DANS
Il y a plusieurs aimées, il Signor Capellini, recteur à l'Université de Bologne, visitant les États-Unis, rapporta qu*il avait trouvé à Burlington (lowa), un instrument paléolithique de silex blanc ^
En 1873, M. le professeur Joseph Leidy raconta qu'il avait trouvé des instruments préhistoriques fabriqués avec du silex, du jaspe et du quartz grenu, à Fort Bridger et dans les environs, (Wyoming) '.
M. le professeur Leidy dit : « Dans quelques endroits les instruments de pierres.sont à la fois si nombreux et si grossièrement fabriqués qu'on ne sait jamais d'une manière positive quand il faut les considérer comme des formes naturelles ou fortuites et quand ils sont des ouvrages fabriqués. Certaines plaines sont tellement jonchées d'éclats de pierres naturelles et travaillées qu'elles sembleraient avoir été les champs de bataille de grandes armées durant l'âge de pierre ».
C'était une invention nouvelle, et c'est à cette marque distinc-
* Le Préhistorique, par G. de Mortillet, p. 179.
* Bureau géologique des États-Unis, 4872 (Harden), p. 681 ; n*» l-lî.
tive que se reconnaît Tétat de la civilisation des deux périodes. Les peuples de la période néolithique eurent de beaucoup la civilisation la plus élevée. Us fabriquaient la poterie, possédaient de petits et de grands troupeaux, connaissaient Tagriculture, formaient une société organisée en tribus ou en troupes, enterraient leurs morts avec des cérémonies, portaient le deuil deleurs et leur élevaient des tombeaux. Ils parUdent une ou plusieurs langues.
Nombreux étaient ces peuples dans l'Amérique du Nord. Us se répandirent ou ils occupèrent, à un moment ou à l'autre, presque tout, sinon tout le coutinout.
Divisés en l)eaucoup detril)us, ils parlaient des langues différentes ; ils fabriquaient pour leur usage une variété d'instruments curieux, et leurs monuments sont encore une source de merveille et d'étonnement.
Ces découvertes ont tellement enrichi la mine des connaissances ethnologiques en Amérique, et Tout entourée de si grands avantages qu'elle absorba complètement l'attention des anthropologistes et des ethnologistes de notre pays, ne laissant qu'un stimulant très faible à la recherche de cette autre période plus grossière, mais plus ancienne, la période paléolitique.
Mon attention s'est portée vers cette période, et j'ai résolu de lui donner la part de considération qu'elle me paraissait mériter. Je ne prétends pas avoir fait de découvertes proprement dites ; la plupart des faits que je présente étaient déjà connus ; mais ils restaient isolés, sans liens entre eux, méconnus et pour ainsi dirp sans valeur.
Je Ips ai groupés, çà et là j'ai comblé les lacunes avec des faits nouveaux ; je les ai tous formulés, et j'espère avoir démontré qu'ils s'appuient les uns sur les autres et, par là, prouvé (au moins à ma propre satisfaction) Toccupation générale des Etats- Unis par l'homme durant la période paléolithique. D'autres avant ce jour ont admis cette proposition, mais elle n'a pas encore été prouvée. Leur démonstration n'était pas sans valeur, mais elle était insuffisante.
M. le docteur Leidy n'avait pas reconnu ces objets coiniae
instruments de la période paléolithique. Son ami, le D*" Van A, Carter, étant e^n résidence à Fort Bridger et très au courant de la langue, de l'histoire, des mœurs et des coutumes des tribus indiennes du voisinage, l'informa qu'elles ne savaient rien au sujet de ces instruments. Il ajouta que les Shoshones les regardaient comme un présent fait par Dieu à leurs ancêtres.
La découverte faite par le D^ Abbott d'instruments paléolithiques dans les remblais de sable de la rivière Delaware, àTrenton, fut celle qui témoigna le plus hautement de l'existence de l'homme en Amérique durant la période paléolithique, découverte précieuse, qui ne laisse aucun doute sur l'authenticité des instruments. Ces instruments fournissent la preuve tant de l'antiquité que de l'existence de la période paléolitique en Amérique.
