PRÉFACE
Nous percevons par la vue la lumière et les couleurs d'une part, et d'autre part l'espace, c'est-à-dire les grandeurs, les formes, les positions, les mouvements et les profondeurs. L'indépendance relative de ces deux groupes de perceptions se démontre facilement : ainsi, les mêmes formes persistent, quelles que soient les couleurs qu'on leur donne ; des lettres imprimées en bleu gardent la même forme si on les imprime en rouge.
La perception des couleurs est strictement rétinienne ; il n'en est pas de même de la perception visuelle de l'espace. Celle-ci est constituée, pour une part importante, par des sensations tactiles, musculaires et articulaires provenant principalement des paupières, des muscles des yeux, des muscles qui produisent les mouvements de la tête et des articulations intéressées dans ces mouvements. Ainsi, quand nous fixons un point isolé et que nous percevons qu'il est à droite de nous, des sensations autres que celles de la rétine doivent intervenir pour que nous puissions nous rendre compte de sa position ; il faut, par exemple, que, le corps et la tête étant restés immobiles, nous ayons tourné les yeux à droite pour le fixer, et alors des sensations tactiles et musculaires déterminées des yeux se sont produites ; si le point passe ensuite à notre gauche, et si nous continuons de le fixer, l'image ne changera pas de place sur la rétine ; mais les sensations tactiles et musculaires se modifieront et nous permettront encore de reconnaître que le point est passé à notre gauche.
L'étude exacte, fondée sur l'observation et l'expéri-
mentatiori méthodiques, de la perception visuelle de l'espace, a été principalement l'œuvre de physiologistes, parmi lesquels il faut citer en première ligne: Aubert, Volkmann, Donders, Helmholtz et Hering. J'ai largement puisé dans leurs travaux. J'ai essayé, pour mon compte, de présenter d'une manière simple et claire les faits essentiels relatifs à cette perception, de distinguer, dans les phénomènes étudiés, la pari de chaque espèce principale de sensations, et de la préciser, quand cela n'avait pas encore été fait, par d'assez nombreuses déterminations quantitatives. Je me suis borné, toutefois, en général, à des déterminations portant sur les points fondamentaux. L'intérêt de telles déterminations ne saurait être aujourd'hui contesté ; elles peuvent même contribuera faire progresser l'analyse simplement qualitative des phénomènes : ainsi, ce sont les chiftres que j'ai trouvés, et non pas une idée préconçue, qui m'ont conduit à supposer que, lorsque nous percevons la profondeur par le moyen de la convergence, il s'agit alors de sensations des muscles des yeux, tandis que, lorsque nous percevons par les changements de direction du regard qui résultent de simples mouvements des yeux les positions à droite, à gauche, en haut, en bas, il s'agit alors surtout de sensations tactiles des paupières.
Je me suis permis de reproduire, dans le cours de cet ouvrage, des parties parfois considérables d'études publiées antérieurement dans diverses revues ; tel a été le cas, notamment, dans les chapitres consacrés aux positions, aux mouvements, aux points correspondants et aux profondeurs. La reproduction a été, le plus souvent, quant au fond, à ppu orès intégrale ; quelquefois, j'ai ajouté aux résultats déjà publiés de nouveaux résultats destinés à contrôler ou préciser les premiers ; la principale addition de ce genre se rapporte à la perception de différences de profondeur par le moyen de la convergence.
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