‹ La Périchole, comédie en un acte, mêlée de chantChapitre 8 sur 22 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

MENDOZ, TELLEZ, puis LA PÉRICHOLE.

mendoz , à 'fêliez.

Allons, faites entrer... puisqu'il le faut.

TELLLZ, au fond.

Entrez, entrez, senora.

(Il sort.)

Est-ce vous , seigneur (Vf endoz , qui vous donnez les airs de me faire faire antichambre?

MEXDOZ.

J'exécute les ordres que j'ai reçus.

Yous mentez, vieux hibou... me faire attendre... moi, la Périchole ! ah ! le peuple de Lima est plus galant que vous... il n'y a qu'à voir quand je passe dans la ville comme je suis accueillie. . .

Air de Pablo. (Bruguières).

Voilà

Pe'richola !

C'est elle, c'est l'idole Du peuple de Lima.

Fille joyeuse et folle \ ,,. v Qui charme tout Lima f \ * ,' Oui, c'est la Pe'richole, Honneur à la diva !

Il faut voir, dans les promenades , Comme on s'empresse sur mes pas ; Ce sont bouquets et se'rc'nades , Feux croise's de vives œillades, Et chacun re'pète tout b;is : (bis.) Voilà Pe'richola , etc.

On rit de la foule hautaine De vos duchesses du palais...

Du peuple la clameur soudaine Me salue ainsi qu'une reine Qui vient visiter ses sujets, (bis.) Voilà Pe'richola , etc.

MEXDOZ.

Je conçois , senora , que vous soyez l'idole du peuple de Lima . . . mais un vice-roi . . .

Dites-lui que je veux le voir.

MEXDOZ.

Son altesse ne reçoit personne.

Personne, c'est possible... mais moi...

MENDOZ.

C'est vous précisément, senora, que ses ordres regardent.

LA PÉRICIIOLE.

Vous mentez, vous dis-je annoncez-moi, ou j'entre

sans être annoncée.

MENDOZ, à part.

Comment faire ?

LA PÉRICnOLE.

Vous hésitez... je vais me plaindre au vice -roi lui-même.

MENDOZ

Arrêtez , senora, arrêtez!... ma consigne est positive , et j'ai ordre de vous déclarer que, d'après les conseils de monseigneur l'évêque de Lima...

LA PÉRICIIOLE.

Et de quoi se mêle-t-il l'évêque de Lima ? son neveu n'estil pas le maître ici? ne sait-il pas que si je voulais m'en donner la peine, je lui tournerais la tête à lui-même!...

Oh! quelle horreur! parler ainsi d'un saint prélat qui a quitté une position superbe en Espagne pour venir achever de convertir le Nouveau-Monde... un homme qui fait des prodiges !

Des prodiges !

MENDOZ.

Oui , senora , c'est connu... et ne fut-ce que celui d'avoir converti le vice-roi . . .

Ah ! il est converti... {A part.) Le pauvre homme !

MENDOZ.

Converti tout-à-fait.... nous sommes en train d'en faire un petit saint... c'est pourquoi. .

Air :

Vous deviez trouver des obstacles.

Malgré vos talens , vos appas...

Notre évêque fait des miracles , Et les actrices n'en font pas.

Nous n'allons pas le dire à lîoine !.. En l'enflammant d'un feu nouveau .

D'un demi-roi j'ai fait un homme , Le miracle est bien assez beau !

MENDOZ , à lui-même.

Conçoit-on une pareille impudence !

Mais je ne suis pas venue ici pour vous donner audience , seigneur Mendoz ; c'est au vice-roi que je veux parler... voilà trois jours que j'attends de ses nouvelles ! son pardon lui coûtera cher !

MEIVDOZ.

Je vous répète , senora , que vous ne pouvez pas être admise auprès de lui ; il l'a défendu expressément... D'ailleurs monseigneur l'évêque est en ce moment chez son altesse , et vous n'oseriez pas , je pense...

LA. PÉRICnOLE.

Les évêques ne me font pas plus peur que les autres... et puis j'attendrai que le vice-roi soit seul.

MENDOZ.

En vérité , je m'étonne que vous insistiez... quand on sait que vous avez à Lima tant de sujets de consolation.

