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La Pentecote; meditation sacerdotale

Après l'Ascension de Notre-Seigneur, les apôtres, fidèles à la recommandation de leur maître, rentrent à Jérusalem et s'enferment dans le Cénacle. Ils accompagnent la Sainte-A'^ierge et sont suivis d'un certain nombre de disciples. (/)

C'est sur le mont Sion, dans la maison où le jeudi saint Jésus avait institué la Très Sainte-Eucharistie, que se réunit l'assemblée.

De prime abord Pierre exerce ses prérogatives de chef. Il parle avec l'autorité souveraine dont il a été constitué le dépositaire.

(1) Act., I.

11 s'agit de combler le vide créé au sein du collège apostolique par l'apostasie de Judas.

Tout se passe de façon à bien marquer que la désignation de celui qui doit remplacer le traître sera vraiment un acte divin, imprimant à l'élu le sceau de la vocation.

Deux disciples sortent des rangs présentés par l'assemblée: Joseph et Mathias.

Tous deux paraissent également dignes et dûment préparés. Ils étaient sans doute du nombre des soixantedouze disciples groupés par Notre-Seigneur et formés par lui. (-)

Lequel des deux aura l'honneur et recevra la charge de l'apostolat ? Désignez vous-même, Seigneur, dit pierre, l'homme de votre choix. Et par le signe convenu, Mathias est indiqué, et il est ensuite associé aux onze apôtres. Il prend rang parmi eux. Il recevra comme eux, le Saint-Esprit, dans la pleine mesure de ses dons, il sera prêtre avec la plénitude du sacerdoce Nous avons ici tous les éléments de la vocation sacerdotale, avec son caractère absolument gratuit, ses conditions préalables, ses sublimes grandeurs, comme aussi, hélas! les effroyables conséquences de l'infidélité à y répondre pleinement !

Venez, suivez-moi, avait dit Jésus à chacun de ses disciples. Puis quand vient le temps de nommer les dou-

(2) Luc, X, 1.

ze apôtres pris parmi eux, comme pour bien marquer rimportance souveraine de son acte, Il passe toute une nuit en prière, parlant avec son Père de ceux, qu'il va choisir. Et il les désigne l'un après l'autre. (^)

Il leur rappelait un jour cet acte tout spontané de sa bienveillance : Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais c'est moi qui vous ai choisis.

La règle était posée, elle serait constante et recevrait partout son application. Pour le sacerdoce il faut, avant tout, l'appel de Dieu, rendu manifeste dans l'âme par. un ensemble de circonstances qui ne permettent guère d'en douter. C'est, par la piété des parents, la douce influence des premières grâces qui préservent l'enfant et le gardent dans l'amour de Dieu ; ce sont des qualités fondamentales, des dispositions natives, des aptitudes qui s'éveillent, des penchants qui s'affirment, des désirs qui grandissent, tout un ensemble de sentiments et d'inclinations qui font, dès le jeune âge, envisager le sacerdoce comme objet des aspirations constantes d'une âme impressionnée et attirée surtout par les sacrifices qu'il demande et les bienfaits qu'il opère.

La préparation providentielle se poursuit par l'éducation plus soignée que l'enfant reçoit de la générosité de ses parents. Pendant de longues années, au collège et au séminaire, son intelligence et sa volonté se prêtent au travail assidu qui communique les éléments de

(3) Luc, VI, 13.

la science et forme peu à peu le caractère. Ce qui se fait en même temps par l'étude, par la pratique de plus en plus consciente de la piété, et par l'exercice de plus en plus solide de toutes les vertus.

Graduellement, l'âme se nourrit de doctrine et d'énergie en vue du dévouement qu'elle devra plus tard dépenser dans la carrière sacerdotale, qu'elle entrevoit connue sienne.

Vient le moment où, à la suite d'un sérieux examen, le jeune honnne qui s'est fait bien connaître à son directeur de conscience, lui demande une décision finale, mais toute personnelle. On lui dit que sa vocation est de devenir prêtre. C'est déjà beaucoup, ce n'est pas tout cependant. Le sacerdoce, non seulement parce qu'il est divin, mais surtout parcequ'il n'existe point de lui-même pour l'avantage de celui qui en est honoré, mais bien plutôt pour le service des âmes, pour le service de l'Eglise, requiert, outre le désir même très accentué et très légitime de le recevoir, le consentement de l'Eglise qui est en définitive l'interprète authentique de l'appel divin.