Moins connues, mais regardées comme aussi authentiques, furent les découvertes d'instruments paléolithiques faites par Mlle Franc E. Babbit, en 1879 à Little Falls, (Minnesota) ; parle D'" Metz dans les sables du Little Miami à Loveland, Cincinnati ; par le professeur Me. Gee, d'une pointe de lance en obsidienne, peut-être paléolithique, dans la vallée du lac quaternaire Lahontan, au nord-ouest de l'état de Nevada ; par le D"" Hilborn, T. Cresson, de Philadelphie^ à Claymont, Delaware et Upland, comté de Chester, Pensylvanie ; et les explications du professeur G. K. Gilbert sur un foyer * à Niagara qu'on suppose paléolithique.
L'authenticité parfaite de ces trouvailles d'instruments paléolithiques étant admise, elles n'indiquent pourtant qu'une occupation isolée et très disséminée du pays par l'homme durant la période paléolithique. Il s'en faut de beaucoup qu'elles indiquent une occupation générale comme dans le sud et dans l'ouest de l'Europe. Je pensai que si l'occupation, dont ces trouvailles présentaient les traces, était celle de l'homme paléolithique, elle ne
* Au moment de l'apparition de ce volume, M. Holmes a fait un examen personnel du gisement signalé par Mlle Babbitt (malheureusement morte l'an dernier) : il n'y trouve aucun rapport avec la période paléolithique.
Fig. 1. — 8ilei jaspé li
Fig. 2. — Quertziti
Berka, Pensjlvanje).
pouvait être restreinte an ce sens, et qu'on devrait ra trou ver ailleurs les instruments employés par lui. Voilà ca qu'il fallait découvrir afin de prouver une occupation générale.
Le séjour que j'avais fait en Europe et les connaissances que j'avais acquises dans l'anthropologie préhistorique de cette contrée, spécialement dans la partie qui se rapporte à la période paléolitique, m'amenèrent à prendre un intérêt profond k cette questiou.Aussicommcnçai-ja mes recherches, aussitôt après mon retour. Je trouvai au Mujsée national de Washington beaucoup d'objetsportantl'étiquette: « Instrument^ grossiers etinaçhevés du type paléolithique ». Je demandai s'ils n'étaient pas vraiment paléolithiques. On me répondit que non, que ça n'était autre chose que des instruments inachevés des Indiens, leurs éphecs en fabriquant les instruments plus fiuis et plus parfaits ; et Ton ajouta, comme preuve de cette opinion, qu'on les trouvait toujours à côté d'instruments plus parfaits. Bien qu'on ua dit pas qu'ils ne pouvaient se trouver sous la surface du sol ou dans les sables, ondéclaraitpourtantqu'ils venaienttousdelasurf^-ce. Ces raisons ne me satisfirent point et je poursuivis mes recherches et mes comparaisons. Je découvris que quelques-uns des instruments étalés au musée sous la dénomination ci- dessus avaient été trouvés, il y a longtemps, par M. E. P. Upham, mon assistant, sur les collines qui s'élèvent autour de la ville de Washington, principalement sur celle de Piney Branch et de Rock Creek. Je visitai sous sa conduite les environs, et dès la première après-midi, nos recherches furent couronnées d'un tel succès que nous trouvâmes plus dïnstruments que nous n'en pouvions emporter.
La comparaison offre un moyen de démonstration qui n'est pas moins bon en archéologie qu'en droit. J'en fis usage en comparant ces instruments inconnus et non reconnus avec ceux de pays étrangers que l'on reconnaissait et classait comme des instruments vraiment fabriqués par l'homme durant la période paléolithique dans ces pays, et comme des représentants de la civilisation à cette époque. Le résultat fut aussi surprenant
qu'enchanteur. Mon examen me prouva que tous ces instru* ments étaient les mêmes, quoique provenant de terrains éloignés, de pays séparés du nôtre par d'immenses océans. Rien ne manquait à leur identité. Des deux côtés se voyait l'ouvrage de rhomme ; les uns comme les autres étaient indiscutablement et sans contredit de fabrication humaine, le même instrument fait par la même espèce d'homme pour le même usage et représentant la même culture ou civilisation. Pour comprendre toute la valeur de ces déclarations, il est nécessaire d'examiner et de comparer les instruments eux-mêmes.
