LE VICE-ROI, MENDOZ
LE VICE-ROI
Bonjour, Mendoz... Est-ce l'heure de la cérémonie ?
MENDOZ.
Oui, monseigneur.
VICE-ROI
Eh bien ! personne ne s'est-il présenté ? MENDOZ.
Le Grand-Justicier est venu chercher le rapport qu'il a soumis , il y a huit jours , à votre altesse sur les jugemens du tribunal suprême... votre signature est impatiemment attendue.
LE VICE-ROI
C'est bien... je signerai plus tard... Il n'est pas venu d'autre personne ?
MENDOZ.
Non , monseigneur.
LE VICE-ROI , hésitant.
Quoi ! Léonora... n'a point paru depuis sa disgrâce?...
MENDOZ.
La Périchole... non , monseigneur.
LE VICE-ROI
Un oubli si prompt î après tous les bienfaits dont je l'ai comblée !... Car, vous le savez, Mendoz, je l'ai enrichie de la moitié de ma fortune.
MENDOZ.
Sans doute... et la Périchole est reconnaissante... j'oserais presque l'assurer... malgré tous les bruits que répand la médisance sur son compte.
LE VICE-ROI
Mendoz... mes gants, mon chapeau.
MENDOZ , les lui présentant.
Yoilà... Monseigneur a vu sans doute ce nouveau carrosse dont le roi d'Espagne lui a fait présent et qui lui sert aujourd'hui pour la première fois ; il doit éblouir la population de Lima... . On n'a jamais rien vu d'aussi beau dans ce pays. LE VICE-ROI, regardant par la fenêtre.
Et ces superbes mules galiciennes... avec leurs panaches; tout cela ressemble au char du soleil !
N'est-ce donc pas votre voiture ? Le soleil du Nouveau-Monde, monseigneur, c'est vous... surtout depuis que vous apparaissez dégagé des nuages dont vous environnait une femme... recommandable , sans doute, mais dont la légèreté'... LE VICE -ROI, riant forcé ment.
Oh! sur ce point, je ne crains rien! mon oncle m'a converti, à ce qu'il dit... et j'ai dû renoncer à mon amour pour la Périchole... mais je puis me flatter d'être le seul qui ait fixé le cœur de cette femme célèbre. . .
MENDOZ.
Comment donc?., c'est ce que je disais encore hier au foyer du théâtre... où l'on me soutenait...
LE VICE-ROI
Quoi donc ?
MENDOZ.
Oh ! je ne voudrais pas répéter devant monseigneur...
LE VICE-ROI
Pourquoi donc?... je vous le permets.
ME\DOZ
Je prie votre altesse de remarquer que ce ne sont que des bruits de coulisses...
LE VICE-ROI
Il n'importe... Je veux savoir...
( io )
MEXDOZ.
Ces comédiens sont si mauvaises langues!... aussi je les ai relevés de la bonne manière ! . . .
LE VICE-ROI
Enfin. . . que disaient-ils ?
MEXDOZ.
Que sais-je? L'un prétendait avoir vu le capitaine Navarro sortir à minuit de chez la senora Périchole... comme s'il n'y avait pas d'autre maison que la sienne dans la rue.
LE VICE-ROI
Après?...
MEADOZ.
Un autre pariait d'un jeune carabinier de la reine... je vous demande un peu, monseigneur , comme c'est vraisemblable !
LE VICE-ROI
Est-ce tout ?
MEXDOZ.
Un troisième...
LE VICE-ROI , avec impatience .
Assez!... monsieur Mendoz, vous êtes un faquin.
MENDOZ.
Monseigneur...
LE VICE-ROI
Je vous trouve bien impertinent de venir me débiter tous les sots bavardages que vous entendez.... Qu'allez-vous faire au théâtre? est-ce là votre place?... (Lui donnant ses gants et son chapeau. ) Tenez... je n'irai pas à la cathédrale... Je souffre horriblement de ma blessure... on fera la cérémonie sans moi.
MEXDOZ.
Que va dire monseigneur l'évèque?
LE VICE-ROI
Eh! corbleu! que ne faisait-il le miracle tout entier... il m'a guéri le cœur , à ce qu'il dit ; que ne me guérissait-il le bras ?. Je resterai.
MEXDOZ.
Faut-il faire rentier le carrosse de monseigneur ?
LE VICE-ROI
C'est inutile. . . qu'on le laisse aux portes du palais et que l'on répande parmi le peuple que je suis très-souffrant.
( Il .