Quand elle s'est prononcée, après avoir invoqué le Seigneur, et que, en présence de ses besoins, elle déclare accepter pour le sacerdoce le jeune homme qu'on lui présente, celui-ci est alors véritablement élu, et au temps voulu, il sera envoyé avec ses frères prêtres pour travailler à la moisson, dans le champ du Seigneur.

Le sacerdoce est donc, de la part de Dieu, un acte de souveraine bienveillance, par lequel celui qui y est admis se trouve l'objet d'un choix très précis et très particulier. Par la vertu du sacerdoce, il se trouvera enlevé du milieu des hommes pour s'occuper des choses de Dieu dans l 'offrande habituelle des dons et des sacrifices pour le salut des âmes. ("')

Le sacerdoce est pour le prêtre une carrière exclusive de toute autre. En retour de la dignité qu'il reçoit des pouvoirs qu'il possède, et des fonctions qu'il exerce, il doit à Dieu et à l'Eglise tout son coeur, toute son âme, toute sa vie. C'est ce que Notre-Seigneur avait plus d'une fois exprimé à ses apôtres, les premiers prêtres. Il leur avait commandé l'abnégation complète pour s'attacher uniquement à lui. (^)

C'est ce que Judas n'avait point compris, et c'est peut-être par sa lamentable histoire qu'on peut saisir le mieux combien le sacerdoce doit être -étranger aux vaines affaires du siècle. Il était du même rang que nous, le même ministère lui était échu. Cet Jiomw.c est entré en possession du champ, salaire de son iniquité.

Judas avait vraiment la vocation, ayant été appelé par Jésus lui-même. Comme tous les autres apôtres, il avait été instruit et formé par Notre-Seigneur. Il avait

(4) Heb., V, 1.

(5) Math., XVI, 24.

comme eux, fait des miracles, prêché avec zèle et servi apparemment les intérêts de son Maître ; mais Judas aimait l'argent, Judas fut esclave de l'avarice. Quelle passion ignoble ! Elle le mena au sacrilège, du sacrilège à la trahison, de la trahison au désespoir, du désespoir au suicide et à la perdition.

Judas s'est perdu pour avoir été infidèle à sa sublime vocation.

Au Cénacle, les apôtres et les disciples étaient tous ensemble unanimes dans la prière persévérante, et Marie était au milieu d'eux.

C'était l'Eglise à son berceau, la première réunion des fidèles. Tout y est par conséquent à remarquer et à noter, comme aussi, outre ce qui est contenu dans le texte sacré, il est loisible de se figurer bien des détails comme ils ont dii se produire.

Pierre est à la tête des apôtres et les douze apôtres étaient distingués des simples disciples, et Marie avait une place à part, entourée de quelques saintes femmes.

Peut-on croire que le saint sacrifice eucharistique fut offert chaque jour, soit par Pierre au nom de tous, soit par les apôtres à tour de rôle? Assurément rien ne s'y oppose et le spectacle ne peut pour notre contemplation qu'augmenter en sublimité et en grandeur. Et

nous avons alors la complète réalisation de la prière de l'Eglise par l'immolation eucharistique telle que Notre- Seigneur l'a instituée et pour toutes les fins qu'il avait en vue.

Au cénacle quelque forme qu'ait prise la prière, ce fut certainement le sacerdoce qui, dans la personne des apôtres, rassemblait toutes les adorations, les satisfactions, les demandes, et les actions de grâces, pour en faire à Dieu, l'hommage officiel et très digne.

L'Eglise inaugurait son culte et pour en faire les exercices publics, elle a tout de suite, avec ses fidèles et à leur tête, ses apôtres, pour y prendre part et leur donner leur signification et leur parfaite efficacité.

Le sacerdoce rend le prêtre médiateur avec le Christ et c'est par lui que les hommages de l'Eglise montent jusqu'au trône divin.