Les remarques du D!" Leidy au sujet du grand nombre de ces instruments par lui trouvés dans le Bridger Basin s'appliquent avec autant de force aux mornes et aux collines des environs de Washington, sur lesquelles nos recherches ont commencé.
Voulant étendre ces recherches au delà des Etats-Unis, M. le professeur Langley, secrétaire de l'Institut Smithsonien, fit à l'instance de ce département, dans le mois de janvier 1888, la circulaire n** 36, dont voici la traduction :
Circulaire concernant le département des Antiquités.
L'Institut Smithsonien désire avoir des réponses aux questions suivantes concernant la classe de reliques de pierres primitives d'Amérique qui, jusqu'à ce jour, ont été désignées comme « instruments grossiers ou inachevés du type paléolithique ».
Les gravures de quelques-uns de ces instruments sont présentées avec cette circulaire, en même temps que leurs lieux de provenance.
Question I. — Combien possédez-vous dans votre collection de ces instruments de pierre grossiers ?
Question IL — En connaissez-vous dans d'autres musées ou collections ?
Question HL — De quelle matière sont-ils faits ?
Question IV. — Où ont-ils été trouvés ?
V Dans quelle localité ?
2" En quelle position, en quel état, et mêlés à quels objets ?
3" Sur ou sous la surface, et dans le second cas, à quelle profondeur éi dèitls quelle espèce de Idi^ttleltion géologique ?
4° Ont-ils été ti*ôilvés dans des tîlttiiiliiij âê& tombeaux ou d'autrès constructions âticiennes ?
5° A-t41 été tt^dlivé d'autres itistf Uttiëiits ftlieîfens mêlés avec eux, et dans l'àffli*tilfttive, quelle ëspêtië d4hsti*iittlfents ?
6° Leur dépôt seiiible-t-il âVoii' été âceidétltei ou intentionnel ?
7o En a-t-il été publié des descriptions, ëi Si ëela est, où peut-on se les ptocUl^ér ?
8^ Pouvez-tOlis dllVoyër dës spêciniëils (ëh atiësi grand nombre que possible) à de Musée ^ en échange dé piiljiications ou de duplicata de Spécittlens?
Le Musée reçut 209 (deux éëtit riëiif) t^éponses. Le nombre des instruments déclarés par ses correspondants de 23 (vingttrois) Etats et territoires, est de 8t62 (six mille sept cent soixante -deuxj ; mais 28 (vingt- huit) personnes en accusent dans leurs collections un nombre indéterminé qu'il est impossible d'additionner, comme : « quelques-uns », « un petit nombre », « plusieurs », « beaucoup», « des ceiltfifcillës «^ « un grand nombre », etc., etc. Ceux-là n'ont pas été ëoiîiptéS dans le total cidessus. Trente-trois (33) personnes ëtivbyèretlt de ces instruments grossiers. Les objets récits à cette épdt|tlë de ces 33 personnes étaient presque deux fois lëiioiîibt*e mëiitidtttié. Mais on élimina tous ceux que, d'après leur formé, leur apparence, leur matière, leur mode de fabrication, l'on jiigëfit ùë pas être paléolithiques.
Nombre des Etats
Réponses
Instruments
Nombre
Collection originelle
Total
reçues
déclarés
envoyé
du musée
Maine
Vermoni
Massachusets
Gonneclicul
New York
New Jersey
Pennsvlvania
Marviand
Dist. of Col.
Virginia
N. Garolina
S. Garolina
Georgia
Florida
Alabama
Texas
Ohio
Indiana
Illinois'
Kentuckv
Tennessee
Michigan
Visconsin
lowa
Few
Missouri
Arkansàs
Galifornia
Minnesota
Oregon
Kansas
Nebraska
Colorado *
Utah
Wyoming
Arizona
Ganada
RÉGAPITULATION
Nombre d'instruments reconnus Nombre d'instruments reçus par le Musée Nombre d'instruments déjà au Musée
Total
* Nous en avons reçu 1189, mais il n'y en a que 789, qui ont l'apparence d'être paléolithiques.
