‹ La Périchole, comédie en un acte, mêlée de chantChapitre 17 sur 22 · CORA · texte numérisé non relu

CORA

Récitatif.

Lara ne revient pas !.. d'une si longue absence

Ignore-t-il combien je dois souffrir!..

O Lara!., mon amour !.. mon unique espérance , Loin de Cora qui peut te retenir?

( Récit pendant lequel l'orchestre exécute con sordini le motif de la romance (TObéron. )

Au temple du Soleil mon héros m'a ravie,

C'est là que s'écoulait mon innocente vie ,

Quand la guerre, sur nous exerçant ses fureurs ,

Renversa nos autels et dispersa mes sœurs.

Et bientôt de Lara devenant la captive ,

J'osai dire au Mexique un éternel adieu...

Enchaînée à ton sort, et sur une autre rive ,

Près de toi j'oubliai mes sermens et mon Dieu !

O Lara! si jamais tu deviens infidèle ,

Si, portant tes amours aux pieds d'une autre belle,

Tu délaisses Cora , qui te donna sa foi ,

Il me faudra mourir, car mon bonheur c'est toi...

Ma vie est toute en toi... ton aspect , à mon ame,

D'un sentiment nouveau fit connaître la flamme...

Désormais à ce cœur que possède un mortel.

Il faut un amour saint , puissant cl solennel , Il faut un alimenta ma vive tendresse; Pour toi, Lara, du dieu dont j'e'tais la prêtresse, Du Soleil tout-puissant j'ai déserte' l'autel; Si tu quittes Cora , Cota retourne au ciel.

ENSEMBLE. (Chant.)

DON GARCIA , à part et cherchant à réprimer l'émotion qu'il éprouve.

Sa voix est si tendre, Plus d'un faible cœur Doit se laisser prendre Au charme vainqueur.

Mais, gloire e'phémère , Tes plaisirs si doux, La sagesse austère Les méprise tous.

LA PÉlUCHOLE, regardant Vèvêque avec malice.

Il daigne m'entendre, Et déjà son cœur Ne peut se de' fendre D'un charme vainqueur.

Oui, son œil se'vère Me parait plus doux, Et ce juge austère N'a plus de courroux.

LE VICE-ROI

r Que sa voix est tendre ,

Je sens que mon cœur Ne peut se dc'fendre D'un charme vainqueur.

Quel juge se'vère Ne doit, entre nous, A sa voix le'gère , Calmer son courroux.

CORA, qui a regardé au loin.

(Parlé.)

Sous les terrasses du palais, Pourquoi cette foule bruyante ?

Et ces regards tourne's vers ces murs si discrets? C'est pour me voir.. . comme je suis contente ! Je suis donc belle?., ô Lara , mes amours , Puisqu'on m'admire tant, tu m'aimeras toujour! Mais sous ces murs encor quelles clameurs bizarres Comme ces gens-là sont surpris!..

Il paraît que , dans ce pays.

Les vierges du Soleil sont rares!

Leurs cris vont redoublant, et leurs transports aussi.. Quel changement!.. Là bas... pauvre prêtresses, Au temple j'adorais sans cesse ,

Et c'est moi qu'on adore ici !

Plaire... charmer... je sens là. dans mon ame , Que c'est le sort le plus doux d'une femme ! Eh bien ! Lara , quelquefois en grondant, Lorsque je veux quitter cette retraite , Me dit : Cora, vous devenez coquette ! Oui, c'est bien ce mol-!à... coquette!., franchement... Bien loin de m'affliger lorsqu'il me le répète , Ce mot-là me semble eharrnant.

(Elle va regarder.)

Ils sont encore là... des filles d'ibo'rie

iMonlrons-leur que j'ai les talens...

Puissent les souvenirs de ma belle patrie , Lara , de ton absence abréger les instans...

( Elle forme quelques figures d'un pas péruvien. Sa danse est interrompue par le son des cloches et le canon. L'évéc/ue et le vice— roi se lèvent. Les portes s'ouvrent. La Périchole s'avance vers don Garcia.)

Récitatif.

On attend monseigneur pour la cérémonie!.. Et je fais ouvrir sa prison.

DON GARCIA, au vice-roi.

Votre oncle maintenant conçoit votre folie , Mais vous 'n'oub lirez pas l'honneur de votre nom.

ENSEMBLE. (Chant.)

Malgré la magie De ses doux accens , Mon cœur se confie A. vos se ni i mens.

Je vous parle en père Et sans nul courroux.

Vous serez , j'espère , Digne ici de vous.

Heureuse magie D'un art Réduisant !

Leur ame est remplie D'un charme puissant.

De ce juge austère Les yeux sont plus doux , Et j'ai su , j'espère , Calmer son courroux.

LE VICE-ROI

Heureuse magie D'un si beau talent!

Mon ame est remplie D'un charme puissant.

De ce sage austère Les yeux sont plus doux, Et son cœur sévère N'a plus de courroux.

{Don Garcia sort. Le vice-roi le reconduit jusqu'à la porte et revient vivement vers la Périchole.)

LE VICE-ROI

Mendoz , Tellez , exécutez tous les ordres que Léonora va vous donner.

A moi le carrosse royal ! à moi les pages et la garde d'honneur!

LE VICE-ROI

Léonora!... mon ame!... ma vie!

Et , maintenant que tu es redevenu mon Fernando , voici ma justification... voici les preuves de mon innocence... [Elle lui donne un paquet de lettres. ) Va , connais-moi toute entière ; si je te préférais quelque chose dans le monde , tu ne me

reverrais jamais! Adieu !... je cours au temple humilier

mes rivales et jouir de mon triomphe... car, en ce moment, je suis vice-reine du Pérou !

(Elle sort.)

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