Œuvres, XIV, p. (i
4792-1811 iea
voyait h Rome le jeune romlo Léon Polocki. catholique, hommo distin^u^, mais c manquant d'instruction sur le fond dcé plus grandes questions 1. Maistre s'inquiétait, et puis constatait que c'était là» du moins, une c relation directe > entre le Tsar et le Saint-Siège. 11 aimait mieux c ne pas se presser de juger * > que de porter un jugement qui contristerait ses tenaces désirs.
Mais ce jugement pourrait-il toujours être ajourné? On annonçait, depuis un mois, l'imminente publication d'un livre signé d'un jeune Moldave, Stourdza, et intitulé : Considérations <ur la doctrine et l'esprit de f Église orthodoxe. Ce livre se présentait comme une riposte à lagre»sion ouvertement dirigée contre la religion de l'État. L'orthodoxie russe s'y exhibait comme forte de la parfaite conformité qui la rapprochait de sa céleste origine, et, tout en même temps, comme fidèle à cette vertu chrétienne, politique et sociale, qui s'appelait la tolérance*; il semblait que Stourdza voulût la montrer, tout à la fois.
\. Œuvres, XIV, p. 57 et 72.
2. En fait, comme le rappellera plut tmrd le Père Rouvea. si les ëlrangors pouvaient en Russie eieroflr Itar c«lt«, il < xistait des lois tn^s sévères contre tout Rotse qtA vovdrait professer un des cultes tolér<^s en Rutaîe; et U premier dimanche du carême, du haut des chaires russes, l'iBitlièms était brandi contre ces cultes. (RotSTen, th la réumion 4e r Eglise ruue avec V Eglise catholique, p. 157 et U\. Paris, Itl4.>
plus jalousement proche du vieux passé chrétien et plus largement ouverte aux maximes modernes, que ne l'était l'Église de Rome. Il était violent contre cette Église, contre ses missionnaires, qu'il nommait « les satellites de la papauté » et qu'il disait « être en horreur dans toute la Grèce. » Imprégné d'un certain illuminisme, il lui paraissait que la séparation de la « chrétienneté » (sic) n'était que le prolongement de la crucifixion perpétuelle du Rédempteur, et qu'elle rentrait, dès lors, dans le plan delà Providence sur la race humaine ; mais il rejetait sur la mauvaise foi, sur l'obstination de l'Église de Rome, et sur la façon dont sans honte elle profanait les dons inamovibles de Dieu, la responsabilité du schisme. En face de cette Eglise coupable, Stourdza dressait l'Église russe, miraculeusement préservée de la persécution ottomane par la même Providence impénétrable. On devait conclure, en fermant le volume, que Dieu, dans l'histoire, s'était prononcé contre l'Eglise romaine, et que les projets d'union entre l'Eglise grecque et Rome étaient contraires au plan de Dieu. « Chef-d'œuvre d'ignorance, de mauvaise foi et même de mauvais ton >, pensait Maistre. Mais pour faire imprimer ce « chef-d'œuvre » où se déchaînait une < colère de professeur
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irrité* », le Tsar, sur sa casaette, avait donné vingt millo roubles. Et Maistre, quittant la Russie en mai 1817, emportait avec lui, comme une déception cuisante, le souvenir de ces roubles dépensés p.ir Alexandre, dépensés contre Rome. Il emportait, aussi, huit petits volumes de Théologie dog^ matico-polémique du P. Sardagna, que lui avait olTerts, en 1814, le P. Brzozowski, général des Jttsuites. Dans une imposante lettre latine, le gtinérai lui avait dit :
< Le Seigneur vous a donné cinq talents : la vraie foi, le dévouement à la religion, l'étendue da savoir, lYlévation du rang, le charme exquis du commerça dans les relations avec la haute société. Mettez donc à profit cet ouvrage, étudiez ses démonstrations et SOS solides rf^ponscs aux objections, et produisez-les, quand besoin sera, pour la défense de la sainte religion, de l'Église et de son chef visible, en sorte qu'un jour vous puissiez dire à votre Dieu : « Seigneur, vous m'avez confié cinq talents, voici que je leur en ai ajouté cinq autres '. >
Maistrc, durant le peu d'années qui lui restaient à vivre, s'occupa d'ajouter ces cinq autres talents.
1 Falloux, M^ Swetchine, I. p. 199. - CEwtrti, XIV. p. SS. •2. Margcrie, le comte Joseph </« Jfoitfrf, p. 9S.