Le terme de « Période paléolithique » a été défini par sir John Lubbock,soninventeur,et tous les archéologues préhistoriques Tont adopté pour désigner la période ou Fétat de culture de rhomme préhistorique avant qu'il ne sût polir hi pierre et durant laquelle ses instruments tranchants, principalement de pierre (quoiqu'elle en comprenne d'autres) n'obtiennent découpant que par la taille. Non que toutes les pierres taillées se rapportent à la période paléolithique ou même l'indiquent, les instruments de cette période sont d'un type à part et possèdent une individualité de forme et de telles ressemblances dans leur matière et leur mode de fabrication que pour peu qu'on ait assez d'expérience, on peut les distinguer des instruments des époques ou période» suivantes.
La question en discussion est d'une grande importance, car elle implique l'existence d'une race d'hommes extrêmement inconnus, et l'occupation par eux de notre pays durant une période de l'antiquité que jusqu'à ce jour, on n'avait pas soupçonnée. J'admets que l'évidence de cette période en Europe ne prouve pas qu'une période semblable ait existé en Amérique. Le problème doit être résolu dans chaque continent par l'évidence propre à chacun d'eux. De ce qu'une théorie mène à cette conclusion en Europe, il ne s'ensuit pas nécessairement que la même théorie produise les mêmes effets en Amérique. Mais si Ton trouve en Amérique l'évidence qui a démontré la proposition en Europe, elle doit être aussi probante pour l'Amérique.
Les savants américains doivent examiner par eux-mêmes, et leurs découvertes resteront ou tomberont suivant le caractère de l'évidence qu'ils auront trouvée. Les savants d'Europe ne peuvent, à cette distance, déterminer ou même rechercher l'état de ces choses en Amérique. Il n'est pas davantage possible aux savants américains de juger ou de contester les découvertes faites par les savants européens dans leur propre pays.
Peut-être serait-il à propos que nous examinions d'abord l'état de cette question en Europe et les conclusions qu'elle y a
reçues. Des hommes érudits dans la science de l'anthropologie préhistorique et d'une parfaite compétence, examinant les faits sur place ^ ont démontré d'une manière indubitable l'existence d'une période paléolithique dans l'hémisphère oriental. La démonstration ne &'ari?éte pas à la découv^fte d'instruments paléolithiques dans les sables des rivièî»es, pas plus que leur caractère paléolithique ne dépend seulement de leur existence dans ces sables. Elle a prouvé que la période paléolithique a duré pendant un long espace de temps et s'est étendue presque sur le monde entier ; que c'était une période de culture particulière, différente de celle de la période néolithique et d'une antiquité plus reculée, durant laquelle à ses époques les plus anciennes, l'homme fit ses instruments tranchants, toujours en pierre et les taillant en pointe et ne connut point le procédé d'aiguiser ou de polir. Elle établit le fait qu'il y eut dans la civilisation de rhomme durant cette période plusieurs phases qui fureiit déterminées par l'état dans lequel on les trouve séparées Tune de l'autre, par des couches superposées dans les cavernes et dans les abris des rochers, signe que Thomme y vécut à différentes époques. La première de ces époques correspond de plus près à l'état de choses que nous observons aux Etats-Unis. Pendant sa durée, l'homme n'eut, d'après les données actuelles de la science, qu'un seul instrument d*une forme générale, appelé par M. de Mortillet le Chelléen, et le même en substance (sujet à des différences de matière) dans tout l'hémisphère oriental. Durant les époques suivantes, il augmenta le nombre de ses instruments, varia leur matière et leur fabrication, leur donna des formes différentes et les destina à des usages divers ; c'étaient des armes, des ustensiles, des objets d'art, etc., etc., quelquefois en pierre, d'autrefois en corne ou en os, néanmoins tous appartenant à la période paléolithique.
Durant toute la période paléoHthique, aucun instrument de pierre ne fut fait parle procédé du polissage. Ce fait est si vrai que, sauf de rares exceptions, un expert en cette science peut, à la simple inspection de l'instrument lui-même, appuyé sur la
FIg. 0, — Quar!/ilc brun-jauiie (10 s[)ùeiir Cliarles (M.).
