LE PANSEMENT
A moins de douleurs, fièvre ou suintement, il ne faut jamais, après une opération aseptique sans drainage, toucher au pansement avant le huitième jour. Il n’y a aucun intérêt à découvrir la plaie au second ou au troisième jour, comme le font certains chirurgiens. Bien au contraire, le léger suintement qui se produit, dès qu’on a appliqué le pansement, fait adhérer la gaze qui forme une sorte d’attelle très favorable à la bonne consolidation de la blessure. C’est donc pour enlever les fils seulement qu’il faudra défaire le pansement, au huitième jour pour les opérations ordinaires, plus tôt pour les opérations sur la face, un peu plus tard quand la tension des tissus fait craindre la désunion.
Les malades appréhendent ce moment qu’ils craignent souvent plus que l’opération elle-même. Il faudra donc bien les rassurer auparavant et procéder avec méthode à cette ablation. Après s’être lavé très soigneusement les mains, on enlèvera les compresses qu’on décollera avèc de l’eau bouillie ou du sérum si elles adhèrent. On nettoiera la périphérie de la cicatrice avec des tampons trempés dans de l’eau bouillie ou de l’alcool et avec des instruments stérilisés on enlèvera les fils en totalité ou en partie, mais sans en oublier. Souvent un fil oublié a pu être la cause de douleurs ou piqûres impa-
SURVEILLANCE DE L'OPÉRÉ
tientantes pour le malade, et quelquefois même de petites suppurations.
Le pansement sera refait, après avoir touché la plaie à la teinture d’iode, ou saupoudré la région avec de la poudre de talc.
L ablation des fils est en général une petite opération très simple, mais que certains malades néanmoins redoutent très sérieusement. Il suffit de les rassurer par de bonnes paroles et de leur promettre qu’on n’enlèvera dans une première séance que deux ou trois fils pour obtenir, même chez les plus nerveux, un calme relatif.
Il arrive parfois, qu’après l’ablation des premiers fils le malade, loin de se calmer, s’énerve davantage. Il se plaint de souffrir avec un tel accent de sincérité, qu’à moins de se compromettre à ses yeux il faut remettre à une séance ultérieure l’ablation des autres fils.
M. J.-M. Villette (*) conseille dans ces cas, quand on doit faire l’ablation de plus de six à huit crins, la méthode suivante :
« Après le lavage de la plaie à l’alcool, dit-il, je sectionne avec des ciseaux fins et pointus chaque anse de fil comme de coutume. J’ai soin de couper bien au ras de la peau et sans exercer la moindre traction. — Pansement à la gaze sèche ou de préférence enduite de vaseline stérilisée.
« Dans ces conditions, quand je lève le pansement après quarante-huit heures, tous les fils sont dans la ga\e, extraits spontanément sous la double influence du retrait tégumentaire et des mouvements du malade. »
Cette méthode peut donc, dans certains cas, rendre d’excellents services.
L’ablation d’un ou plusieurs fils sera parfois nécessaire au bout de trois à quatre jours. La température s’est élevée, avertissant le chirurgien qu’il y a lieu de regarder la plaie. Une légère tuméfaction rouge, luisante, colore les téguments, et en
i. J.-M. Viu.ette. Presse Médicale , 25 juillet 1908, n° 60, p. 480.
SOINS POST-OPÉRATOIRES GÉNÉRAUX
ce point la plaie est sensible. Il faut alors donner issue au pus en enlevant un ou plusieurs fils, et ne pas hésiter à faire plus que moins pour éviter une desunion complète, avec une solution antiseptique faible on lavera la plaie largement, sans cependant léser les points indemnes. On asséchera la plaie pour ne pas laisser stagner des antiseptiques dont nous connaissons les dangers et on placera des drains. Des compresses humides chaudes contribueront souvent très heureusement a faire disparaître l’inflammation périphérique. On entourera le pansement de ouate pour le conserver tiède, et on le renouvellera le soir si l’inflammation est intense, sinon le lendemain. Quand la plaie siège dans un membre on recourra avec bénéfice au bain local.
Le dernier terme de cette infection des plaies est le phlegmon diffus et la septicémie, que nous étudierons dans le chapitre des complications post-opératoires générales.
Parfois, on est obligé dès le lendemain de l’opération de défaire le pansement, le chirurgien ayant laissé une mèche ou un drain de sûreté ou parce qu’un léger suintement a souillé le pansement. La plaie ne sera laissée découverte que .juste le temps nécessaire à l’ablation du drain ou de la gaze et au renouvellement des compresses; on ne touchera à la plaie et aux gazes qu’avec des instruments rigoureusement stérilisés.
Dans d’autres cas le drainage a été établi d’une façon permanente pour permettre l’écoulement du pus. Le pansement sera alors refait tous les jours et avec le même soin que s’il s’agissait d’une plaie aseptique.
Suivant les indications on fera de l’aspiration dans les drains ou le lavage de ces derniers. On lavera la plaie à l’eau oxygénée, sublimée ou simplement bouillie.
Dans certains cas la plaie exhale une odeur vraiment incommodante pour tout l’entourage. Les lavages antiseptiques répétés ne suffisent pas à combattre la fétidité; l’eau oxygénée n’agit que momentanément. Aussi a-t-on préconisé l’anios depuis quelque temps; ce sel de vanadium présente
SURVEILLANCE DE U OPÉRÉ
l’avantage de dégager de l’oxygène d’une façon régulière et permanente et de combattre d’une façon très énergique les agents putrides. On se sert en général de poudre d’anios dont on recouvre la plaie, qu’on entoure ensuite de compresses trempées dans la solution suivante :
Anios 20 grammes.
Eau bouillie i litre.
11 est enfin des cas où on a été obligé de tamponner une cavité avec des mèches de gaze. Si on cherche à les enlever au bout de 48 heures, leur adhérence aux tissus détermine parfois des douleurs violentes et on est obligé d’yr renoncer. Il faut alors attendre le 5e ou 6e jour et quelquefois plus. La gaze sera à ce moment imbibée, ramollie et viendra facilement. On sera cependant parfois forcé de mouiller un .peu la plaie avec une solution antiseptique inoffensive ou mieux avec du sérum pour détacher quelques adhérences; on fera de légères tractions sur la gaze tantôt d’un côté, tantôt de l’autre et avec beaucoup de patience on arrivera à extraire les mèches sans faire trop souffrir le malade.
Dans les cas de tamponnement d’une cavité osseuse, il n’est pas prudent d’attendre aussi longtemps pour enlever les mèches et le pansement devra être refait au bout de 24 ou 48 heures.