SCÈNE III
VALFLEUKI.
Oh! oui, je le tuerai !
HÉLÈNE
C'est convenu. On me maria sans trop me consulter, pour mettre fin, je crois, à un procès qui remontait... à Henri IV ou à la bataille de Marengo; je ne sais plus au juste... Au bout de quinze jours, mon mari ne pouvait plus vivre avec moi; et moi, je ne pouvais plus vivre que sans lui. Vous voyez que, de ce côté-là du moins, il y avait sympathie... Alors, animés tous deux des mêmes intentions, nous finîmes par découvrir qu'en nous mariant, on avait omis une formalité indispensable, à ce qu'il paraît. Figurez-vous que M. le maire, en venant nous unir, avait fermé les portes de la mairie, au lieu de les tenir ouvertes; et, comme l'article 191 nous permettait d'attaquer cette union... clandestine, nous saisîmes ce prétexte... avec enthousiasme... Bref! la justice dénoua la chaîne dont la loi nous avait garrottés... Je ne sais ce que devint mon noble époux.
Air : De Marianne.
Pour moi, Luron, je me partage; Je passe à Paris mes hivers ; Et je reviens dans ce village Au temps où les arbres sont verts.
J'y vis tranquille, Loin de la ville, Herborisant, Jardinant, Vendangeant.
Mais j'ai beau faire Pour me distraire, Pour moi le temps A les pieds trop pesants Je ne vois que gens monotones, Des braconniers, des paysans, Et des rosières de... trente ans...
Dont j' comprends les couronnes, Je comprends leurs couronnes.
VALFLEURI.
Ainsi, Madame, vous êtes veuve d'un mari?...
HÉLÈNE
Très-vivant, j'aime à le croire; aussi, vous comprenez qu'avant de vous donner une main... déjà connue à l'état civil, je vous devais compte de ce petit détail... Maintenant, ma conscience est en repos... Vous dinez au château, n'est-ce pas? C'est bien aimable à vous... Merci de vos fleurs, baron. [EUe sort par la gauche.)