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S'il avait accepté, pensait-il, on eût dit: « Nous savions bien qu'it
suffirait de cet hamecon». On ne lui eût rien donné, sans doute car. un messager comme Villemain ne pouvait engager personne, (« Depuis quand a-t-on pris au sérieux des paroles de fou ? ») mais, la pairie refusée, « quelques amitiés m’eussent été faites — de ces amitiés qui n'engagent à rien, mais qui achèvent Pabaissement d’un homme (1) ».
- La lecture du discours de Vigny vint en Commission. Selon le poète, deux académiciens firent des réserves, Molé et de Barante, surtout à propos de Napoléon. Ils reprochèrent à l’auteur de Laurette d’avoir exagéré la discipline de l’armée, jusqu’à la rendre injurieuse pour l’armée elle-même. Vigny protesta qu’il tenait l’histoire de son parent Bougainville (2). Une allusion aux mariages que Napoléon imposait aux jeunes filles royalistes, fut adoucie — sur la proposition de Molé.
Enfin, arriva la séance publique du 29 janvier 1846. Vigny avait, pour la première fois, une tribune et un auditoire. Il pouvait se célébrer lui-même, et le fit. Les premières pages sont un hommage rendu à la discrétion de sa vie et à la «sobriété de ses ambitions (3)». Il pouvait célébrer le Romantisme, et il le fit, en rappelant Ia « mission » du Poète, et, — la chose qui lui tenait le plus à cœur — sa propre indépendance à l'égard de Lamartine et d’Hugo (4). Il pouvait esquisser un rappel de ses théories les plus chères : la précellence du « sacrifice » sur le « talion (5) », l’indépendance nécessaire de l’homme de lettres envers le Pouvoir (6), la supériorité morale du Penseur sur l’Improvisateur (7), — rapprochement où passe comme un écho de la Dernière Nuit de Travail, qui confrontait, pour les opposer l’un à l’autre, l'Homme de Lettres et le Poète. La
plus qu’obséquieux, à exciter une curiosité et une sorte de compassion quiservirent sa fortune » (Znédüt). Hugo a laissé un tableau bienveillant, mais clair, de son désordre mental (Choses pues).Chasles le définit ainsi : « Tout en lui était bossuet charmant... Villemain n’était pas ondoyant, il était élastique » (PH. CHaAsLes, Mémoires, IT, 171-172). Le témoignage de Vigny est confirmé par Legouvé (Lecouvé, Soixante ans de souvenirs, 166).