‹ La pensée religieuse de Joseph de Maistre; d'après des documents inéditsChapitre 1 sur 101 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

Ce jugement laissa derrière lui toute une traînée de suspicions; et peu à peu, au sujet de MaistreS les points d'interrogation se multiplièrent. L'auteur du Pape et des SoiréeSy qui prépara l'opinion chrétienne à l'acceptation d'une nouvelle déiinition dogmatique, avait-il mis à l'école du dogme sa propre pensée? La vie intérieure de cet apologiste participait-elle à la vie même de l'Eglise ? Cet ultramontain, dans la pratique, observait-il les disciplines catholiques? Maistre, en un mot, pensait-il, priait -il, agisscûtil en fils de l'Eglise? Ou bien ressemblait-il à l'un de ces contreforts qui soutiennent du dehors les murs des basiliques, à l'un de ces zouaves pontiiicaux qui, dans leur ardeur à faire le coup de feu pour le Pape, espaçaient parfois à l'excès leurs visites au confessionnal et même à l'autel ?

On fouillait cette édition Vitte, qui, aux alentours de 1885, rassembla commodément en quatorze volumes les morceaux épars de la grande œuvre de Maistre, et qui seule fait autorité; et lorsqu'on y auscultait les pulsations religieuses de 1 écrivain, on croyait pouvoir, en sécurité, s'abandonner à cette jouissance, de se sentir en

1. Respectant comme un testament le désir qu'exprimait Joseph de Maistre dans une lettre a M. de Syon [Œuvres, XIV, p. 243), nous dirons : Maislre, non : De Maistre.

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ntiict avec une âme, et non point seulement en présence d'une attitude. D'outre-tombe, Xavier puis Constance surgissaient : dans des lettres que publiaient M. l'abbé Klein, M. Latreille, le P. Dudon \ ils attestaient que leur frère, que leur père, avait été, bien effectivement, un catholique fervent. Mais voilà que s'entr'ouvraient les registres des vieilles loges savoyardes : un érudit collaborateur des Annales révolutionnaires, M. François Vermale, les compulsait avec une sévère méthode*, et des textes précis permettaient do c(mclure que de sa vingt-et-unième à sa trente- *^ sixième année Maistre avait été, non moins effectivement, un fervent franc-maçon. Et toutes ces données nouvelles projetaient des lueurs, mais ces lueurs s'offusquaient, se contrariaient entre rlles.

En mettant à notre disposition, avec une libé- I alité digne d'une gratitude profonde, certains •1 ocuments de ses archives familiales, conservées cil son château de Saint-Martin-du-Mesnil-Oury, M. le comte Rodolphe de Maistre, arrière-petitfils de l'illustre écrivain, nous a permis de voir

•]. 1. Correspondant, iO décembre 1902; Qvinaaine^ 16 Juillet 1^1905; Etudes, 20 novembre 1910.

I; 2. I^Yançois Vormale, La frane-maçonnerie êatfoUtenne à l: répoque révolutionnaire d*apréi §€• regittrti ttertU (Paris,

ï^ Lercnt, iî>18).

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