[i>. X. llnïJNi.
connaissance du lieu et des affinités de cet instrument, déterminer avec une grande probabilité d'exactitude l^époque à^aquelle il appartenait. C'est un fait, important à noter dans cette discussion, qu'on a trouve, dans les pays d'Europe occupés par l'homme paléolithique, à la surface et mêlés naturellement à des objets de périodes subséquentes, des instruments pareils à ceux qu'on trouve dans les sables des rivières et qui appartiennent à la même époque.
La première question qu'on se pose en recherchant l'existence d'une période paléolithique en Amérique est celle-ci : Admettant, comme il le faut, l'existence de cette période en Europe, ^ connaissons-nous des raisons pour lesquelles elle pourrait n'avoir pas existé en Amérique ? Je n'en saurais voir aucune. Si des instruments semblabes se trouvent en Amérique et en Europe, et s'ils se trouvent dans des positions et des conditions semblables, je ne sais pas de raison qui pût les empêcher de produire ou du moins d'indiquer les mêmes conditions en Amérique qu'en Europe.
En Amérique comme en Europe, tout ce que nous savons sur la période paléolithique est nécessairement tiré des instruments eux-mêmes, de leur position et des objets qui les environnent quand on les trouve. La règle pour arriver à les déterminer consiste à se rendre compte des matières superposées, de leur association et de leurs caractères. Nous n'avons aucune évidence, soit orale, soit écrite, et pas même de tradition sur les instruments, ni sur la race d'hommes qui les firent et les employèrent. L'un et l'autre, peuple et instruments sont entièrement préhistoriques. Ils font partie d'une période de temps géologique que nos connaissances les mieux définies rapportent, comme à Trenton, à la seconde époque glacière. Il semble juste que, si nous faisions aux Etats-Unis le même genre de découvertes, offrant essentiellement la même sorte d'évidence^ et ne différant qu'en degré, découvertes qui firent décider qu'il avait existé une période paléolithique de la race humaine en Europe, elles doivent être admises comme ayant les mêmes caractères d'évideucç pour prouver le même fait aux Etats-Unis t
Ces découvertes font voir que la période paléolithique (en Europe) fut distincte, et non contemporaine de la période néolithique et d'une antiquité plus reculée. Quant à savoir si la période paléolithique a précédé aux Etats-Unis la période néolithique, ainsi qu'on affirme qu'elle l'a fait en Kurope, ce point n'a pas été mis à l'étude, encore moins décidé.
Considérons un moment les différences qui séparent les deux continents par rapport à leurs périodes historiques, et nous pourrons peut-être ainsi mieux rapprocher leurs périodes préhistoriques.
Les Chinois ont probablement l'histoire la plus ancienne ; ensuite viennent les Assyriens, les Chaldéens, les Phéniciens, les Egyptiens et les Juifs. Ceux-ci nous reportent à 4500 (quatre mille cinq cents) ans ou plus en arrière ; et cependant tous ces peuples, autant que nous en pouvons savoir, étaient civilisés et éclairés, possédant une langue parlée et écrite, une littérature, un gouvernement, une histoire. Ils avaient tous déjà passé Vkge de fer. Aucune histoire ne remonte plus haut. Pourtant nous savons aujourd'hui que la plupart, et l'on peut supposer, tous ces pays avaient été habités par des peuples plus anciens durant l'Age du bronze et durant les deux périodes néolithique et paléolithique de l'Age de la pierre. On peut affirmer la même chose avec une absolue certitude de l'Europe occidentale dont l'histoire écrite reportée jusqu'aux origines de ses peuples les montre toujours comme des peuples éclairés.