La prière officielle ne suppose pas seulement l'autel et la nef dans le temple. Elle exige en plus le sanctuaire qui unit les deux et dans lequel régulièrement, le clergé seul doit prendre place. Tout y esc réglé en conséquence : la préséance, l'ordre dans lequel se font les cérémonies, la part assignée à chacun et la relation toujours étroite qui existe et est manifeste dans tout le cours de l'office public, par les prêtres s'unissant au célébrant,et lui formant comme un entourage d'honneur au regard de tout le peuple ; pour celui-ci, c'est un spectacle plein de grandeur et un attrait véri-

table, c'est même le moyen le plus efficace de l'amener et de le retenir aux fonctions solennelles de l'Eglise. Par là les prêtres donnent un exemple très précieux, marquant bien par leur propre attitude, que la sanctification du jour du Seigneur ne saurait être complète dans la simple assistance à une messe privée qui, en une petite demi-heure débarrasse du dimanche. Et puis, la parole de Dieu se fait entendre ; si elle n'est point pour l'utilité personnelle des prêtres présents, ils y ajoutent cependant une grande efficacité extérieure par l'assentiment qu'ils donnent, en l'écoutant avec attention, au confrère qui parle au nom de tous.

Bref, la présence des prêtres dans le sanctuaire, requise par l'esprit de l'Eglise, aide puissamment à réaliser la pensée de Notre-Seigneur, maintient une tradition qui retrace son origine aux jours de la Pentecôte, et fait descendre des hauteurs du sanctuaire dans l'assemblée des fidèles, l'édification la plus grande. La lumière brille sur le chandelier : elle éclaire ceux qui sont dans la maison et est aperçue de ceux qui entrent. (^)

Ajoutons qu'il est pour le prêtre lui-même,au soir d'un dimanche, une satisfaction intime très grande d'avoir ainsi, pour le plus grand bien des âmes, joint l'exemple à la leçon, qu'il appartient au sacerdoce de donner, il est en spectacle au monde, aux anges et aux hommes.

(6) Math., V, 15.

(7) I Cor., IV, 9.

Soudain des hauteurs du ciel se fit entendre un hruit semhlahle à un vent impétueux qui s'approche et il retentit par toute la maison où ils étaient assis. En même temps, ils virent comme un feu d'où se détachèrent des langues qui vinrent s'arrêter sur chacun d'eux. Tous, à l'instant furent remplis de l'Esprit-Saint, et ils com.menccrent à s'exprimer en diverses langues, selon que VEsprit-Saint les faisait parler. . . Chacun les entendait dans sa langue natale.

L'Eglise va de son berceau s'élancer dans la carrière que lui ouvre son divin fondateur, et dont l'objet est la prédication de la vérité et la sanctification des âmes. Ce qui se passe au cénacle exprime sous des symboles merveilleux, les réalités accomplies au moment même dans les disciples et ce qui, dans la suite des temps devra, d'une façon différente, mais en vérité se produire dans les âmes.

A la Pentecôte, tous sont remplis de l'Esprit-Saint, mais chacun selon sa vocation et ses dispositions. Nous considérons ici spécialement les apôtres et en euxmêmes tous les prêtres futurs participant d'un sacerdoce qui est celui de Jésus-Christ.

Selon sa promesse, (^), le Sauveur envoie son Esprit-

(8) lo., XV, 26.

Saint qui, sous l'emblème du feu, sous la forme de langues, pénètre les esprits et les coeurs, éclaire les intelligences, transforme les volontés, communique toute la doctrine, inspire toute la force, à la science joint la vertu, enfin des ignorants et des timides de la veille fait les prophètes et les martyrs qui, possédant toute la vérité, iront la proclamant partout et toujours jusque dans les persécutions, jusqu'à la mort: Esprit de sagesse et d'intelligence, de conseil et de force, de science, de pi'été et de crainte de Dieu. (^).

C'est ce que marquent d'abord la lumière éblouissante qui environne les apôtres et les langues de feu qui s'arrêtent sur leur tête, et pénètrent leur âme.

Aussi dès l'instant, ils se mettent à prêcher. Ce qui étonne les auditeurs appartenant à tant de nations différentes, c'est le don merveilleux de ces hommes qui se font comprendre de tous. Ce qui les étonnerait bien davantage encore, ce serait, s'ils en pouvaient juger, de voir combien ces hommes si simples possèdent merveilleusement les choses sublimes dont ils parlent, et que le monde n'avait jamais entendues. La science infuse s'ajoutait au don des langues dans la personne des apôtres.

