Œuvres, 11, p. 287. n
néant... Plus de demeure mitoyenne, plus de terre!... Oh! Monsieur, que le spectacle que nous avons sous les yeux est grand ^ ! »
Maistre, plus optimiste, persistait à demander à la terre les symptômes du prochain règne terrestre de Dieu ; et tandis que Lamennais semblait refaire Y Apocalypse, Maistre rêvait d'un Virgile refaisant une Quatrième Eglogue^. Bonald un jour lui écrivait : « Les hommes qui par leurs sentiments appartiennent au passé, et par leurs pensées à l'avenir, trouvent difficilement leur place dans le présent^ ». On ne pouvait mieux définir en son douloureux mystère la destinée de Maistre, qui achevait de traverser la terre sans y avoir jamais été installé. Mais philosophiquement, au jour le jour, Maistre s'était accommodé de sa perpétuelle instabilité, en commentant le « grand et magnifique spectacle » où « le billet d'entrée » lui avait « coûté cher* » ; et sans cesse il pronostiquait, avec une magnifique fixité de regard, le « mouvement divin », la « grande révolution religieuse inévitable » en Europe, et il y coopérait ^
1. Œuvres, XIV, p. 371-372 (Lamennais à Maistre, 2 janvier 1821).