‹ La période post-opératoire, soins, suites et accidentsChapitre 20 sur 299 · LES URINES · texte numérisé non relu

LES URINES

Rétention d’urine. — Il arrive souvent que le soir de l’intervention l’opéré n’a pas encore uriné seul ; malgré de grands efforts, il n’a pu arriver à émettre que quelques gouttes, et parfois même ses efforts sont restés vains. Il ne faut plus dès lors quitter le malade; il est en état de rétention, et l’abandonner sans l’avoir soulagé serait l’exposer à toutes les conséquences de la rétention.

i. Wyder, cité par Michel. Revue de Gynecol 1900.

S OINS PO ST- OPÉRA POIRES GÉNÉ RA U A . 7 7

On essaiera d’abord de le faire uriner en le tournant avec soin sur le côté, en élevant son corps jusqu’à la position assise, car beaucoup de malades éprouvent de grandes difficultés à uriner dans la position horizontale. Si on ne réussit pas, on ordonnera un lavement chaud, des fomentations chaudes sur

la vessie.

Ce n’est qu’en dernier lieu qu’on aura recours au cathétérisme, qui devra être fait avec l’antisepsie la plus minutieuse.

C’est surtout après les opérations sur le scrotum, le périnée, le rectum, l’utérus, la paroi abdominale (hernies), qu’on voit survenir la rétention d’urine.

Nous connaissons la grande richesse vasculaire et nerveuse de tous ces organes, et la fréquence des anastomoses enti e eux. Toute opération sur l’un d’eux retentira avec plus ou moins d’intensité sur la vessie, et agira par voie réflexe pour en déterminer la paralysie. Dans d’autres cas, ce sont les muscles de la paroi abdominale, qui jouent un si grand rôle dans le phénomène de l’effort, qui sont en cause; lésés, ils se contractent avec peine et la miction devient très difficile.

Il est des cas où les vaisseaux et les nerfs de la vessie sont blessés au cours de l’opération; l’action du muscle vésical s’en trouve manifestement compromise. C’est ce qui se produit après les hystérectomies abdominales totales.

Cette rétention est souvent une cause de gène et même d’excitation, particulièrement chez des sujets nerveux. Elle compromet le repos du malade et entraînerait de l’agitation fébrile et de l’insomnie si on n’y mettait immédiatement bon ordre. On sondera donc le malade dès le soir de l’opération, s’il ne peut satisfaire spontanément le besoin d’uriner. Dans la plupart des cas, le malade pourra dès le lendemain uriner seul, mais parfois on sera obligé de recommencer cette petite opération plusieurs jours de suite matin et soir. Il faudra rassurer les malades, presque toujours très inquiets de cette complication, en les prévenant qu’elle n’est que passagère et qu’elle cessera spontanément.

SURVEILLANCE DE L'OPÉRÉ

Anurie post-opératoire. — L’anurie post-opératoire est une complication rare, mais qui, dès son apparition, met non sans raison en émoi tout l’entourage de l’opéré.

On croit tout d’abord à de la rétention post-opératoire : on sonde le malade; il ne s’écoule rien; après s’être assuré que la sonde n’est pas bouchée, et qu’en 24 ou 36 heures il ne s’est pas collecté d’urine dans la vessie, il faudra intervenir sans tarder.

L’explication pathogénique de cette anurie est assez difficile. On a dit qu’elle se produisait par action réflexe à la suite du shock opératoire.

Certains auteurs admettent que le chloroforme joue un grand rôle dans sa production; nous savons que, pendant la chloroformisation, la quantité d’urine sécrétée est très diminuée. Quand le malade a absorbé une très grande quantité de chloroforme, cette diminution persiste, pouvant aller jusqu’à l’anurie.

Mac Guise (') qui a observé cette anurie à plusieurs reprises chez ses opérés reconnaît que, chaque fois, il existait déjà une néphrite avant l’opération.

Quoi qu’il en soit, dès qu’elle sera reconnue, il faudra la traiter très énergiquement. On prescrira des purgatifs drastiques (aloès, jalap, scammonée ou eau-de-vie allemande), des enveloppements chauds, des bains de vapeur, des révulsifs, des ventouses. On fera des injections salines massives, des injections hypodermiques de pilocarpine. On excitera la sécrétion urinaire à l’aide des diurétiques tels que la digitale, la théobromine, la strychnine.

Mac Guise a recours au sulfate de spartéine. Six fois dans six cas, il a vu se manifester l’action stimulante de la spartéine sur le cœur et son effet diurétique; en trente minutes, il a observé une augmentation de la pression artérielle, un lelèvevement du pouls et une émission d’urine. Ces phénomènes se

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