Dans la suite des temps, le Seigneur sans doute procédera autrement. Il aura marqué par ce miracle multiple ce qu'il attend de ses apôtres pour remplir la mis-

(9) Pontifical Eom.

sion que donne le sacerdoce. Et sa grâce donnée toujours par l'Esprit-Saint, écartant à l'avenir le prodige des débuts, éclairera les esprits par l'étude, et rendra la parole efficace par la charité. Posséder la science c'est-à-dire l'acquérir sans cesse, en la puisant aux sources où la révélation la donne^ aux hommes sous l'action de l 'Esprit-Saint, puis la porter aux âmes par le mojœn de la parole, sous l'empire d'une grâce d'état qui lui donne toute l'autorité surnaturelle provenant de sa mission, telle est bien l'oeuvre fondamentale et essentielle du ministère sacré.

C'est le commandement donné par le Christ en vertu de sa propre mission: Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre. Allez donc! parcourez le monde entier, prêchez l'Evangile à toute créature; enseignez toutes les nations. . . Apprenez-leur à observer absolument tout ce que je vous ai commandé. (^°)

Le prodige de la Pentecôte fait voir les conditions nécessaires de la prédication apostolique et sacerdotale. C'est le feu de l'amour divin qui doit l'animer, en même temps qu'elle donne la lumière de la doctrine. Et toute la vie subséquente des apôtres demeure comme la leçon vivante qui sert de règle à tous les prêtres; à remarquer spécialement que ce n'est pas aux autres à s'élever au niveau de celui qui prêche au nom du Christ, que c'est au contraire au prêtre, ambassadeur du Christ, à

(10) s. Marc, xvi, 15.

se pencher jusqu'à l'humble niveau de ceux qui l 'écoutent et par qui il doit se faire entendre; que ce n'est point aux peuples divers à apprendre au préalable la langue de celui qui les évangélise, mais qu'il appartient au contraire, de par tous les droits et tous les devoirs, à l'envoyé de Dieu d'apprendre pour la parler, la langue de ceux qu'il doit sauver par la vérité. En d'autres termes, il appartient à l'apôtre de se faire tout à tous et sans acception de personnes, si ce n'est peut-être des petits, des pauvres, et des humbles; de communiquer pleinement aux âmes, au moyen de l'enseignement alimenté par l'étude constante, la doctrine révélée qui lui vient du ciel et dont une vocation sublime fait de lui l'instrument. Ici, la perfection qu'il faut chercher n'est point dans les belles phrases dictées par l'humaine sagesse, mais bien dans la simplicité digne qui s'adapte aux intelligences les moins douées comme les plus cultivées. (^^)

Enseignez et baptisez. En sortant du cénacle les apôtres remplis de l'Esprit-Saint accomplissent, pour ne plus jamais le quitter, ce double ministère que dominait toujours la prière officielle.

(11) I Cor., ir, 4.

Faites pénitence et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ pour obtenir la rémission des péchés. Cette parole de Dieu indique en réalité et comprend l'administration de tous les sacrements que les apôtres donneront, que les fidèles recevront, selon le besoin et dans l'ordre voulu.

Sans doute, à ce ministère de la grâce les apôtres, possédant le don des miracles, ont maintes fois ajouté les bienfaits de l'ordre temporel par la guérison des malades et la résurrection des morts. Mais ceci était l'accessoire, le moyen d'atteindre les foules par la vue du prodige, les âmes par les faveurs sensibles. Les flammes du cénacle, ou plutôt le Saint-Esprit dont elles étaient la figure, fit des apôtres les agents directs, immédiats de la grâce surnaturelle qui, par leur zèle infatigable, devait couler dans l'Eglise, dans les âmes, avec l'administration des sacrements.

Dieu a ressuscité Jésu^ et nous en sommes tous les témoins. Elevé au ciel par la droite de Dieu, et en possession de la promesse qu'il tenait de son père de nous envoyer le Saint-Esprit, il vient de le répandre sur nous ; vous le voyez et vous V entendez. Or ce qui se passe au cénacle, se vérifie dans chaque ordination sacerdotale.

Toute la vie du prêtre telle que conçue par Notre- Seigneur et exigée par sa vocation, est résumée par l'Eglise dans cette simple parole qui précède l'ordination: Sacerdotem etenim opportet of ferre, benedicere,praesse,

praedicare et haptizare. 11 lui est demandé tout cela et rien autre chose.