LA TÉRICHOLE.

Insolent! (A part.) Il doit être sérieusement fâché, je le vois au ton de ses valets.

MENDOZ.

J'ai aussi reçu l'ordre de vous redemander la clef de cette porte secrète , et de vous prier de ne plus vous présenter à la principale entrée du palais; elle vous serait refusée.

LA PÉRICHOLE , à part.

Allons, disgrâce complète... à ce qu'ils croyent... mais nous verrons...

MENDOZ, à peut.

Elle a pâli de colère.

LA PÉRICHOLE, affectant une rage concentrée. Ainsi donc , il me faut renoncer à l'espoir...

MENDOZ , ironiquement.

De devenir vice-reine

Pourquoi pas? il est plus facile d'être reine à la cour que reine au théâtre. A la cour on prend un nom tout fait ; au théâtre il faut le créer soi-même.

MENDOZ, à part.

Quel orgueil ! ( Haut. ) Si le nom vous échappe , la fortune vous reste , et celle que le vice-roi vous a faite...

La fortune. .. la fortune. .. eh ! que me font toutes les mines du Pérou auprès de l'amour de Fernando !... L'ingrat I je l'ai-

mais plus que ma vie... et il me chasse! il me chasse sans pitié*., sans daigner ">e voir... sans daigner m'entendre! ah! j eu mourrai de douleur !

(Elle tombe sur un fauteuil à gauche du spectateur, ayant l'air de s*éya-

nouir. )

Senora ! . . .

Pauvre Léonora !

MENDOZ LA PÉRICUOLE.

(Elle ferme les yeux.)

Ah ! mon Dieu! la voilà qui se trouve mal! Tonio ! Pédrille! Maladroit! si j'appelle, monseigneur peut accourir, et la réconciliation est certaine. ( 7/ lui. frappe dans les mainS.) Senora! enora ! elle ne revient pas! heureusement j'ai là un flacon...

( Il sort en courant.) LA PÉRICHOLE se lève vivement et vu ôter le verrou de la petite porte, s écrite.

Ah! seigneur Mendoz, je sais aussi bien jouer la comédie que vous !

(Elle se replace sur le fauteuil/;

MENDOZ, rentrant avec un flacon.

Oh ! oui, si monseigneur la voyait dans cet état, il n'y tiendrait pas... (Il lui fait respirer des sels.) Ah! la voilà qui revient à elle...

LA PÉRICHOLE, d'une tvùû languissante.

Merci, seigneur Mendoz, merci de vos soins- touchans... bon et loyal serviteur , je me rends à vos conseils, et je m'en veux de ma faiblesse ! votre vice-roi n'était pas digne de tant d'amour ! Rendez-moi un dernier service : le voulez-vous, bon Mendoz ?

MENDOZ.

Lequel, senora?

LA PÉRlCnOLE.

Donnez-moi le bras jusqu'à ma chaise à porteurs , je me sens si faible... tous les objets tournent autour de moi... Tenez, vous, par exemple, vous me faites l'eilet de ne pas rester en place.

MENDOZ.

Pauvre femme! venez, venez !(// lui donne te bras, à part.) Et moi qui m'attendais à quelque scène violente ! tout marche

Je vous charge de dire à l'ingrat... qu'il n'entendra plus parler de moi. .. Dès demain, je pars pour l'Espagne.

MENDOZ.

C'est ce que vous avez de mieux à faire. Il y a trop long- tems que la métropole est privée de votre beau talent. . vous allez faire fureur.

Et pourtant , je lui fus toujours fidèle.

MENDOZ , d'un ton hypocrite.

C'est ce que je lui disais encore ce matin. « Monseigneur ,

elle vous fut toujours fidèle » Il n'a pas voulu me croire.

LA PÉRICHOLE , à part.

Vieux traître!... je te revaudrai ça!

MENDOZ , lui donnant le bras.

Appuyez- vous bien sur mon bras. {A part.) Si je lui faisais la cour... ça serait drôle... succédera un vice-roi !... (Haut.) Marchez bien doucement.

Que vous êtes bon!.. (A part.) L'hypocrite!

MEXDOZ.

Doucement, bien doucement.

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