La période préhistorique de la France a vraisemblablement commencé 130 ou 200 (cent cinquante ou deux cents) ans avant l'ère chrétienne et celle de l'Angleterre, un siècle ou plus après. La période historique d'Amérique date de 1Î92 (quatorze cent quatre-vingt-douze). Les traditions du pays no nous reportent pas plus loin. C'était il y a moins de 400 (quatre cents) ans, et cependant nos indiens se trouvaient encore dans l'Age de la pierre polie, à ce degré de culture par lequel avait passé l'Europe et d'où elle était sortie (pour entrer dans TAge de bronze,
3000 (trois îftiUe) ans ou plus auparavant r Quelle était la condition des fthoHf ^P^s d'Amérique, ou coiTim0nt étftit ocpupé le continent américain durant cette interyia-U^ da 3000 ans qui va de la fin 4a TAge d^ pierre polie sur les PQUfiusi 4<8 VEjiirQpe occidentale ft m déoouvarte sur les côtei^ de l'Amérique orientale ? On peut à bon droit supposer que leur culture procédait de la même source. Ils s^apcordent sur trop de points pour qu'il soit possible da nier a^vep légère té cette comnxnnautéd'origina. Ainsi, je le dema-nde aupoî^ey quelle était la pondition des aborigènes américains durant opt intervalle de 3000 auH ou plus?
Si nous pouYOUSi déduire la probabilité da la période néolithique en Amérique, pourquoi nous serait-il interdit d'admettre la possibilité da J'aJ^istence de la période awtériaurei 1^ période paléolithique ?
On a trouvé aux Etats-Unis des instruments paléolithiques qui sont en tous points conformes à ceux de TEurope occidentale par ia forme, par l'apparence, par la matière et la manière dont ils ont été fabriqués ; en un mot ce sont les mêmes instruments dans tous les détails essentiels. On les a trouvés exactement dans les même» conditions, tantôt h la surface, tantôt enfoncés dans les sabjes des rivières. Nous avons entendu dire au professeur M. Gee, comment ces inatruments gisaient parmi les sables de la rivière à Trenton ; il est d'avis que leur antiquité date de l'époque glaciaire (V. sa revue Popular Science Monthly XXXIV, 1888). Jackson County (Indiana), Claymont (Delaware), Loveland (Ohio) et d'autres localités racontent les mêmes faits et fournissent la même évidence. Ces découvertes d'une antiquité certaine sont très nombreuses et démontrent à la fois l'existence et l'antiquité d'une période paléolithique en Amérique. Il ne peut rester aucun doute sur ce point. Telle est la conclusion de tous les savants qui ont étudié la question. J'ai mentionné le professeur Me. Gee. Il va sans dire que c'est aussi la conviction du D'' Abbott. Le professeur Putnam fut un des premiers à l'embrasser, Les professeurs Wright et Ilaynes y ont adhéré, et après eux tous les géologues qui ont exa-
Fig. 7. — Argile scliisloiisc durcie de Pamimliey (Comliï île Cliarles (M.). • Demi-grandeur.
- Silex gris pâle ayant quelque peu l'apparence de bois ogatisé. d'Austin (Texas). ^Demi-grandeur.
,[J, VinOBTBAND].
— loin iiié les localités où ces instruments furent trouvés. Le professeur Haynes de Boston apublié récemment une étude approfondie sur le sujet dans le Narrative and critical history of America^ où il expose les mêmes vues. 11 a reconnu avec le professeur Putiiam la grande importance de ces découvertes d'instruments paléolithiques à la profondeur de plusieurs pieds, dans l'ancienne terrasse de graviers, jusqu'alors restée intacte, de la rivière Delaware, près de Claymont, comté de Newcastle (Delaware). L'origine artificielle de ces instruments se découvre à l'inspectiou. Ou y retrouve les marques du poinçon, les coups de marteau, les traces de percussion, toutes choses qui concourent à leur donner une forme générale propre à une destination générale et montrent un dessein dans leur fabrication, un but dans leur taille qui ne saurait avoir été rien moins que l'ouvrage de l'homme.
C'est la répétition de ces témoignages sur des centaines et même des milliers de spécimens qui donne à l'évidence une force si convaincante.