C 'est pour cela que le pontife, entouré des prêtres qui se joignent à lui, impose les mains sur l'élu et demande à .Dieu de le combler de ses dons; pour cela qu'il lui donne le pouvoir d'offrir le sacrifice pour les vivants et pour les morts; pour cela, qu'appelant sur lui avec une insistance nouvelle le Saint-Esprit, il lui eonfère le droit de remettre et de retenir les péchés, en un mot il lui confie tout le ministère sacerdotal. C'est un8 oeuvre surnaturelle, qui rejette à l'arrière plan toutes les choses d'ordre passager pour s'occuper des âmes, de leur sanctification et de leur salut éternel.

Les apôtres auront bientôt créé des diacres pour les aider dans les choses extérieures, mais se réserveront la prière, la prédication et l'administration des sacrements.

C'est une oeuvre tout imprégnée de l'esprit de charité. Les apôtres sont tous des frères groupés sous un même chef qui parle et agit en leur nom. C'est à eux que, d'une manière très directe et très spéciale, s'appliquera la maxime qu'ils n'ont qu'un coeur et qu'une âme. Ils sont les uns pour les autres, un appui mutuel dans la poursuite de l'oeuvre commune. Ils n'ont qu'une seule et même ambition: procurer la gloire de leur ]\Iaître, Jésus crucifié et ressuscité pour le salut du monde. Et cette union fraternelle qui écarte toute dissension, ils en impriment le cachet définitif à toute

oeuvre vraiment sacerdotale : la prière de Jésus était exaucée.

Il y a diversité de grâces, mais il n'y a qu'un même esprit; il y a diversité de ministères, mais il n'y a qu'un même Seigneur ; il y a diversité de fonctions, mais il n 'y a Cju'un même Dieu qui opère tout en tous. (^-)

C'est l'union fraternelle dans sa plus haute expression. En réalité rien n'est plus beau qu'une famille sacerdotale dont tous les membres étroitement liés par l'affection surnaturelle s'appliquent, chacun dans la sphère qui lui est attribuée, à procurer la gloire du Seigneur par le salut des âmes. C'est le prodige de la Pentecôte qui se continue.

Les apôtres font voir de plus et marqueront durant toute leur vie, le désintéressement personnel le plus complet, se gardant bien de laisser abaisser au niveau des choses matérielles, les bienfaits qu'ils répandent. Ils n'ont ni or ni argent, et n'en demandent point. Un anathème terrible repousse Simon le magicien qui propose un vil marché. Ils ne sont point les mercenaires stigmatisés par le Christ, mais au contraire, les vrais pasteurs entrés par la porte de l'appel légitime. (^^) Voués au service de l'autel, ils vivront de l'autel (^*), et

(12) I Cor., xir.

(13) lo., X, 12.

(14) ICor., IX, 13.

la munificence divine inspirant la piété généreuse des fidèleSjles dispensera de toute sollicitude étrangère à leurs fonctions. Versant dans le sein des pauvres ou dans le trésor commun de l'Eglise, le superflu de ce qu'ils reçoivent, ils n'encourront point le reproche, ni les menaces adressés par le propliète,parce que les prêtres de son temps avaient mis à prix d'argent la parole de Dieu. (^^) Le ministère apostolique a toujours été essentiellement désintéressé autant que surnaturel. Ce qu'il a reçu gratuitement, le prêtre le donne de même. (^^) Et c'est ce qui, au regard du monde, rend son action si grande, si noble et si efficace, et devant Dieu la fait si belle et si méritoire.

Enfin, les apôtres qui ouvrent leur carrière au milieu des prodiges les plus éclatants, et des émotions les plus intenses, n'agissent point cependant sous l'effet passager d'une exaltation éphémère pouvant laisser place dans un temps plus ou moins rapproché, à la fatigue de l'âme produisant avec la routine une sorte d'affaissement, où le zèle diminue graduellement et finit par s'éteindre.

Ce qu'ils font le premier jour, ils l'accompliront jusqu'à la fin de leur vie.

Les succès visibles ne servent ni de base, ni de mesure à des dévouements nouveaux. Parce que leur foi

(15) Mich., III, 11.

