doit être brutale et sanguinaire ; la guerre, sous toutes ses formes, est sainte et bénie ; elle assouvit, depuis le ciron jusqu’à l’homme, la grande loi de la destruction violente des êtres vivants (6).
« Entendez-vous, répond Vigny, le eri de la bête carnassière sous la voix de l’homme ? (7) ».
Vigny confond ainsi Robespierre et Maistre, le réprouvé et le prophète orthodoxe. Son individualisme oppose, aux faiseurs de