Le Prof. Me Gee, parlant dans son article sur « l'homme paléolithique en Amérique (Pop. Sci. Monthly, XXXIV, 1888) de l'instrument de Trenton, expose ainsi son opinion :
« Quand on les examine en masse, la conformité qu'on trouve, dans leur forme et leur mode de fabrication, entre les symétriques dos de tortue, les morceaux manques, les éclats, les fragments et les mélanges de débris, force le géologue attentif à se demander s'il en est aucun qu'on puisse démontrer ou mfime supposer naturel, La progression ne va pas du naturel certain à l'artificiel incertain, mais de l'artificiel certain au naturel incertain. »
L'existence de l'ancien homme paléolithique, aux Etats- Unis, paraît être ainsi solidement établie. De l'examen naît la conviction. Les incrédules se rendent les uns après les autres et la théorie fait son chemin.
Des instruments du même type ont été trouvés par milliers, disséminés çà et là dans le^ États-Unis, et je me suis permis de
leur donner le nom de pa-léolithiques. Eu réalité, on les a trouvés principalement à la surface ou dans les terrains d'alluvion, ce qui est équivalent. On ne les présente pas comme une preuve achevée de l'antiquité de la période paléolithique ; mais on les a trouvés sur place ; leur existence ne saurait être niée, pas plus que leur origine artificielle et leur fabrication par la main de Thomme. Ils font partie du res gestœ, et il faut qu'ils soient mis en évidence. Ils aboutissent, pour le moins, à prouver l'existence d'une période paléolithique dans le district de Co • lombie.
L*état de la preuve de cette proposition, dans ses rapports entre les continents d'Europe et d'Amérique^ parait être comme il suit :
V Dps instruments sans contredit paléolithiques ont été trouvés en Europe, à la fois dans les sables des rivières et à la surface, les premiers en grand nombre ;
a° Des instruments du même type, de la même manière, de la même forme, de la même fabrique et apparemment destinés au même usage ont été trouvés en grande quantité dans les Etats-Unis parmi les sables des rivières, mais jusqu'à présent dans peu de localités, très éloignées les unes des autres. On en a trouvé également à la surface, répandus sur le pays tout entier, de TAtlantique au Pacifique, tantôt mêlés avec des instruments de l'Indien moderne, tantôt isolés ;
3® Les instruments n'ont pas été trouvés dans les sables du Potomac ; mais ces sables appartieiinciit à une couche géologique plus ancienne que ceux de toutes les rivières où ces instruments furent trouvés.
4° Les sables des autres rivières des États-Unis, dont la formation géologique est la même que ceux dans lesquels ces instruments furent trouvés, n'ont pas été l'objet de recherches semblables et l'on n'a fait aucune tentative pour y trouver ces instruments, sauf dans le bas du Delaware, où quelques-uns ont été trouvés par le D' Hilborn T. Cresson.
5^ Les Etats-Unis sont actuellement sur ce point dans une
condition pareille à celle où se trouvaient la France et l'Angleterre à une époque, soit avant 1839, lorsque beaucoup de ces instruments avaient été trouvés à la surface, par conséquent mêlés à d'autres instruments de la surface, tandis que la découverte dans les sables s'était réduite â la rivière de la Somme. Des découvertes postérieures de ces instruments dans d'autres rivières par toute TËu^ope placèrent hors de doute l'existence de la période paléolîthicjtle. Si l'universalité de la période paléolithique, telle qu'elle est en Europe, n'a pas été appliquée aux Etats-Unis, du moins un premier c6té de la question a été établi, et nous devons tenit* Ce point pour résolu, jusqu'à preuve du contraire.
Le fait que ces instruttients ont été trouvés à la surface, mêlés à d'autres fabriqués par l'Indien moderne, n'est pas un argument contre leur qualité d'instruments paléolithiqueis. On ne peut même pas en tirer une présomption dans ce sens.
Que ces instruments sont l'ouvrage de l'homme et qu'ils appartiennent à la période paléolithique, cela peut se prouver en les comparant :
L'un avec l'autre ;avec des instruments néolithiques ;
Avec des instruments pareils trouvés dans les sables des rivières aux Etats-Unis ;
Avec des instruments pareils trouvés dans d'autres pays, tant dans les sables qu'à la surface.
Les points de comparaison comprennent :
L La forme et l'apparence ;
n. La matière ;
IIL Le mode de fabrication ;