(16) Math., X, 8.

est toujours aussi vive et leur charité aussi ardente, que les flammes de la Pentecôte ne cesseront point d'illumijier leur esprit et d'embraser leur coeur, ils seront toujours comme au seuil du cénacle, pénétrés de la même ardeur. C'est la constance dans la vocation, celle que l'Eglise souhaite pour ses prêtres, et dont elle demande la grâce en commençant les prières de l'ordination : Reconnaissez toujours ce que vous faites, imitez ce que vous maniez, que votre science soit le remède spirituel du peuple de Dieu. Que l'odeur de votre vie entière fasse les délices de l'Eglise du Christ; que par l'enseignement et par l'exemple, vous soyez l'édification de la maison, c'est-à-dire de la famille de Dieu pour qu'à la fin nous soj^ons avec vous non point punis, mais au contraire récompensés de votre élévation au sacerdoce. (^^)

Hélas ! il faut bien l'admettre, il y a là pour le prêtre un danger terrible. Il est homme, par conséquent impressionnable, apte à subir les influences si changeantes de tout ce qui entoure une vie même sacerdotale.

Les épreuves sont multiples, variées, parfois douloureuses. Les tourments auxquels furent soumis les apôtres sont ici remplacés par des combats de tous genres, suscités par le démon et qui mettent en péril le sens sacerdotal, tel qu'on le possédait au soir de l'ordination. Véritable atrophie spirituelle qui se produirait si l'on ne faisait appel aux grâces accordées par l'Esprit-

(17) Pont. Eom.

Saint, et qui sont toujours maintenues à la disposition du prêtre.

Avec leur secours, le prêtre sera toujours capable de se garder, malgré tous les obstacles, dans l'estime de sa vocation, dans la ferveur de la prière officielle, dans l'amour de l'étude, dans la régularité de son ministère, enfin, d'une façon plus générale, dans l'esprit surnaturel dominant toute sa vie.

Alors nous avons le vrai prêtre, fait à l'imxage apostolique, qui est elle-même celle du Christ.

Et la mère de Jésus était là.

Marie était au Calvaire, au pied de la Croix, debout, offrant son Enfant à l'immolation. La Vierge-Prêtre, participait au sacrifice du Sauveur, et par là méritait le titre de Co-rédemptrice des hommes. Dans la personne de Jean le disciple bien-aimé, Jésus lui donne spécialement, comme fils privilégiés, avec les apôtres, ses prêtres futurs, qui continueront l'immolation du Golgotha, par l'exercice d'un sacerdoce qui demeure constamment celui du Prêtre-victime, Jésus.

Au cénacle, aux jours de la Pentecôte, Marie est là, entourée des apôtres, les prêtres de son Fils, et c'est sous sa maternelle protection qu'ils se préparent à recevoir l 'Esprit-Saint, et sous son égide qu'ils commence-

ront leur glorieux ministère qui les fera comme ellemême, les co-rédempteurs des âmes par l'offrande eucharistique de son Fils.

La dévotion envers la Très Sainte-Vierge est donc sacerdotale au premier chef.

En cette divine Mère, le prêtre est toujours assuré de trouver la protection qui soutiendra son courage, et l'intermédiaire le plus sûr pour obtenir les grâces nécessaires à sa sanctification personnelle aussi bien qu'à l'efficacité de son ministère.

Que le jour de son ordination, que durant tout le cours de sa vie, et spécialement dans les grandes épreuves,et que surtout à la fin de sa carrière,le prêtre puisse dans la tendresse d'une âme filiale, redire que Marie Mère de Jésus était là, près de lui, c'est assurément la plus grande consolation, et la preuve la plus manifeste que, fidèle à sa vocation, il a dignement servi son divin Maître; il peut alors en toute confiance attendre la couronne réservée aux saints prêtres, dont l'unique ambition est de servir Jésus par l'application constante du conseil donné par Marie elle-même : tout ce qu'il vous dira, faites-le ! (^^)

Tout accomplir à la gloire de Dieu, par le commandement de Jésus, avec le secours de l 'Esprit-Saint, et sous les regards maternels de Marie, n'est-ce pas la perfection sacerdotale continuant dans l'Eglise, le glorieux mystère de la Pentecôte !

(18) lo., II, 5.

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