‹ La perle cachée [microforme]Chapitre 13 sur 29 · ESRME · texte numérisé non relu

ESRME

Eupx. Je vous remercie, Ignotus; puissent vos paroles se vérifier. Il me semble que je serais heureux d'apprendre de vous le nom de vos parents, de savoir où vous êtes né, où vous avez passé votre première jeunesse.

ALEX, (A part.) Que le ciel me protége !

Eurx. Eh bien! une autre fois; car pour le moment, c’est une indiscrétion de ma part de vous priver du repos dont vous avez besoin—V'oici quelqu'un qui va vous conduire. Que le ciel vous garde. (17 sort )

ALEX. Et qu’il soit béni: cette épreuve est passée maintenant ; tout le reste paraît léger.

Entre Proourus, qui dépose des rafrachissements.

Proc. Monsieur le pèlerin, je erains que vous ne soyez fatigué ; votre chambre est prête, quoiqu’elle ne soit pas telle que j'eusse désiré.

ALex. Le moindre endroit, un coin quelconque est suffisant pour moi.

Proc. Eh bien ! je savais que vous diriez cela, aussi je vous ai pris d'avance au mot. Voyezvous, bien que la maison soit grande, la famille qui lhabite est nombreuse.

ALEX. Sans doute ; ne vous excusez pas davantage, je vous en prie.

Proc, [y à une série d'appartements qu’il n’est Jamais permis d'occuper; et puis, souvent des

hi

LA PERLE CACHÉE. al

amis nous tombent sur les bras à l’improviste, avec de nombreuses suites —de grands personnages, des gens riches, vous comprenez ? Des gens respectables.

ALEX. Je vous supplie de vous dispenser de toute excuse. N'importe quel endroit me conviendra.

Proc, Comme je suppose que vous n'aurez besoin que de quelques heures de repos, et qu'après cela vous reprendrez votre pèlerinage, une petite chambre, et une couche qui ne sera pas très-luxueuse,.vous suffiront.

ALEx. N'importe où, bon monsieur.

Proc. (lui indiquant la cellule.) Alors, vous plairait-1] de vous reposer ici ?

ALEX. (souriant.) Très-certainement—C’est un vrai palais pour moi.

Proc. Voilà quelque chose à manger; et que votre court sommeil vous remette. (ZI sort.)

ALEX. Que sera-t-il ce sommeil? Mettra.-t-il le sceau à ma vie, fermant mes paupières pour un repos sans réveil ? Mon cœur, avant qu’il soit fini, aura-t-1l cessé de battre, et mon âme va-t-elle s’éveiller pour le ciel aujourd’hui même ? Il semblerait en être ainsi; car me voici rendu maintenant au lieu où je suis né, pour l’occuper quelques moments. [ci donc, doit sonner ma dernière heure

—je suis prêt. Mon sort est maintenant en de meilleures mains que les miennes. 4 A la vie, ou à la mort, nous sommes toujours au Seigneur.” La même prière peut servir pour le sommeil ou pour la mort. Notre vie t’appartient, Créateur de toute chair, dans la vie comme dans la mort, dans la vcille comme dans le sommeil. La main qui se joue parmi les cordes de la vie, de sa touche légère, réduit leurs vibrations au silence pour les éveiller de nouveau. Cette main, je la baise aujourd’hui; car elle a tendu les fibres de l'amour et de la souffrance jusqu’à leurs extrêmes limites, et maintenant elle va les adoucir de sa touche bienfaisante, et leur faire rendre un murmure de paix, sous ses doigts paternels. (S’agenouille.) Père ! qui avez, ici même, façonné cette poignée d'argile en un corps terrestre, à votre image, tenez unie la poussière qui le compose, ou dispersez-la à votre gré, là où reposent mes pères, ou dans le champ où l’on jette les proscrits, faites-en les délices du ver de terre, ou celles du vautour, afin que, de sa corruption, mon âme s’élance, comme une flamme, dans la fournaise de vos plus pures ardeurs: ou plutôt, que pareille à une perle, elle tombe doucement dans l’abîme de votre sein, vaste comme l'océan, où elle ne trouvera ni surface, ni fond, ni

rivages; absorbée, mais non consumée ; étreinte, et pourtant libre.

(Entre dans sa cellule, dont il ferme la porte.)

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