Œuvres, IV, p
2. Constance à M. l'abbé Rey, 21 janvier 1821 (lettre inédite communiquée par le P. Dom. de Maistre). — Constance à M. labbé Rey, 29 janvier 1821 (publiée par M. Latreille, Quinzaine, IC juillet 1905, pp. 151-153).
3. Constance à De Place, 28 mai 1821 (Latreille, loc. cit., p. 138).
4. 11 s'agissait de l'aircclalion de lu somme laissée par le général de Boigne pour fonder un collège à Charabérj- ; voir à cet égard une lettr»; de la ducliessc de Laval-Montmorency ^CousUincu) du 2 mars 1881 {Etudes, 20 novembre 1910, p. bOtij.
registre, le 24 février, Maistre écrivait encore, de sa propre main : « A M. l'abbé de Lamennais, chez M. de Saint-Victor, rue du Cherche-Midi, numéro 15 ». Au-dessous de cette mention, une main, — peut-être la sienne, — tirait à l'avance, sur le feuillet blanc du registre, trois ou quatre traits, en vue des mentions ultérieures ; mais ces lignes devaient demeurer vides.
Cette lettre à Lamennais, — la dernière lettre qu'ait écrite Maistre, — ne figure pas dans les OEuvres ; mais elle se trouve publiée, sans date, dans le volume du regretté Clément de Paillette : Livres dhier et d'autrefois. Le second volume de \Essai sur l'indifférence était récemment paru, et ce n'est pas sans inquiétude que Maistre l'avait lu. Quelque enclin qu'il fût à mettre un certain « sentiment intérieur », et une certaine « intuition », et le sens commun, très au-dessus de la raison raisonnantes il ne lui plaisait pas de voir Lamennais s'acharner à l'humiliation de la raison. Maistre se souvenait qu'autrefois les détracteurs de l'évêque Huet, pour affaiblir l'autorité de sa Démonstration évangélique, avaient tiré parti d'un autre de ses livres, sur la. Faiblesse de l'esprit
1. Jusque dans les Soirées, qui appartiennent à la dernière période de l'existence de Maistre. cet état d'esprit persiste (,Voir (Xttvres, IV, p 14, 214, 219-220;.
humain^. Et sur son lit d'agonie, Maistre' revenait à la charge, en écrivant à Lamennais :
« Je voudrais, monsieur l'abbé, vous dire un mot essentiel; vous voulez saisir la raison sur son trône et la forcer de faire une belle révérence, mais avec quelle main saisirons-nous cette insolente? Avec celle de l'autorité sans doute, je n'en connais pas d'autre que nous puissions employer : nous voilà donc à Rome, réduits au système romain et à ces mêmes arguments qui ne vous semblent plus rien. Les démonstrations d'Euclide sont aussi concluantes de nos jours qu'elles l'étaient de son temps; mais si Abbadie, Pascal, Ditton, Sherlock, Bergier et compagnie peuvent faire aujourd'hui des incrédules, que devons-nous en conclure? Prenez garde, monsieur l'abbé, allons doucement, j'ai peur, et c'est tout ce que je puis dire ^. »
L'acte suprême de la pensée religieuse de Maistre fut cet élan d'anxiété au sujet du traditionalisme de Lamennais, que, treize ans plus tard, Rome condamnera.
En 1846, « en pleine académie », un universitaire, parlant de Maistre, l'appellera « cet audacieux détracteur de la raison humaine » : alors Xavier, qui jusqu'à son extrême vieillesse veillera sur la gloire du grand frère, s'insurgera : « Je ne changerai qu'un mot à cette phrase ridicule,
1, Œuvres, XIV, p. 236.
2. C.Ument de Paillette, Livret d'hier et d'autrtfns, p. 324.
écrira-t-il; au lieu de la raison humaine, lisez : la raison bornée; et tout homme sincère et raisonnable sera de mon avis'. » La correspondance qu'entretenait avec Lamennais Maistre agonisant justifie pleinement ces susceptibilités de Xavier. Maistre avait encore quarante-huit heures à vivre; et ses mains affaiblies continuaient de manier la plume. Car il avait des signatures à mettre au bas de quelques mandements d'évêques. « N'ayant pu obtenir, raconte sa fille Constance, que ces sortes d'écrits fussent exempts de la censure, il ne permettait pas du moins que les pasteurs de l'Eglise y vissent le nom d'un reviseur subalterne - ». Ce fut là le dernier geste religieux de Maistre, la veille même de sa mort. De par ses fonctions administratives, qui lui imposaient une besogne de magistrat gallican, il devait veiller à ce que l'estampille de l'Etat sarde fût apposée sur les écrits pastoraux. Il lui répugnait de laisser à des fonctionnaires inférieurs le soin d'attester par leurs visas, par leur censure, cette indiscrète insolence de l'Etat, contre laquelle les livres du Pape et de Y-Église gallicane inauguraient une